Une des chansons de son premier album "Il y avait une ville" de 1959.
La musique est signée Gerry Mulligan ; il existe plusieurs orchestrations avec ou sans cuivres (saxophone). Mais l'orchestration que j'ai choisie est juste un piano qu'accompagne la batterie et la contrebasse. Ce qui me semble normal puisque la vedette de la chanson, c'est un piano ...
Un piano qui a connu plusieurs vies d'abord bourgeoise (à Passy) où il ne servait que pour de la musique savante (oh, que je déteste ce qualificatif) avant d'être recyclé dans un bastringue où on joue du jazz dans un bar enfumé, où ça boit sec, entre enfer et paradis. Mais l'enfer c'est le lieu où "le cœur s'ensoleille au milieu des bouteilles et de la fumée" tandis que le paradis, c'est le lieu en plein ciel où les anges applaudissent en battant des ailes.
Et cette chanson me fait toujours penser à ce film de Truffaut "tirez sur le pianiste" où Édouard Soroyan, pianiste concertiste renommé devient Charlie Kohler, pianiste dans un bastringue à jouer des morceaux d'Erroll Garner ou d'Art Tatum …
T'as peut-être bien joué du Mozart, du Debussy
T'as peut-être fait des gammes du côté de Passy
Avant que l'on t'étrenne dans ce bar enfumé
Vieux piano, t'as pas eu d'veine, mais dus, du jazzman sans t'vexer
On t'a baptisé avec une bouteille de scotch
Sur ton acajou, on a fait des encoches
Et tes touches d'ivoire sont toutes roussies
Par la cendre des cigares, maintenant t'es vraiment notre ami
T'es chouette
Tu flottes comme le vaisseau fantôme
T'es poète
Puisque la nuit est ton royaume
Tu es pur
Près de toi, on redevient tout môme
Dans le buffet, t'as plein d'azur, si
T'as peut-être bien joué du Mozart, du Debussy
T'as peut-être fait des gammes du côté de Passy
Avant que l'pape te touche, sacré coup du soir
Et t'accroches à ce bar louche
Mais l'matin quand enfin tu t'endors
Alors, tu rêves que t'es dans une salle Pleyel
En plein ciel, tu donnes le concert éternel
Et les anges, pour t'applaudir, battent les ailes
Mais soudain tout se mélange
Le paradis, l'enfer, les bastringues et les salons
Mozart joue du jazz, coiffé d'un chapeau melon
Enfin tu te réveilles, tu nous reconnais
Y a ton cœur qui s'ensoleille au milieu des bouteilles, d'la fumée
Tu t'étires et bravement, tu recommences ta journée
https://www.youtube.com/watch?v=7vi-MK3H7AQ