une critique ouverte de la colonisation !!! A LIRE

J'en ai des choses à dire sur ce titre, dont voici un extrait de mes propos :

Sur ces bases… on se le fait, ce texte ?

Moi monsieur j’ai fait la colo… Qui est donc le « moi », c’est un ex militaire… qui infantilise la colonisation en la nommant « colo », comme une belle aventure… qui est donc le monsieur, c’est le public, celui de 1975, c'est le civil qui n'a jamais vu le sable chaud. En disant "Moi, Monsieur", le militaire crée une barrière : "Moi j'y étais, vous non". C'est la base de son autorité factice.

Dakar, Conakry, Bamako. Dakar (Sénégal) est, à cette époque, le centre politique et le port de sortie. C'est là que l'Empire embarque ses profits. Conakry (Guinée) est, à cette époque, la porte des minerais (bauxite, or) et Bamako (Mali) est, à cette époque, le cœur des terres, la capitale du coton et du bétail. En citant ces trois villes, le narrateur dessine une carte de propriété. Il ne dit pas "en Afrique", il nomme ses comptoirs. C'est le langage d'un propriétaire qui fait le tour de son domaine.

Moi monsieur, j'ai eu la belle vie, Qu'il soit simple sergent ou colonel, le blanc en colonie est propulsé en haut de la pyramide sociale par le simple fait de sa couleur et de son uniforme. En Métropole il serait un petit fonctionnaire ou un militaire parmi d'autres, obligé de faire la queue et de compter ses sous. En A.O.F. il a des domestiques (le "boy"), une maison de fonction, du respect forcé et un pouvoir de vie ou de mort symbolique. La "belle vie", c'est l'achat de l'importance sociale à prix réduit. C'est l'inflation de l'ego.

Au temps béni des colonies. Béni… C'est le mot le plus violent de la chanson. Pour le narrateur (donc le militaire et non l’artiste qui chante), la colonisation est un état de grâce divin. Il considère que l'ordre colonial est l'ordre naturel des choses. En utilisant le terme "béni", il retire toute dimension politique ou morale à l'oppression, pour lui, c'était "le paradis" parce que les rôles étaient figés.

Dès lors, quand il dit "Moi Monsieur", il (le militaire) avoue tout. Il sait que le "Monsieur" de 1975, en France, il galère avec l'inflation et le boulot. Le militaire lui jette son ancienne richesse à la figure. C'est une insulte à ceux qui sont restés au pays, autant qu'à ceux qu'il a exploités là-bas.

Les guerriers m'appelaient Grand Chef, en Afrique avant les colonies, le grand chef était le chef du village, celui qui prenait les décisions… se faire appeler « grand chef » par la population locale est une imposition de respect, une manière bien rappeler les nouveaux rôles… et c’est aussi une manière pour la dite populace de se moquer du colonisateur à son insu… comme lorsqu’on dit « voilà le chef qui arrive », sous-entendu « voilà l’autre con qui sait mieux que tout le monde mais qui n’a rien compris et exécute les ordre des grattes papier au-dessus de lui ».

J’ajouterais l’usage des « guerriers », c’est très précis, on ne parle pas du paysans ou des gens en général… le militaire se mesure à ce qui est comparable à ses yeux pour valoriser sa propre puissance.

Au temps glorieux de l'A.O.F., voir plus haut, j’ai défini clairement de quoi il s’agit. Pour le militaire, "Glorieux" signifie que tout était à sa place. Les routes étaient tracées, le coton partait à l'heure, et personne ne contestait l'uniforme. C'est une gloire comptable et disciplinaire. C'était une course aux coffres-forts. Le "glorieux", c'est le moment où le pillage était légalisé et organisé à grande échelle.

J'avais des ficelles au képi, les ficelles au képi sont le grade du militaire montré sur le dit képi, ce sont les galons d'or ou d'argent. Dans l'armée coloniale, l'apparat était primordial. Plus tu avais de ficelles, plus tu étais loin de la réalité du terrain et proche de l'administration. Le képi est l'accessoire le moins adapté à la chaleur d'Afrique. Le porter avec ostentation (avec ses ficelles), c'est affirmer : "Je ne m'adapte pas à votre pays, j'impose mon étiquette française ici". C'est le symbole d'une autorité qui ne tient que par le costume.

Au temps béni des colonies., on en revient au mot qui fait mal, l’époque ou la France (tout comme l’Espagne, le Portugal, l’Angleterre et l’Allemagne) se servaient allègrement sur le dos de leurs colonies. Le fait que cette phrase revienne comme une ponctuation montre que le narrateur essaie de se convaincre lui-même. S'il ne le répète pas, il est obligé de voir la réalité : il a participé à un système de prédation. Le mot "Béni" sert d'anesthésiant moral.

Avant d’attaque le refrain… il serait sage de souligner que ce sont des chœurs féminins qui le chantent… en écho au militaire qui leurs répond… donc, si on veut respecter la chanson et ce qu’elle dénonce, ce sont les femmes qui s’adressent au militaire… en sachant qu’on leur a tout pris, du mari à la sexualité en passant par la terre, la culture et le mode de vie…

On pense encore à toi, oh Bwana. Dès lors, on penses encore à toi fais référence au mal fait à ces régions, aux enfants batard nés sur place, les viols et le reste… oh bwana… le bien faiteur, le sage… tu parles, une insulte masquée oui !

Dis-nous ce que t'as pas, on en a. comprenez « reviens te servir comme tu l’as déjà fait »… mais en 1975 chacun a repris sa liberté et son indépendance, c’est une moquerie, ce qu’il te manque… on l’a, mais ce ne sera plus la même histoire !

Y a pas d'café, pas de coton, pas d'essence, ca c’est l’inventaire de ce qui a été pillé… et de ce qu’il manque en France (paroles dites par le militaire qui se lamente de ce qui a été perdu, le coffre fort de ressources.)

En France, mais des idées, ça on en a. C'est le dernier refuge du colonisateur. Puisqu'il n'a plus la mainmise sur les ressources physiques (le café, l'essence), il se replie sur une prétendue supériorité intellectuelle. C'est l'écho de la rhétorique de la IIIe République : "On vous a apporté les Lumières, les idées, la démocratie" (même si c'était par la force).

Nous on pense, Ce "Nous" est d'une violence inouïe. Il sous-entend que "Eux" (les Africains) ne pensent pas, qu'ils ne font que posséder des ressources brutes ou exécuter. C'est le déni total de la culture, de la philosophie et de l'histoire africaine pré-coloniale. En 1975, la France est en pleine crise énergétique. Le militaire dit : "On n'a plus de pétrole, mais on a des idées". C'était d'ailleurs un slogan politique de l'époque (Giscard d'Estaing). Le militaire essaie de transformer une défaite économique (la perte des colonies et le choc pétrolier) en une victoire morale. C'est le comble du ridicule : il crève de faim et de froid, mais il est fier de sa "pensée".

On pense encore à toi, oh Bwana. Le militaire pense à des "théories" et à sa "gloire" ; les femmes pensent aux cicatrices, aux viols, et au pillage. Le "Nous on pense" du militaire est théorique et pédant ; le "On pense" des femmes est mémoriel et accusateur.

Dis-nous ce que t'as pas, on en a. En clôture de refrain, c’est une insulte des ex-colonisés au ex-colonisateurs… dis nous ce que tu as perdu, c’est ce qu’il nous reste… et tu ne l’auras pas, mieux, tu ne l’auras plus. Comprenez : Regarde-toi, Grand Chef avec tes ficelles au képi, tu mendies ton essence à ceux que tu appelais tes esclaves.

Pour moi monsieur, rien n'égalait, on a déjà défini qui est « moi » et « monsieur », et visiblement on va rentrer dans une comparaison … une « mise en valeur » d’un bien « x »…

Les tirailleurs Sénégalais, Le terme "Sénégalais" était un nom générique militaire. En réalité, ils venaient de toute l'A.O.F. (Afrique Occidentale Française) : du Mali (Soudan français), de la Guinée, de la Côte d'Ivoire, du Burkina Faso (Haute-Volta) et du Bénin (Dahomey). Pourquoi "Sénégalais" ? Parce que le premier corps a été créé à Saint-Louis du Sénégal en 1857 par Faidherbe. L'administration coloniale, par paresse ou par mépris, a gardé le nom pour tout le monde. On simplifie pour ne pas avoir à nommer les peuples. On parle souvent de volontaires, mais la réalité est celle du recrutement forcé. On passait des accords avec des chefs locaux (les fameux "Grand Chef" de la chanson) pour qu'ils fournissent des hommes. Si le quota n'était pas atteint, c'était la méthode forte.

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le 7 févr. 2026

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