Musulmanes
6
Musulmanes

Morceau de Michel Sardou (1996)

une toute petite partie de ce que j'ai à dire de ce superbe texte qui invite à ouvrir des encyclopédies !!!!!

Le premier couplet nous décrit le désert en règle générale… il me semble cependant intéressant de se pencher sur Ghardaïa… qui est la perle du désert algérien. C'est la capitale de la vallée du M'Zab, dans le Sahara septentrional. Dans la chanson, il dit "Blanchi les toits de Ghardaïa". Il ne parle pas de gardes, il parle de l'architecture. Ghardaïa est célèbre pour ses maisons cubiques, serrées les unes contre les autres, traditionnellement blanchies à la chaux ou peintes de couleurs ocre/bleu pâle. Le dernier vers du refrain cite le liban… Or, Ghardaïa est à 3 000 kilomètres de Beyrouth, en plein milieu du Sahara algérien !

Pour ceux qui auraient cru à des gardes en blanc, ce sont les Mozabites. Ils pratiquent libadisme (une branche minoritaire de l'Islam, très austère et puritaine). Les hommes portent souvent la gandoura blanche et un chèche. Les femmes, elles, portent le Haïk : un grand voile de laine blanche qui les recouvre entièrement, ne laissant apparaître qu'un seul œil (le "regard cyclopéen"). Et du coup on se retrouve à parler de la femme musulmane Marocaine installée au Liban tout en parlant de maisons Algérienne…

J’ajouterais à propos de "L'incendie sous la terre" et les pierres brûlées que

Ghardaïa est construite sur de la roche. En été, la chaleur est telle que la pierre irradie la nuit. C'est une description magnifique du Sahara, mais c'est une insulte au Liban. On ne "blanchit" pas les toits de Ghardaïa avec la neige des monts libanais !

On a maintenant la preuve que sa "Musulmane" est une créature qui a les pieds en Algérie, le cœur en Perse et la tête au Liban. Un vrai monstre de foire géographique !

En Algérie, c'est une chaleur minérale, sèche, qui vient du sol. Au Liban, c'est une humidité méditerranéenne et une fraîcheur de montagne. En mettant Ghardaïa dans le même couplet que le Liban, il crée un pays imaginaire où l'on brûle les pieds sur la roche saharienne tout en admirant les forêts de cèdres. C'est un climat de science-fiction…. Ou bien il nous demande de nous interroger sur toutes ces cultures !

Le couplet suivant…

« Voilée pour ne pas être vue »

1. La protection contre le divin (Le mythe archaïque) Au début de l’histoire du monde, c’est une protection contre « Dieu » (désolé pour ceux qui seront offensé du choix du mot, comprenez qu’il montre la divinité « X » toutes religion confondue). C'est un concept que l'on retrouve dans l'Antiquité (bien avant l'Islam). Dans certaines croyances mésopotamiennes ou même dans certains textes paléochrétiens (saint Paul), le voile servait à protéger la femme du regard des "anges" ou des divinités qui pourraient être tentés par leur beauté. L'idée est là : la femme est une puissance créatrice si forte qu'elle doit être "tamisée".

2. La protection physique (Le code de distinction) C'est un point historique majeur. Dans l'Antiquité (Assyrie, Grèce, Byzance), le voile était un marqueur de classe. Les femmes libres et "respectables" se voilaient pour se distinguer des esclaves ou des prostituées (qui n'en avaient pas le droit). "Si je suis voilée, je suis protégée par mon clan. Ne me touchez pas." C'était une armure sociale avant d'être religieuse.

3. Le regard du mari (Le glissement vers le privé) C’est ici que le concept de "Awra" (ce qui doit être caché) intervient. La beauté devient un capital privé. On passe du voile "protection publique" au voile "propriété privée". L'Islam a repris cette tradition préexistante en la sacralisant : le corps de la femme est un trésor (un Haram) qui ne doit être partagé que dans le cercle intime.

4. L'interdiction du regard étranger (La clôture sociale) On arrive à la vision de Sardou : "Voilée pour ne pas être vue". Ici, le voile devient une cloison étanche. Ce n'est plus seulement une protection, c'est une invisibilisation. L'étranger est perçu comme un prédateur potentiel ou un perturbateur de l'ordre sacré.

5. L'Anonymat démocratique du plaisir (Grèce et Rome) Dans certaines fêtes rituelles (comme les Thesmophories ou certains rites dionysiaques), le voile changeait radicalement de fonction.

Le concept : On ne se voilait pas pour se cacher du monde, mais pour s'extraire de son rang.

L'usage : Sous le voile, la femme de la haute aristocratie et la servante devenaient indiscernables. Cela permettait une liberté de mœurs temporaire où l'identité sociale s'effaçait derrière l'anonymat du textile. C'est le principe du masque de Venise, mais version drapé antique.

6. Le paradoxe de Sardou : "Voilée pour ne pas être vue" C'est là que la remarque est assassine pour le texte :

Sardou voit le voile comme une prison (la "lassitude", les "jardins clos").

L'Histoire nous montre que le voile a aussi été un outil de liberté. Pour beaucoup de femmes à travers les âges (et même dans certaines cités orientales), le voile permettait de circuler dans l'espace public sans être reconnue, de se rendre à des rendez-vous secrets, d'échapper à la surveillance du clan.

7. Le "Moucharabieh" portatif Si l'on suit cette logique, la femme de la chanson n'est pas forcément une victime résignée. Le voile est son moucharabieh à elle : elle voit tout le monde, mais personne ne sait qui elle est.

En disant "Cernées d'un silence absolu", Sardou fantasme une soumission. Mais si elle se tait, c'est peut-être aussi pour protéger son incognito, comme ces femmes grecques évoquées plus haut…. Et cette analyse justifie « au corps de Diane » à la ligne suivante…

« Cernées d’un silence absolu »

1. Ce que sont les cernes : Les cernes sont la représentation de la vie, du poids de la vie, du quotidien… et… saviez-vous que Harem vient de Haram, ce qui est interdit, sacré et retiré … donc, la femme ne peut pas parler du Harem… ni de la notion de mariage musulman…

lothanauteur
10
Écrit par

Créée

le 7 févr. 2026

Critique lue 6 fois

lothanauteur

Écrit par

Critique lue 6 fois

Du même critique

Musulmanes

Musulmanes

10

lothanauteur

6 critiques

Une invitation à SE CULTIVER

une toute petite partie de ce que j'ai à dire de ce superbe texte qui invite à ouvrir des encyclopédies !!!!!Le premier couplet nous décrit le désert en règle générale… il me semble cependant...

le 7 févr. 2026

Le temps des colonies

Le temps des colonies

10

lothanauteur

6 critiques

une critique ouverte de la colonisation !!! A LIRE

J'en ai des choses à dire sur ce titre, dont voici un extrait de mes propos :Sur ces bases… on se le fait, ce texte ?Moi monsieur j’ai fait la colo… Qui est donc le « moi », c’est un ex militaire…...

le 7 févr. 2026

The Best of Bonnie Tyler

The Best of Bonnie Tyler

10

lothanauteur

6 critiques

le glitch musical

une toute petite partie de ce que j'ai à dire sur Bonnie Tyler...Alors voyons ce qu’on peut dire de cet album…If i sing you a love song… un piano larmoyant, articulé avec un léger reverb donnant...

le 7 févr. 2026