Attention, "Liar" ne vient pas distribuer des câlins : il débarque comme un grille-pain irlandais qui aurait découvert le punk et décidé de régler ses comptes avec les murs du studio ! Troisième morceau du single "Dreams" sorti en 1992, cette face B dévoile un visage bien plus nerveux de The Cranberries. Avant même que le groupe ne conquière la planète, on sent déjà cette capacité à alterner douceur et explosions d'énergie avec une étonnante maturité. Ici, le rock alternatif prend des couleurs plus brutes, flirtant avec un esprit presque garage rock, où les guitares mordent franchement, la basse propulse le morceau avec assurance et la batterie avance sans lever le pied, comme un troupeau de moutons sous boissons énergétiques. La production reste volontairement dépouillée, privilégiant l'authenticité à la perfection clinique, ce qui renforce le caractère spontané et fougueux de l'ensemble. Dolores O'Riordan, de son côté, montre déjà toute l'étendue de son talent. Sa voix passe de l'ironie à la colère avec une facilité déconcertante, alternant des passages presque espiègles et des montées en puissance qui donnent l'impression qu'une tornade vient de prendre des cours de chant. Les paroles s'attaquent au mensonge, à la trahison et à la perte de confiance, avec une franchise qui colle parfaitement à l'énergie du morceau. Rien n'est édulcoré : l'émotion jaillit de manière directe, sans détour, comme une tasse de thé qui déciderait soudainement d'exploser en feu d'artifice. "Liar" ne possède peut-être pas la grâce aérienne de "Dreams", mais il offre un contraste particulièrement intéressant au sein du single. Cette face B rappelle que The Cranberries n'était pas seulement un groupe capable d'émouvoir avec des ballades lumineuses ; il savait aussi envoyer des riffs incisifs et une intensité qui annonçaient déjà certaines compositions plus musclées des années suivantes. Une excellente conclusion pour un single qui démontre, dès 1992, une richesse musicale impressionnante. Même les mensonges finissent par demander pardon après s'être pris une telle décharge de décibels.