Ma tête de con et moi, tout petit gamin, étions convaincues que la vie, dans toute sa splendeur, allait être une belle aventure remplie de bizounours et de câlins. La faute à Disney et surtout Aladin et sa lampe magique qui exaucait les vœux. Suggestible a l'excès, je croyais qu'il ne me restait qu'à trouver ma propre lampe et l'affaire serait dans le sac. J'ai grandi. Toujours avec cette naïveté juvénile, cet esprit enfantin qui ne voit pas le mal, la lourdeur ou simplement la merde que l'adulte créé en grimpant en âge. Plus tard, bien que désillusionné par une enfance agréable mais anxiogène et une adolescence irritante ( couvert d'eczéma de la tête au pied doublé d'une mentalité environnante de trou du cul a la polyvalente secondaire), j'ai connu l'alchimiste, de Paulo Coelho.


Au même titre qu'Aladin, je me suis identifié au personnage principal et j'y ai vu une sorte de signe, de message envoyé par la vie. J'allais bientôt trouver mon trésor et de berger, j'allais devenir moins quelconque, un homme accompli entouré de sa douce et de l'argent qui me sortirait par les oreilles. J'y ai cru, je l'ai relu, j'ai observé, j'ai interprété, j'ai quelques fois même constaté certaines synchronicités s'apparentant à une étincelle, disons, céleste. Puis...


Clash/ living the dream. Empreinte de sarcasme, cette chanson a résonné en moi comme une invitation à observer le tableau de la vie. On vous invite très tôt à croire aux rêves et à vous imaginer, vous projeter dans le futur de manière pratiquement magique où chacun aura droit à un royaume et une princesse attitrée personnellement que l'on nommera âme sœur. A l'écoute du titre, on se rend bien compte que ce sarcasme n'a rien de pernicieux. Il a sa raison d'être. Car, oui, effectivement, avec le recul, il s'agit d'une grosse farce aux allures de mascarade. C'est d'ailleurs avec l'agressivité présente dans la chanson qu'on comprend l'ampleur de la supercherie. Déjà, juste vocalement, on sent que ça grince, ça coince dans les angles, ça a chié quelque part entre l'espoir et les illusions déchues. Chantée de manière sèche, furieuse, presque sauvage, on se plaît à hocher de la tête lors de ce passage en simultané avec la batterie. "Ça va crasher, ça va brûler, tu vas le vivre, tu vas apprendre"...


Ce qui est pratique avec la désillusion demeure la rapidité à laquelle nous schémas acquis avec le temps, nos conditionnements prennent irrémédiablement et instantanément le chemin de la fosse septique en un clin d'œil. La maison, la femme, les enfants et le travail ne sont désormais plus la norme et le propre du rêve américain. Maintenant, ces étapes de la vie sont complètement désynchronisées et ne correspondent plus à la vie réelle. Avant, cet amalgame se formait vers 25 ans. Aujourd'hui, le travail n'est plus garanti, la vie de couple ressemble à un contrat de cellulaire, la maison devient un luxe pour les mieux nantis et s'il y a enfants, le couple à explosé avant même que le rejeton ait eu le temps de voir ses parents s'aimer. Living the dream qu'ils disaient...


C'est avec la hargne de ce groupe que je comprends ce sarcasme. La férocité avec laquelle on scande le refrain est proportionnelle à ma capacité de voir ce qui reste de beau dans ce rêve maintes fois évoqué mais rarement vécu. Il y a bien longtemps que je n'accorde plus le mérite au gros plein de soupe de père Noël des cadeaux offerts aux fêtes. C'est mon père, a la sueur de son front qui me l'a offert. La lampe magique n'est qu'un leurre de facilité, une allégorie du rêve de chacun pour obtenir sa vie de rêve. L'alchimiste ? Un beau conte , rempli de sagesse mais qui , Grosso modo, n'est qu'un long pèlerinage où se questionne un berger qui ne sait plus ce qu'il veut. De rêveur naïf, la vie m'a transformé ( you live, you learn...) en un réaliste pessimiste notoire. A force de croire aux chimères, on devient désabusé.


A force de croire à la vie rêvée, on ne rêve plus du tout. Et on embarque dans cette roue qui tourne en rond impliquant le métro, boulot, dodo inlassablement et continuellement. Robotisé, conditionné, athée, sceptique, déçu et blasé.


C'est ce qu'on appelle... Living the dream...

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il y a 6 jours

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Johnny B

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