Et pour refermer l'album, les Cranberries posent le titre "No Need to Argue" sur la table comme un marteau de juge, puis repartent tranquillement en mangeant des cônes à la fraise pendant que tout le monde médite sur ses erreurs sentimentales ! Treizième et dernier morceau de "No Need to Argue", sorti en 1994, ce titre éponyme revient à l'essentiel du rock alternatif teinté de dream pop et de folk qui caractérise le groupe, mais avec une sobriété particulièrement poignante.
La composition repose sur une mélodie lente et mélancolique, des guitares délicates et une rythmique discrète qui laisse toute la place à l'atmosphère. La production est volontairement dépouillée : aucun mur de son, aucun feu d'artifice, juste quelques instruments parfaitement placés et suffisamment d'espace pour que chaque note puisse faire son petit numéro de disparition émotionnelle. Dolores O'Riordan est ici magistrale. Sa voix se fait douce, fragile, presque vulnérable, comme si elle chantait directement depuis une pièce vide après le départ de quelqu'un. Puis certaines inflexions viennent rappeler qu'il existe derrière cette douceur une force considérable.
Elle ne cherche jamais à surjouer : elle laisse simplement les mots respirer, et c'est précisément ce qui rend son interprétation aussi bouleversante. Les paroles évoquent l'usure d'une relation, les conflits, la séparation et surtout cette idée que certaines discussions ne servent plus à rien lorsque tout a déjà été dit et que les blessures sont trop profondes. Le titre "No Need to Argue" résume parfaitement cette résignation : inutile de continuer la bataille, il ne reste plus qu'à accepter la fin. Musicalement, cette simplicité fonctionne à merveille. Après les montées émotionnelles de "Daffodil Lament", le morceau agit comme un atterrissage en douceur.
L'album ne se termine donc pas dans l'explosion, mais dans une forme de calme triste et profondément humain. C'est un choix particulièrement intelligent : plutôt que de chercher un dernier feu d'artifice, les Cranberries ferment la porte doucement et laissent l'écho des douze morceaux précédents résonner dans la tête.
En conclusion d'un album de treize titres qui aura traversé la nostalgie, la colère, la douleur, l'amour et la perte, "No Need to Argue" apparaît comme une véritable épilogue. Une chanson sobre, élégante et émotionnellement puissante qui donne à l'ensemble une conclusion presque cinématographique. Et quand la dernière note disparaît, impossible de réclamer une explication : le disque vient simplement de déposer son dossier sur la table, de fermer le classeur et de partir en Irlande sans laisser d'adresse.