Attention, décollage immédiat vers la planète « Auto-Tune en roue libre » : avec « Obligés de prendre », PNL nous sert du cloud rap français tellement planant qu’on finit par chercher le bouton pour redescendre sur Terre ! Sorti en 2015 sur « Que la famille », ce morceau s’inscrit dans leur esthétique de cloud rap sombre, mélancolique et vaporeuse, mais ici, pour moi, la recette tourne rapidement à la purée musicale sans sel : une production électronique faite de nappes aériennes, de basses profondes et d’un rythme volontairement posé, le tout accompagné de voix massivement transformées par l’Auto-Tune, donnant parfois l’impression que deux GPS fatigués se sont mis à rapper dans une station-service intergalactique.
Le problème, c’est que cette ambiance planante ne suffit pas à fabriquer une chanson intéressante : la mélodie reste très limitée, le rythme manque de relief, les variations sont rares et la structure donne cette impression de tourner en rond avec une roue de brouette carrée. Côté rap, peu de technique classique, peu de changements de flow et surtout très peu de surprises ; tout semble conçu pour maintenir la même brume sonore du début à la fin.
Les paroles, elles, baignent dans un univers de débrouille, d’argent, de consommation, de méfiance et de nécessité, avec un vocabulaire parfois cru et des références à la rue qui cherchent à donner au morceau une dimension réaliste et provocatrice. On retrouve notamment l’idée de devoir « prendre » ou récupérer ce qui est nécessaire, avec une logique de survie et de rapport de force, mais cette posture finit surtout par me laisser froid : la provocation paraît davantage utilisée comme carburant narratif que comme véritable écriture travaillée. Certaines formulations autour de l’argent, de la consommation et des comportements illégaux peuvent clairement être jugées inappropriées ou complaisantes, mais elles ne compensent pas, à mes oreilles, le manque de richesse musicale.
Et c’est précisément là que le morceau me perd : derrière l’atmosphère et les effets, je ne retrouve ni la virtuosité d’un rap technique, ni une véritable recherche mélodique, ni cette étincelle créative qui ferait bondir le morceau hors de son brouillard. Pour moi, ce n’est donc pas une réussite musicale : l’ordinateur semble avoir pris les commandes, installé le pilote automatique et envoyé la créativité faire une sieste dans le coffre. « Obligés de prendre » ? Moi, j’étais surtout obligé de prendre… le bouton STOP !