« On est tous des imbéciles » occupe une place à part dans la discographie de Mylène Farmer. Paru en 1985, ce single est souvent considéré comme une curiosité de ses débuts, coincé entre l’impact de « Maman a tort » et l’explosion médiatique que provoqueront plus tard « Libertine » et l’album Cendres de lune. Pourtant, derrière son statut relativement confidentiel, la chanson mérite l’attention car elle témoigne d’une période où l’identité artistique de Mylène Farmer est encore en construction. Dès les premières secondes, le morceau affiche une énergie légère et volontairement décalée. Les arrangements synthétiques, typiques de la pop française du milieu des années 1980, privilégient une approche ludique et immédiate. Là où les futures compositions de la chanteuse s’enfonceront dans des univers sombres, poétiques ou tragiques, « On est tous des imbéciles » adopte un ton plus ironique et presque insouciant. Cette différence constitue à la fois sa singularité et sa principale limite. Les paroles reposent sur une critique amusée des travers humains, des comportements absurdes et de la tendance universelle à commettre des erreurs. Le texte joue sur l’autodérision plutôt que sur la provocation ou le drame, offrant une vision légère de la condition humaine. Cette approche rend la chanson sympathique et accessible, même si elle ne possède pas la profondeur littéraire qui deviendra l’une des marques de fabrique de Mylène Farmer. Vocalement, la chanteuse affiche encore une certaine fraîcheur et une spontanéité qui reflètent ses débuts. Sa voix, plus légère et moins maîtrisée que dans ses œuvres futures, apporte néanmoins un charme particulier à l’ensemble. On perçoit déjà certains traits de son interprétation, notamment cette douceur fragile qui deviendra l’une de ses signatures. Musicalement efficace sans être révolutionnaire, le morceau souffre parfois de la comparaison avec les grands classiques qui suivront. Il manque encore cette dimension mystérieuse et émotionnelle qui fera la force de ses meilleurs titres. Cependant, il serait injuste de le réduire à une simple curiosité oubliée. Avec le recul, « On est tous des imbéciles » apparaît comme un témoignage précieux des tâtonnements artistiques d’une chanteuse en pleine évolution. Agréable, entraînant et empreint d’un humour rare dans son répertoire, ce single reste une pièce intéressante pour comprendre les premiers pas de Mylène Farmer avant l’éclosion complète de l’univers qui la rendra incontournable dans la chanson française.