Ce remix m’a attrapé comme un vieux miroir poussiéreux qui aurait soudain décidé de refléter un concert entier en plein cauchemar électro. "Plus grandir (mix 2001)" transforme l’un des morceaux les plus sombres et introspectifs de Mylène Farmer en une relecture plus rythmée, mais sans jamais trahir son ADN profondément troublant. Dès les premières secondes, les synthétiseurs s’installent comme une brume froide sur une ville endormie, pendant que la basse avance lentement, presque lourdement, comme si elle portait le poids de souvenirs qu’on préférerait oublier. Les percussions, discrètes mais insistantes, frappent avec une régularité clinique, donnant au morceau une tension permanente, entre contrôle et perte de repères.
La voix de Mylène Farmer, elle, reste le centre de gravité émotionnel. Fragile, presque spectrale, elle semble flotter au-dessus du mix comme une pensée qu’on n’arrive pas à attraper complètement. Même remixée, elle conserve cette intensité singulière, cette manière de dire les choses comme si chaque mot était une cicatrice ouverte sur un univers intérieur en déséquilibre. Les paroles, toujours aussi dérangeantes et lucides, parlent du refus de grandir, de la peur du temps qui passe, avec une sincérité qui serre un peu la poitrine, même enveloppée dans une structure plus dance.
J’ai eu l’impression que mes neurones étaient enfermés dans une maison d’enfance abandonnée où les souvenirs jouent encore de la musique tout seuls dans les murs. Ce mix 2001 ne cherche pas à rendre le morceau plus confortable : il accentue au contraire son malaise, en l’habillant d’une pulsation froide qui le rend encore plus hypnotique. C’est une version qui danse, mais avec les yeux ouverts dans le noir.
Bref, un remix qui ne fait pas oublier la douleur du morceau… il lui donne juste un tempo pour respirer.