Ah, « Que la mif » : ici, la famille est sacrée, le bitume est roi… et moi, je suis surtout le cousin éloigné qui cherche discrètement la sortie !
« Que la mif » est un morceau de rap français de PNL, sorti en 2015 sur « Le monde Chico ». Longue de 4 min 23 (bien trop longue...) , elle réunit PNL avec S-Pion, Pti Moha, F430 et Ilinas. Le morceau tourne autour d’un thème central chez PNL : la famille, la loyauté envers les proches et la débrouille, le tout plongé dans un univers de trafic et de méfiance. Des analyses universitaires du rap de PNL soulignent justement cette importance du clan familial et du sentiment d’appartenance.
Musicalement, le morceau reste dans le rap français teinté de cloud rap qui caractérise l’époque PNL : production sombre, ambiance planante, rythme posé et voix traitées. Mais ici, le côté collectif change un peu la recette : plusieurs intervenants se succèdent, donnant davantage de mouvement que sur certains titres précédents. Malgré cela, je reste hermétique à cette atmosphère. Ça brasse du monde au micro, mais chez moi, ça brasse surtout du vent.
Et les paroles… bon sang de bois, c’est un véritable inventaire du trafic, de la violence et de la débrouille. Ademo attaque notamment avec « Taga taga, zitoun, paki, afghan, coco, be-her, co-mer », avant d’évoquer la vente de produits dans la ville. S-Pion poursuit avec « Demain j’vais voler, après-demain j’vais voler » et « braquer pour ramener à dîner ». Là, franchement, on est loin du repas dominical chez mamie avec la nappe fleurie et le gigot qui mijote.
Ilinas en remet une couche avec « J’te souhaite un cancer », puis les menaces et les références à l’argent continuent. C’est précisément cette surenchère qui me fatigue : le morceau aurait pu développer réellement son idée de famille comme refuge, mais il préfère souvent empiler les codes de la rue jusqu’à l’indigestion.
Il y a pourtant quelques passages qui auraient pu donner davantage de profondeur. Sanders lâche notamment « Même si tu tombes il faut avancer » et « pense à la mif », tandis que N.O.S conclut avec « Que la famille dans le bat', QLF ». Là, enfin, on comprend le cœur du morceau : rester soudés quand tout va mal. Mais cette idée intéressante se retrouve noyée sous une avalanche de références au deal, à l’argent et aux règlements de comptes.
Le problème est donc moins l’existence de cette noirceur que son accumulation. À mes oreilles, « Que la mif » confond trop souvent intensité et surenchère. Quand presque chaque couplet veut sortir les gros bras, le morceau finit par ressembler à une réunion de copropriété où tout le monde serait venu avec un gilet pare-balles.
Je reconnais néanmoins que la présence de plusieurs rappeurs donne au titre une énergie collective et que le thème familial apporte une cohérence à l’ensemble. Mais avec ma note de 1/10, la mayonnaise ne prend absolument pas : trop de vulgarité, trop de trafic, trop de menaces et pas assez d’émotion véritable pour me convaincre.
Que la mif ? D’accord… mais dans ce cas, je vais rejoindre ma propre famille musicale et passer à autre chose !