Accrochez-vous au bastingage : avec « Rebenga », PNL sort la grosse artillerie du rap de rue… et moi, je cherche déjà le bouton d’éjection !
« Rebenga » est un morceau de rap français, extrait de « Le monde Chico » (2015), avec la participation de RKM. Il dure un peu plus de quatre minutes et constitue la 13e piste de l’album. Le morceau s’inscrit dans l’univers très sombre de PNL : survie, famille, trafic, méfiance et sentiment d’être enfermé dans un environnement où il faut se débrouiller seul. Une critique publiée à l’époque soulignait d’ailleurs les productions très travaillées de l’album et l’importance de l’Auto-Tune dans la création de cette identité sonore.
Musicalement, « Rebenga » est plutôt efficace dans son registre. La production de Kevin Mabz installe une ambiance sombre et tendue, avec un rythme qui reste assez posé. Les voix sont travaillées pour produire ce fameux effet cotonneux propre à PNL. Mais voilà : cette atmosphère ne m’embarque absolument pas. Je comprends l’intention, mais chez moi, ça tourne en boucle comme une machine à laver qui aurait perdu son numéro de lavage.
Les voix d’Ademo, N.O.S et RKM restent volontairement nonchalantes, avec cette diction traînante et ces effets vocaux qui donnent l’impression que tout est raconté depuis le fond d’un parking à 4 heures du matin. C’est cohérent avec le morceau, mais je trouve l’interprétation trop uniforme. Même le facteur qui distribue les mauvaises nouvelles aurait davantage d’entrain.
Et les paroles, alors là, c’est la foire au catalogue de la rue. Dès le début, on entend « On a pesé la M dans la ca-ca-cave », puis le morceau enchaîne avec « Tu trouves pas l’bonheur ? Tu trouves la beuh, la coke, la M.D ». Voilà qui résume assez bien ce qui me dérange : drogue, argent, territoire et menace deviennent les ingrédients principaux du texte.
Il y a pourtant une idée intéressante derrière cette noirceur : « L’amour des miens pour m’tenir c’est la ba-ba-base » montre que la famille constitue un point d’ancrage dans cet univers hostile. C’est probablement l’un des rares éléments qui apporte une véritable dimension humaine au morceau. Mais il est rapidement noyé sous les références au trafic et à la violence.
Même chose avec « Tu trouves pas l’bonheur ? Tu trouves la beuh, la coke, la M.D » : la phrase pourrait être l’occasion d’une critique de cette fuite artificielle devant le mal-être. Mais le morceau ne développe pas suffisamment cette idée pour me faire ressentir autre chose qu’une succession de clichés de la vie de rue. Une occasion manquée, comme un but tout fait envoyé dans les tribunes.
Je reconnais néanmoins que le morceau possède une vraie cohérence avec l’univers de « Le monde Chico ». Et ce n’est pas seulement mon impression : les critiques de l’époque relevaient justement cette opposition entre la dureté des textes et la douceur des flows et des productions. Mais pour moi, cette recette atteint ici ses limites : trop de noirceur, trop de références au trafic et pas assez de variations pour créer une émotion qui dépasse la posture.
Avec 1/10, mon verdict est donc particulièrement salé : « Rebenga » possède une identité sonore, mais il me laisse complètement sur le carreau.
Rebenga ? Moi, je préfère « Reviens-y »… mais certainement pas à ce morceau !