Je n’ai pas regardé 100 Days My Prince comme un sageuk spectaculaire, mais comme l’histoire d’un homme et d’une femme abîmés chacun à leur manière, qui se retrouvent par hasard et apprennent à se réparer l’un auprès de l’autre. Nous sommes évidemment dans une romance, mais une romance humble, simple, presque quotidienne.
Au début, Do Kyung-soo (D.O.) m’a fait de la peine. Son personnage, Lee Yul, est un prince figé : il a perdu son enfance, son amour, et avec eux la joie qui accompagne normalement les jeunes gens de son âge. Il est froid parce que le monde l’a obligé à le devenir. Chez lui, le silence n’est pas un manque : c’est une protection. On lit dans ses yeux quelqu’un qui a vécu trop tôt, trop fort. Il ne sait même plus respirer. Sa posture est raide, mais c’est celle d’un prince qui connaît parfaitement son devoir et l’accomplit avec l’indifférence de celui qui n’attend plus rien de la vie.
J’ai lu des critiques sévères sur D.O. parlant d'un jeu monotone ou monolithique. Pour moi, c’est tout l’inverse. (C’est du reste, un artiste insoumis mais d’une manière tranquille. Il refuse simplement de rentrer dans les cases et reste discret et réservé).
Son impassibilité est celle d’un enfant devenu adulte dans la douleur, et D.O. la joue avec une pudeur bouleversante si l’on prend le temps de l'observer.
Quand il perd la mémoire, il ne devient pas soudain un clown charmant : il ne sait juste plus comment se comporter dans un monde qui n’attend rien de lui. Il reste raide, poli, maladroit. Son corps se souvient du rang, même si son esprit l’a oublié. C’est seulement dans la simplicité de la vie rurale qu’il commence à s’adoucir par fatigue, par effort, par chaleur humaine.
Hong Shim, elle, n’épouse pas un prince. Elle accepte un mari taciturne, qu’elle drague même et peu à peu, elle s’attendrit. J’ai adoré leurs scènes inversées, celles qui renversent les codes du sageuk et injectent une douceur inattendue. C’est une battante, notre Hong Shim, et son énergie pétillante fonctionne à merveille aux côtés d’un Won Deok taiseux. Ensemble, ils ne se sauvent pas : ils se redonnent de l’air. Et c’est pour cela que leur histoire fonctionne. Avant d’être amoureux, ce sont deux êtres fatigués qui apprennent à exister côte à côte.
Si la fleur de pissenlit est partout un symbole de vœux silencieux, elle représente en Corée la nostalgie de l’enfance et des premiers sentiments, l’amour patient, celui qui pousse sans être vu, qui survit sans se plaindre, ainsi que la fidélité, car elle revient année après année, même lorsqu’on l’arrache. Ici, la fleur de pissenlit traverse la série comme un souffle discret. Pour Lee Yul et Hong Shim, elle dit la modestie d’un amour qui pousse sans bruit, entre deux pierres, avec la ténacité des choses simples. Pour la princesse héritière et l’homme qu’elle ne peut aimer, elle devient au contraire une fleur fragile, un vœu soufflé au vent, condamné à se disperser avant d’avoir existé. Une même fleur, deux destins : l’amour qui prend racine, et celui qui ne peut qu’être emporté.
J’ai aimé voir D.O. s’ouvrir doucement. Il n’explose jamais : il se fissure. Un sourire timide, un rire discret, une épaule qui se détend. C’est l’évolution la plus crédible : celle qui prend racine sans bruit. Il y a chez lui une forme de bonté naïve, enfouie sous la couronne, qui réapparaît comme une fleur au milieu des cailloux.
Quand il retrouve son statut, tout redevient compliqué. Beaucoup trouvent la seconde moitié plus faible, trop politique. C’est classique dans ce genre, mais ici je la trouve surtout logique et nécessaire. Lee Yul redevient prince, et son visage se referme, mais cette fois, ce n’est plus de la résignation : c’est de la détermination. Il sait désormais ce qu’il veut protéger. J’ai adoré sa colère contenue dans le dernier acte : sans cris, mais pleine d’autorité et d’humour. Il n’est pas encore roi mais il en a déjà la stature.
Le reste du casting est à la hauteur. J’avoue que je ne savais même pas qui était au générique, mis à part D.O. et Nam Ji-Hyun. Han So-hee est très juste en princesse héritière. Et le trop rare Kim Jae-Young m’a agréablement surprise dans ce registre. Quant à Kim Seon-ho, il occupe une place intéressante même si, en 2018, il n’avait pas encore explosé dans le paysage coréen.
La fin, oui, nous arrange. Moi la première car j’aime trop le visage de D.O. pour souhaiter autre chose qu’un dénouement vivant, aimé et heureux. Ce n’est pas une série parfaite, mais elle a une sincérité que je ne suis pas prête d’oublier. Malgré quelques longueurs, j’ai été touchée. Une jolie surprise que je redoutais.