Sheridan use et abuse du genre saga familiale pour ses séries western, malgré une tentative de mettre en lumière les activités néfastes humaines et de magnifier ses immenses territoires vierges tout à sa nature, montrant qu'il tenterait aujourd'hui un regard écologique, mais ici sans vraiment y voir de dénonciation humaine, tant la désinvolture du geste des massacres d'animaux sauvages à l'excès semble plutôt les justifier.
On y verra comme une évidence que la possession des terres ne laisserait de la place à quiconque, que la peur de la perte d'un mode de vie prime sur la vie des autres, et quels qu'ils soient, avec en miroir, le génocide des amérindiens, les abus infligés, la perte de leurs terres, les assassinats passés sous silence et leurs enfants envoyés en pensionnats catholiques pour leur inculquer à coups de trique, l'amour de Dieu. 1923 c'est encore le seul portrait de la famille Dutton, mais surtout par ses défauts de caractérisation une histoire de vie bien trop romanesque.
A l'aube de la modernité, la fracture entre ville et campagne, tout à l'électrique naissant pour les uns, aux tâches rébarbatives sans aucun confort pour les autres, le capitalisme à outrance, le politique malmenant un monde rural, soumis aux saisons, aux bandits et aux banques, pour marquer la main mise des nantis sur les éleveurs, tout en usant chacun, des mêmes méthodes.
Quelques batailles rangées bien menées confirme que Sheridan sait filmer ses scènes d'action tout en se perdant parfois dans des considérations appuyées pour nous expliquer la vie d'antan. On y apprendra que s'épiler ne fait pas partie des avancées notables pour certaines, que le mariage et l'enfantement reste le but ultime, que les épouses esseulées rêvent d'une petite résidence secondaire pour ne pas souffrir de leur absence et que les hommes sont le seul ciment familial, en prenant pas mal d'espace sur ce que l'on attendait de souffle épique.
De bons moments défouloirs nécessaires, il faut le dire, quand une indienne maltraitée décide de s'y extraire de manière radicale, pour revenir au moins plaisant quand il traite de la jeunesse plus aisée, quand leurs études ne leur ont pas permis de s'exonérer de leur niaiserie. Shéridan force le trait et explicite constamment. On y retrouve ses cow-boy amoureux et ces jolies filles toutes blondes, prêtes à tout pour leurs hommes bienveillants, eux-mêmes prompts et tout à leur sérieux à leur expliquer la nécessité de l'émancipation, dans un patriarcat aux limites pourtant bien marquées entre les genres.
En intégrant aux décors du Montana ceux de l'Afrique, seule nouveauté pour nous introduire le neveu parti à la guerre et revenu à un métier plus masculin, chasseur d'animaux sauvages, fantasme de toutes les jeunes femmes en quête de sensation, on voyage aux grès des aventures, parfois rocambolesques, parfois totalement improbables mais toujours sans risque, entre mer et palmiers, muscles dénudés et caractères bien pénibles.
Peut-être plus agréable à suivre que Yellowstone et en tout cas, bien moins usant que 1883 qui, avec ses faux airs d'équipée sauvage, nous assène ses monologues incessants, tantôt mièvres, tantôt en forme de lapalissade épuisante.
On retrouve Michelle Randolph notre jeune fille délurée de Landman, qui colle à la perfection à son personnage juvénile, qu'elle devra peut-être éviter à l'avenir, on regrette le peu de présence de James Badge Dale, trop souvent en second rôle, on s'amuse moyennement du rôle donné à Timothy Dalton, ponte des lieux, maltraitant à ses heures, d'ailleurs pas très à l'aise, d'Harrison Ford, plus vieux et dépassé, légèrement en deça du remonté Costner, et Helen Mirren qui malgré son charisme, enfonce le clou en femme aimante et parfaite soumise à l'inquiétude constante du deuil potentiel et fine gâchette, quitte à tirer sur tout ce qui bouge.
Habituellement Sheridan termine ses séries de manière abrupte ou frustrante et quelle surprise avec sa seconde saison, pour un dernier épisode en guise de clôture finale totalement expédié et ramassé alors que les épisodes précédents ont tendance à traîner en longueur sans grand intérêt. Le sacrifice de certains personnages est d'autant plus étonnant par leur présence régulière tout du long, dans des situations qui auraient pu avoir raison de leur intégrité physique à maintes reprises.