"Let the sun shine"...[Critique de "Aquarius" saison par saison]

Avis sur Aquarius

Avatar Eric BBYoda
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Saison 1 :
"Aquarius" n'a eu ni les faveurs de la critique, ni celle du public, sans doute parce qu'il se situe dans une position médiane inconfortable entre le tout venant de la série grand public, avec ses enquêtes policières à résoudre par un couple de flic mal assortis, et la série plus adulte, plus ambitieuse, visant à offrir une perspective profonde sur une période importante de l'histoire des USA. A ce titre, même si l'on peut déplorer les facilités d'un scénario pas très subtil, et la faiblesse d'écriture de personnages qui oscillent entre stéréotypes ressassés et réelle ambigüité, "Aquarius" remplit correctement son contrat, et nous permet de revisiter les années démentielles du flower power californien. La visite de Topanga Canyon, lieu mythique de la contre-culture de la fin des années 60, que l'on connaissait surtout à travers des mémoires et des chansons de Neil Young (par ailleurs proche de Charles Manson, ne l'oublions pas...), la description des jeux politiques naïfs (mais fondamentaux dans l'histoire du mouvement d'émancipation Noir aux US) des Black Panthers, ainsi que les manœuvres politiques des équipes de Tricky Dicky (Nixon) représentent pour moi l'intérêt principal d'une série certes objectivement moyenne, mais finalement beaucoup plus intéressante que prévue. A suivre, au moins pour une seconde et dernière saison. [Critique écrite en 2017]

Saison 2 :
Et puis il y a cette seconde saison, impeccable, qui ne peut que nous laisser stupéfaits devant l'interruption prématurée d'une série en pleine ascension, qui commençait à tenir toutes les promesses de son très beau sujet. Une saison que peu de gens ont dû voir, donc... Et pourtant... Construite comme un parcours haletant vers la fameuse nuit du massacre abject dans la villa Polanski, elle nous montre le basculement dans la folie furieuse de Charles Manson, qui entraîne sa "famille" avec lui dans un cauchemar d'abord lysergique, puis horriblement réel. Un cauchemar qui fait écho, ou mieux encore, matérialise les dérèglements politiques et sociaux profonds de cette époque où le monde entier bascula. Car, pendant que chacun des personnages principaux voit sa vie bouleversée, et sombre d'une manière ou d'une autre (dans l'alcool, la came, le sexe, le crime, la soumission...), les soubresauts politiques deviennent des tremblements de terre : Martin Luther King, puis Robert Kennedy sont assassinés, les quartiers noirs s'embrasent, les Black Panthers sont liquidés par le FBI... L'innocence que les hippies croyaient pouvoir trouver s'était avérée une illusion, mortelle cette fois-là. Et les cadavres s'empilaient, tandis que l'âge de l'Amour était devenu celui, grimaçant, du cauchemar. La manière dont McNamara réussit à nous conter tout cela, à nous le faire vivre, épisode après épisode, au prix certes d'une accumulation de circonstances peu vraisemblables plaçant l'inspecteur Hodiak (Duchovny, délicieux comme toujours...) au coeur de l'Histoire, est absolument passionnante, et compense certaines facilités dans la résolution des énigmes policières "périphériques", toujours un peu dispensables. Et quand le noir survient, à la fin d'un dernier épisode glaçant, suffoquant, alors que Los Angeles s'éveille hébété devant l'horreur de la barbarie de ses enfants-fleurs, notre incompréhension (et notre frustration...) est totale : mais pourquoi ont-ils arrêté "Aquarius" ? [Critique écrite en 2017]

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