Noir c'est noir... (critique de la saison 2)

Avis sur Baron Noir

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Cette deuxième saison reprend exactement là où l’histoire s’était arrêtée la première... mêlant toujours habilement une fiction qui colle parfois étrangement à la réalité... Philippe Laugier, le président déchu de la saison 1 incarnant « la vieille politique » a laissé la place à Amélie Dorendeu - hybride de Valls et de Macron - incarnant une gauche « moderne », décomplexée et attirée vers le centre face à deux extrêmes, l’une à gauche incarnée par un avatar de Mélenchon formidablement interprété par François Morel, populiste cultivé aussi talentueux qu’impitoyable ; l’autre à droite, plus vraie que nature... Dans ce monde politique en recomposition, la droite traditionnelle a implosé et Philippe Rickwaert, est toujours prêt à tous les coups et ententes pour relancer l’union de la gauche.

Cette suite renforce encore davantage le sentiment d’ambiguïté que l’on peut ressentir pour ce monde politique...
Pour certains, cette série confirmera la méfiance voire le mépris pour ces personnes qui nous dirigent (ou s’emploient à le devenir) et qui pour arriver multiplient conciliabules, petits arrangements entre ennemis et coups bas... Dans cet entre-soi, on se fait la bise, mais ce ne sont que des baisers de Judas...
D’autres noteront néanmoins que la plupart de ces personnes de pouvoir vivent également avec le dilemme qui se joue au quotidien entre leurs ambitions, leur conviction et (mais si !) l’intérêt de la France.

Si la saison 1 nous présentait une histoire qui pouvait nous sembler plus vraie que nature, la saison 2 perd en intérêt par le nombre de situations peu crédibles voire grotesques... À peine sorti de prison, Philippe Rickwaert est comme un diable qui sort de sa boite ; il reçoit, multiplie les rendez-vous secrets, donne ses instructions, manigance, manipule, s’invite à l’Elysée... En coulisse certes, il continue cependant de tirer les ficelles de ce théâtre de marionnettes... ce qui laisse perplexe...
L’histoire est aussi plus complexe... Les dialogues sont très soignés et très bien interprétés mais le propos est souvent très technique et les stratégies complexes, (trop) nombreuses et souvent à géométrie variable... Il faut donc être très concentré pour ne pas perdre le fil (impossible de regarder par exemple un épisode par semaine...) d’une histoire trop alambiquée...

L’apport de nouvelles thématiques n’est pas non plus toujours heureux...
La place que prend en politique la communication est pertinente et traitée de manière subtile... La saison 1 faisait la part belle aux des joutes verbales notamment à l’Assemblée ; la saison 2 montre cette fois les personnages consultant continuellement les réseaux sociaux sur leur téléphone, interrogeant les instituts de sondage, faisant leurs annonces via les médias ou réglant leurs comptes par tweet.
Par contre, les enjeux sur la laïcité ou la sécurité nationale auraient mérités un traitement plus soigné
pour éviter, comme c’est malheureusement la cas, une succession de clichés sans réel intérêt.

Pour autant, et c’est probablement la réussite de la série, elle n’est pas un « House of Cards » à la française... Ici, pas de Franck ou de Claire Underwood, manipulateurs sans scrupules non, les personnages de Baron Noir n’ont pas perdu leur humanité,on les sent même fragiles.... Amélie Dorendeu n’est pas loin du « Burn Out » et Franck Rickwaert de la dépression... Le combat n’est pourtant pas terminé... les dernières secondes du dernier épisode ouvrent la porte à troisième saison dont l’intrigue apparait autant grotesque que sa logique implacable...
On appréhende donc la suite autant que l’on est curieux de voir comment les scénaristes vont nous rendre cette nouvelle histoire crédible...

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