Doux, dur et dingue

Avis sur Cowboy Bebop

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Oubliez tout ce que vous savez sur la japanimation (surtout si vous vous appelez Éric Zemmour), oubliez tout ce que vous savez des dessins-animés en général car "Cowboy Bebop" est une série tout à fait singulière. Sur le papier c'est une série de science fiction racontant les péripéties de chasseurs de prime inter-galactique, un sujet intéressant mais qui ne transpire pas l'originalité non plus surtout pour l'animation japonaise, riche en héros de l'espace.

Mais à l'écran on a un melting pot culturel réjouissant et unique.
"Cowboy Bebop" construit sa personnalité bigarrée autour d'emprunts à l'Amérique des années 40-50 (La somptueuse BO Jazz, l'aspect Film Noir), aux arts martiaux chinois (le héros pratique le Jeet Kune Do de Bruce Lee, références philosophiques), à la culture pop européenne (Western Spaghetti, le psychédélisme anglais) et bien évidemment au space opéra.
Une avalanche de références hétéroclites que l'on pourrait croire indigeste mais il n'en est rien.

Tout simplement car ces références ne servent jamais de béquille, elles sont digérées, intégrées et enrichissent un univers et un récit parfaitement maitrisé.
Chaque épisode est conçu comme un champs d'expérimentation où tout est permis que ça soit d'un point de vue scénaristique ou de mise en scène.
Ainsi on pourra assister à un épisode composé d'hallucinations due a des champignons, à un autre où l'équipage du "Bebop" (le vaisseau qui sert de base aux protagonistes) se fait décimé par un homard laissé trop longtemps dans le frigidaire ou à un duel épique avec un tueur aussi pervers que singulier nommé Pierrot le fou. On saute de la comédie pure au film d'action survolté en passant par le polar introspectif sobre
On le voit Keiko Nobumoto se fait plaisir au scénario mais Shinichirō Watanabe n'est pas en reste à la réalisation. La caméra est inventive et virtuose mais toujours au service du contenu, le dessin est sublime, l'animation riche et la mise en scène audacieuse. Là encore d'un épisode à l'autre on n'assistera pas aux même procédés puisque ceux-ci s'efforcent toujours de s'adapter à l'histoire qu'on nous raconte.
On oscille entre le loufoque le plus absurde et le drame le plus tendu. Quel que soit le ton et l'approche d'un épisode de "Cowboy Bebop" ils sont tous différents et tous réussis.

Plutôt que de tomber dans la facilité commerciale de la série à rallonge et du remplissage fastidieux qui en découle, "Cowboy Bebop" se contente d'une seule saison, 26 épisodes et c'est tout mais 26 vraies histoires à raconter, 26 moments uniques.
Tout ceci ne serait rien sans des personnages auxquels s'attacher. Outre le character design très réussi (et je ne parle pas que de la poitrine de Faye) l'équipage du Bebop est habité par cette même folie douce qui habite la série. Jet Black, le vétéran taciturne aux allures de gros bras mais emprunt d'une douce mélancolie. Ed la petite génie de l'informatique aussi habile qu'insouciante. Ein le chien le plus cher de la galaxie.
Et puis il y a Spike Spiegel dont l'estomac sans fond le pousse à accepter des primes, un type désinvolte et charismatique mais qui cache une blessure dont il ne veut rien dire. C'est d'ailleurs cette blessure qui servira de fil rouge à la série au détour de certains épisodes dont le fabuleux dyptique final : The Real Folk Blues part 1 & 2. Des épisodes au cours desquels on rencontre le bien nommé VIcious, l'antagoniste de Spike.
Cette joyeuse bande croisera des personnages hauts en couleurs allant du criminel angoissant ("Pierrot le Fou", "Sympathy For The Devil") au trublion bizarre et imprévisible ("Cowboy Funk", "Heavy Metal Queen").

L'utilisation et l'importance de la musique dans "Cowboy Bebop" se retrouve à tous les niveaux de création... rien que le terme "Bebop" renvoie à un style musical populaire des années 40 et 50.
Au delà de l'inoubliable thème principal ("Tank!") composé par Yoko Kanno la série est habillé par une bande son très jazz et parfois blues ou rock classique très élégante et percutante. Un choix inhabituel pour les ambiances spatio-futuriste mais qui fonctionne à la perfection tant la complémentarité avec les images saute aux oreilles.
Il est aussi intéressant de noter que les noms des épisodes comporte très souvent une référence musicale directe (tel ceux s'appelant "Bohemian Rhapsody" ou "Sympathy for the devil") ou indirect rappelant sans cesse cet esprit de Jam Session (d'ailleurs les épisodes sont appelés "Session") où des musiciens de différents style improvisent pour faire de la musique. Une mentalité de création libre et sans frontières qui colle parfaitement à ce qu'est "Cowboy Bebop".

Véritable OVNI folk, "Cowboy Bebop" ne cesse d'affirmer et de ciseler sa personnalité au fil de ses 26 épisodes nous emmenant, entre excitation et contemplation, jusqu'à un final aussi soufflant qu'il est inoubliable.
Cette série dresse un pont entre orient et occident et offre un spectacle détonant et surprenant.
Si "Cowboy Bebop" est un dessin animé "pour adulte" ce n'est pas par rapport au caractère explicite de son contenu (comme c'est souvent le cas avec cette appellation) mais bien par la maturité de celui-ci et par l'excellence du traitement artistique. "Cowboy Bebop" n'est pas le genre d'expérience que l'on croise souvent et il serait bien dommage (ou idiot, au choix) de s'en priver.

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