Critique de la Saison 1 de Dawson's Creek

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Dawson's Creek est une série télévisée de Kevin Williamson, diffusée de 1998 à 2003 sur le network The WB (appartenant à Warner Bros) qui est devenu aujourd'hui The CW. Ce network était spécialisé dans les séries pour adolescents et jeunes adultes, ainsi on a pu y voir les cinq premières saisons de Buffy The Vampire Slayer, Charmed, Roswell, etc …

Kevin Williamson est un scénariste américain connu pour avoir scénarisé le film Scream de Wes Craven, et avoir ainsi contribué à la création des néo-slashers (il a aussi écrit I Know What you did Last Summer, Scream 2 et Scream 4 par exemple).

Après le succès de Scream, Williamson souhaite créer une série télévisée, se basant sur le même type d'écriture que Scream, c'est à dire une série riche en sous-texte qui se commente elle-même au fur et à mesure de son avancement et qui fait référence à de nombreux films populaires. Ainsi là ou Scream fait constamment référence aux films d'horreurs dans les dialogues des personnages, Dawson's Creek fait référence aux films romantiques, aux teens-movies mais également à l’œuvre de Steven Spielberg dans sa première saison.

Largement auto-biographique pour ce que l'on en sait, Dawson's Creek raconte la vie de quatre protagonistes vivant à Capeside, petite ville côtière fictive du Massachusetts. Dawson Leery (James Van Der Beek) tout d'abord est un jeune adolescent de quinze ans, fan de cinéma, et plus particulièrement de l’œuvre de Spielberg dont toutes les affiches de films ornent les murs sa chambre. Vient ensuite Joey Potter (Katie Holmes), qui est l'ami d'enfance de Dawson, puis Pacey Witter (Joshua Jackson) le side-kick rigolo et le mouton noir de sa famille, et enfin Jen Lindley (Michelle Williams) fraîchement débarquée de New-York, vivant avec sa grand-mère pour l'éloigner des grandes villes et des influences néfastes.

D'une manière générale, Dawson's Creek est une série que j'apprécie (bien que visiblement personne n'ait réellement compris les années 90 ^^), voilà donc les quelques points que j'ai pu noter au cours de cette première saison.

Tout d'abord, la série parle, évidemment, de l'évolution de jeunes adolescents, mais s'intéresse également à la représentation des histoires d'amours au cinéma et à la fameuse opposition entre ces vies fantasmées, que nous côtoyons tout le temps à travers le cinéma, et la vie réelle. Cela m'a d'ailleurs fait penser à 500 Days of Summer, film absolument formidable d'ailleurs, et à son protagoniste qui considérera à un certain moment que tout ces films mentent sur ce que sont les relations amoureuses (et plus spécifiquement sur leur prétendue immortalité).

Cette opposition est représentée simplement à travers les discussions et agissements des deux personnages principaux : Dawson et Joey. Je m'appuierais principalement sur le déroulement de l'épisode 3 intitulé Kiss pour expliquer cette opposition de principes.
L'épisode commence, comme presque tout les épisodes de la saison, par un plan de la télévision, qui sert d'annonce et de décodage. Dans cet épisode, nous est montré une scène du film Tant qu'il y aura des hommes avec Deborah Kerr qui embrasse Burt Lancaster sur une plage. Petit aparté, j'ai trouvé que la traduction française des titres d'épisodes était très bien trouvée, les titres font tous référence à un film, souvent cité explicitement ou implicitement dans l'épisode. Cet effort de traduction permet donc de conforter le travail de Williamson sur la réflexivité. Ainsi en français cet épisode s'appelle Tant qu'il y aura des baisers, et fait référence de manière ouverte au film. Cependant pour des raisons que j'expliciterai plus tard, il faut absolument voir la série en VO (dommage mais c'était très bien tenté tout de même ^^).

L'épisode va donc se concentrer sur la thématique du premier baiser. A la vision de cette scène Dawson commence à dire que son premier baiser avec Jen sera exactement comme ça ! En tant que réalisateur (amateur mais tout de même), Dawson a une certaine volonté de tout contrôler et de rendre sa vie aussi parfaite qu'un film, ainsi il veut programmer l'intégralité de l'acte en préparant de la musique, l'éclairage et les dialogues (je cite approximativement ses mots mais il fait vraiment référence au dispositif cinématographique). Joey elle, affirme que les choses doivent se faire naturellement, et qu'il vaut mieux vivre sa vie, plutôt que se faire des films.

Lors de la scène du baiser, Dawson rate évidemment car il a complètement mélangé la réalité et la fiction (leur baiser est filmé par sa caméra, etc …), tandis que Joey embrasse naturellement le mec sur le voilier. Mais dans la scène finale, les deux personnages vont adopter le comportement préconisé par l'autre, Joey au cours de l'épisode va mentir, s'inventer une vie pour séduire le garçon (elle se fait appeler Deborah Carson, en pensant à la scène avec Deborah Kerr), et son mensonge ne mènera qu'à une séparation définitivement définitive. Dawson lui, va avoir le droit à son premier baiser, dans un endroit un peu dégueu mais romantique grâce à la magie du moment.

Cette opposition dans la manière d'aborder sa vie, fait référence à un débat plus large (et toujours terriblement d'actualité) qu'est notre manière de vivre par procuration à travers le cinéma plutôt que de vivre les choses par nous-même. La thématique de la procuration est d'ailleurs plutôt bien traitée dans l'épisode 2 : à travers les baisers fictifs (dans le cadre de la fiction tournée par Dawson) qu'il va considérer comme réel ; Dawson qui embrasse la doublure tête de Joey qui elle le ressent comme un vrai baiser ; Dawson qui refuse d'aller à la soirée pour danser par procuration devant les films avec Travolta ; ou encore Jen qui au cours de la saison 1 est quand même une sorte de Joey par procuration (Dawson soulignant la proximité des sentiments qu'il éprouve pour les deux personnages).

La série est donc aussi un hommage à tout un tas de films (comme Scream était un hommage à Halloween), ainsi dans cette première saison on retrouvera un épisode ressemblant à Scream et un épisode calquant Breakfast Club tout les deux très bien réussis. Et bien sûr, comme nous sommes dans une œuvre de Williamson, les héros ont vu ces films et sont tout à fait conscients que l'épisode est très similaire à ces films « Oh mais on est totalement dans Breakfast Club là ». Cela sert parfois à annoncer (notamment par les débuts d'épisodes comme je l'ai déjà mentionné) ce qui va se passer. Ainsi Pacey va commencer à vivre une relation avec sa prof d'anglais lorsque cette dernière vient emprunter Le Lauréat dans le magasin de vidéo où il travaille.

Dawson's Creek reprend les codes des films romantiques et des séries teens, tout en apportant une distance bien symptomatique de la série. Dans les divers commentaires que l'on peut lire sur la série on trouve souvent que la série est mauvaise car les personnages n'agissent pas du tout comme des jeunes de 15 ans, parlent comme des psychologues, etc … Et effectivement les personnages sont dans la complète interprétation de leur comportement en permanence. S'exprime ici le côté « post-moderne » inhérent aux productions de Williamson (Scream, The Faculty, etc …) et l'intérêt, du moins pour ma part, de Dawson's Creek. Les personnages ont un rapport assez distancié avec le réel et apporte un regard différent sur l'adolescence que les séries de l'époque comme 90210 par exemple (cité à plusieurs reprises d'ailleurs). Dawson's Creek est effectivement une sorte de fantasme, un endroit imaginaire … La photographie de la série renforce d'ailleurs cette impression, elle est très lumineuse et donne un côté rêve, à ce village complètement hors du temps (qui n'existe pas, les plans de la baie sont des stock-shots, du moins dans la saison 1).

La réalisation reste assez pauvre dans cette première saison, certains lieux et acteurs de personnages secondaires vont changer dès le troisième épisode. La production a eu lieu d'un bout à l'autre des États-Unis et, parfois la complexité du tournage se ressent un peu, mais ça va, ça se regarde quand même bien. J'aime aussi beaucoup le montage qui utilise un nombre de musiques invraisemblables par épisode (ça leur a coûté relativement cher je crois). D'ailleurs l'album Songs from Dawson's Creek est un très bel album qui regroupe des chansons des différentes saisons et que je recommande chaudement.

La série aborde le thème des relations amoureuses et notamment de la sexualité de manière assez ouverte et a un peu choquée à l'époque. On remarque bien cette différence d'ouverture entre le cinéma et la télévision : encore aujourd'hui des choses que l'on voit depuis longtemps au cinéma choquent à la télé.

Enfin parlons des différences VF/VO, on remarque d'abord qu'en VF les dialogues sont quand même bien censurés (notamment lorsque les personnages abordent la sexualité), que le doublage était pas super génial mais en plus on perd le sens de certaines phrases notamment quand les personnages font des références au dispositif cinématographique.

I'm sick of being Dawson Leery's sidekick. I'm gonna get my own
storyline.

qui devient un

J'en ai marre de n'être que le meilleur ami de Dawson Leery, je veux
vivre ma vie comme je le sens.

Ça veut à peu près dire pareil mais on perd le côté auto-réflexif je trouve. Du coup je conseille fortement le visionnage en VO !

Saison 1 : 7/10.

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