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Avis sur Dirk Gently, détective holistique

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On pensait pourtant Max Landis irrécupérable. Le fils du scénariste John Landis était en passe de rejoindre son ami Josh Trank dans les rangs des artistes maudits d'Hollywood, quand sur Twitter il criait à qui voulait bien l’entendre que son bébé, American Ultra, avait été victime du dédain du public pour le "vrai" cinéma : Celui qui ne sort pas d'une franchise, qui n'est pas une redite de tout ce qui lui a précédé.
Scénariste à la trentaine à peine entamée, il est une véritable anomalie : À Hollywood, où la majorité des projets n’aboutissent jamais, il est l’un des rares scénaristes à avoir vu cinq de ses scripts adaptés sur grand écran en moins de cinq ans. Malgré cette quantité, depuis Chronicle, les histoires de Max Landis sont loin de faire l'unanimité, et il reste désespérément insatisfait de sa position dans l’industrie, qu’il s’agisse du traitement de ses scripts au cours du processus de création,ou de l’accueil essentiellement glacial du public comme de la critique à l’égard de ses œuvres.

L’appel du format série télé, un medium où l’auteur et l’histoire sont rois, où le Showrunner est glorifié de manière aussi disproportionnée et injuste que le réalisateur au cinéma, ne tarda donc pas à se faire entendre, et on ne peut que se réjouir qu’il ait choisi d’adapter un livre, étant donnée la maladresse évidente de ses histoires originales. Ainsi naquit Dirk Gently’s Hollistic Detective Agency, qui a hérité de la quasi-totalité des qualités du matériau de base, dont Landis a parfaitement compris ce qu’il pouvait tirer en termes de ficelles, pour en faire une série généreuse, rythmée et imprévisible, mais jamais épuisante.

En cela, le pilote a le mérite de donner le ton, en étant très polarisant : S’il se révélera irritant pour certains, par son absurdité constante et son personnage-titre – paradoxalement le maillon faible dans un casting très solide, il donne à voir un univers incontestablement riche, dont le principal gimmick fait figure de prétexte imparable à l’enchaînement effréné des situations improbables qui va suivre au cours de la saison.

En effet, dans Dirk Gently, « Everything is connected » : Un chat, un requin, un bâtiment habitant simultanément le témoin d’un meurtre, les ravisseurs de la garde du corps censée protéger la victime et le cœur d’un labyrinthe. Tout, dans l’histoire, est lié par les lois insondables de l’univers. Les chemins des personnages se croisent et se séparent, ce qui donne à la série un aspect choral et pousse la satisfaction du spectateur à son paroxysme dans des moments de retrouvailles imprévisibles – car c’est bien le maître-mot de la série, alors que jamais un seul détail n’est perdu ou laissé au hasard, pas un fusil ne reste accroché au mur : C’est l’utilisation de tous ces détails, et leur imbrication, qui donnent sa forme à une intrigue étourdissante.

Dans sa partie visuelle, par ailleurs, la série surprend par sa sobriété : Avec un tel scénario, un écueil évident aurait été l’accumulation d’effets tape à l’œil, mais Landis sait ici faire preuve de retenue, et respecte trop ses personnages pour les masquer derrière une mise en scène à l’extravagance inutile.
À ce titre, la prépondérance de la musique de Cristobal Tapia de Veer s’avère stupéfiante de cohérence : Très polarisante, elle est pourtant toujours utilisée à bon escient (entendre : tout le temps), en soulignant l’action de manière constante, parfois énigmatique, absurde, épique, et tout le temps à des années-lumière de ce qui se fait dans le reste de la production télévisuelle actuelle.
Tout comme l’œuvre qu’elle accompagne.

Dirk Gently est une série indubitablement ingénieuse, parfois cruelle, souvent tendre, toujours habile et inventive.
Vivement la prochaine saison.

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