Critique saison par saison

Avis sur Dr House

Avatar Eric Pokespagne
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Saison 1 :

Juste quand notre intérêt pour "les Experts" était épuisé, voici que le brillant "Dr. House" - magnifiquement incarné par un acteur anglais jusqu'ici complètement ignoré, Hugh Laurie - vient prendre la relève de Gil Grissom. Sur le même principe donc que les "Experts" (comment l'excellence professionnelle vient à bout des énigmes les plus complexes, énigmes ici médicales plutôt que criminelles, mais le syndrôme Sherlock Holmes est tout autant à l'oeuvre...), "Dr. House" dépasse rapidement son modèle en intégrant dans le canevas de la série "grand public" certains acquis récents de le "série moderne" : monstruosité d'un héros aussi fascinant que choquant (... mais ici quand même, très drôle !), frontalité sans complexe pour aborder de manière actuelle les thèmes les plus éternels : sexe, pouvoir et argent. Sans prétendre à être une grande série, "Dr. House" est un formidable divertissement, fin et souvent délicieusement féroce... pour peu que l'on supporte certaines images médicales extrêmes ! (Note : 7/10) - [Critique écrite en 2007]

Saison 2 :

Après le choc de la découverte de la saison 1 de "Dr. House", la saison 2 marque d'abord cruellement le pas, au point qu'on pense jeter l'éponge après une dizaine d'épisodes qui pointent dramatiquement la limite du concept : car finalement, combien de maladies "exotiques" et improbables aux symptômes spectaculaires peut-on ainsi inventer ? Combien de fois l'un des membres de l'équipe du Dr. House peut-il prononcer la phrase : "Il pourrait bien s'agir d'un lupus..." avant qu'on ait envie de hurler ? L'introduction montrant l'apparition des premiers symptômes, jouant un jeu roublard avec le spectateur ("qui des personnages sera le malade ?") est trop décalquée de "Six Feet Under" pour nous surprendre. Et puis, au fil des épisodes, les scénaristes corrigent le tir, en accentuant les scènes de vie privée, puis en intégrant une angoisse, voire une émotion, étonnantes qui permettent aux personnages de transcender leur statut de faire-valoirs de dialogues malins. Et voilà notre addiction qui revient ! (Note : 6/10) - [Critique écrite en 2007]

Saison 3 :

La saison 3 de "Dr. House" pose le problème - inévitable, finalement - de l'épuisement des symptômes exotiques et maladies rarissimes qui puissent servir de défi à la logique du Dr. House, au point que même un néophyte sent rapidement que les scénarios prennent de plus en plus de libertés avec la vérité scientifique... Ce qui fait que, à sa 3ème saison, ayant décrédibilisé son contexte "professionnel", la série rend des points à son modèle de toujours, "les Experts". Ne reste alors plus qu'à investir dans des "sub plots", à l'efficacité des plus variables : si l'on est amusés un moment par l'acharnement obsessionnel du flic fantastiquement incarné par le toujours excellent - et effrayant - David Morse, on ne peut qu'être inquiets pour la suite quand les derniers épisodes voient la désagrégation de l'équipe de House. Les scénaristes ont vu venir le mur, ils ont senti la nécessité de repartir à zéro, mais aurons-nous, quant à nous, encore l'envie de poursuivre cette série devenue légèrement fastidieuse ? (Note : 5/10) - [Critique écrite en 2008]

Saison 4 :

S'étant rendus compte après 3 saisons que, malgré son immense succès planétaire, "Dr. House" tournait un peu un rond, ses scénaristes ont eu trois idées excellentes : d'abord, renouveler radicalement l'équipe de notre sociopathe préféré - et ses nouveaux souffre-douleurs sont plutôt plus intéressants que le pâle trio initial -, ensuite organiser une sorte d'élimination des candidats suivant le principe "à la mode" de la téléréalité, ici sur des bases totalement arbitraire (ce qu'on peut lire comme une critique de ce genre de jeu de massacre faussement rationnel), et enfin, dans un final en 2 épisodes remarquable, envoyer la "Dr. House" se balader sur le terrain beaucoup plus "émotionnel" de la série "standard". C'est là un risque indéniable - perdre l'aspect furieusement théorique qui soutient son fonctionnement -, mais il est clair que la série star a trouvé comment évoluer pour survivre. (Note : 6/10) - [Critique écrite en 2009]

Saison 5 :

A la cinquième saison de "Dr House", les scénaristes ont enfin compris qu'il n'était plus possible de multiplier éternellement les cas de pathologies les improbables et de faire de House le deus ex machina qui résoudrait finalement toutes les situations, même les plus improbables : en introduisant le drame intime au cœur du récit, puis en accentuant "la pression" en faisant de la personnalité de House lui même le vrai champ de bataille, ils ont introduit une véritable révolution dans la série, qui passe d'un coup à une dimension supérieure. En ce sens, le dernier épisode, qui adopte un mécanisme similaire à celui de Scorsese dans "Shutter Island", par exemple, est un vrai coup de maître. A suivre ? (Note : 7/10) - [Critique écrite en 2010]

Saison 6 :

Arriver à la 6ème saison sans baisse notoire de qualité est déjà un exploit pour toute série "traditionnelle", donc on n'en voudra pas aux créateurs et aux acteurs de "Dr House" pour cette sévère baisse de régime enregistrée dans cette longue, longue 6ème fournée… On commence par trois épisodes (qui semblent plaire à de nombreuses personnes, bon, tous les goûts dans la nature…) sur la thérapie de House qui sont aussi peu crédibles que fondamentalement ennuyeux. On retourne ensuite à l'hôpital pour l'habituelle série de diagnostics de plus en plus farfelus et de moins en moins intéressants - les scénaristes sont à court, on les comprend…), et pour la fatiguante "valse des pantins" au sein de l'équipe des médecins. De nombreux épisodes se concentrent sur les personnages secondaires (pas passionnants, donc…) tandis que House semble avoir définitivement perdu de son mordant : certains parlent de "plus de profondeur psychologique", pour moi on en est revenu aux codes du "soap" standard. Bref, il faudra voir si la Saison 7 relève le niveau, mais tous les signes d'épuisement sont bel et bien là ! (Note : 4/10) - [Critique écrite en 2011]

Saison 7 :

... Ou la triste déchéance d'une ex-bonne série : les piques d'agressivité de Greg House ne font plus rire personne, et génèrent plutôt une grande pitié de notre part ; l'équipe de clowns qui l'entourent restent des caricatures - hormis peut-être 13 à qui les scénaristes prêtent un peu de substance ; les énigmes médicales sont de plus en plus "abstraites" et nous laissent donc largement indifférents ; le scénario sentimental House - Cuddy ne débouche sur rien, et pire, semble autoriser une conclusion grotesque ; les effets "de genre" que s'autorisent les réalisateurs pour animer un peu tout cela sont simplement pathétiques... Bref, rien ne va bien dans cette triste saison 7, le pire étant atteint avec le personnage grotesque de l'interne surdouée, dont l'inutilité manifeste contamine les épisodes où elle figure. Au point où on se demande si on aura le courage de se farcir la 8ème et dernière saison, l'année prochaine. (Note : 4/10) - [Critique écrite en 2012]

Saison 8 :

La dernière saison de notre ex-héros préféré, "Dr House", sans être réellement un - impossible - retour à la forme des premiers épisodes, a suffisamment de points positifs pour effacer les mauvais souvenirs des deux ou trois précédentes. Débutant fort avec les aventures d'un House confronté à l'univers carcéral (on aurait bien aimé plus d'épisodes de ce genre...), elle s'enlise certes pas mal dans des cas médicaux de plus en plus abscons et dans les jeux pervers mais absurdes auxquels Gregory House se livre au dépens de son équipe... Jusqu'à ce que les scénaristes trouvent leur "grand sujet" - logique - celui de la transmission et de la trace que laisse une personne de son passage. House se retire peu à peu des problématiques de diagnostics quotidiens, les abandonnant à ses "disciples" pour se préoccuper de son "héritage", ses leçons de vie comme de morale - car bien entendu, c'est de cela qu'il s'agit derrière la provocation et le chaos -, et au final de l'amour et l'amitié. House devient plus humain ici, mais sans tomber dans un sentimentalisme à l'hollywoodienne qui aurait détruit le sens même de la série. La dernière partie (les cinq derniers épisodes), et l'excellente conclusion - surprenante par la rédemption suicidaire et paradoxale qu'elle décrit - nous laisseront donc à jamais nostalgiques de la splendide énigme émotionnelle et intellectuelle qu'a été durant toutes ces années Gregory House. Un seul bémol pour cette clôture plutôt réussie d'une grande série, l'absence inexplicable - si ce n'est par des problèmes de production - du personnage de Cuddy, qui empêche que le sentiment de "closure" soit complet. (Note : 6/10) - [Critique écrite en 2013]

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