Spleen et Idéal

Avis sur Euphoria

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Immédiatement amalgamée avec 13 Reasons Why et Skins, la nouvelle série HBO avait de quoi effrayer. L’appréhension grandit encore à la lecture du synopsis. Rue, 17 ans, est déjà une grosse toxico dépressive sortie de désintox avec déjà une overdose au compteur. En plus, les autres ados de son entourage sont aussi des cas : la fille aux gros boobs trop bonne trop conne, une ronde complexée qui devient une furie du sexe et du porno, un mec qui harcèle une pauvre fille que son père homo refoulé a quasi violée… Il y avait de quoi concurrencer avec la montée des périls de 13 RW. Heureusement, Euphoria esquive le pathos démesuré et la violence gratuite de la série Netflix (tombée dans une campagne contre le harcèlement… qui surjoue les sévices les plus insoupçonnables). Malgré la gravité des antécédents des personnages (vie de merde généralisée, on peut le dire), la série de Sam Levinson s’autorise des moments d’accalmie franchement rafraîchissants. Cette légèreté paradoxale vient de deux choses.

D’abord, la narration de Rue, entité omnisciente à la fois confuse et lucide qui survole le passif de ses camarades tout en restant dans le brouillard vis-à-vis de son propre mal-être. Ensuite, la mise en scène. Bon, c’est un peu de la poudre aux yeux, mais le résultat est assez séduisant. Une esthétique pop et vertigineuse qui s’incarne toute entière sous les traits de Jules, jeune fille androgyne au physique fascinant, permettant à la série d’atteindre par moments un certain état de grâce.

Cependant, le résultat final de la première saison laisse perplexe tant l’intérêt se perd dans la cohérence foutraque de l’ensemble. Certainement pour plaire au plus grand nombre, le scénario se perd dans des élucubrations de thriller qui n’aboutissent pas, retombant ainsi dans le glauque poussif qui caractérise les fictions d’ado d’aujourd’hui. Pourquoi toujours traiter la vie adolescente de manière extrême ? A 17 ans, il se passe souvent des choses moins graves mais beaucoup plus complexes ; c’était le cas dans les films de John Hugues (*The Breakfast Club*, *La Folle Journée de Ferris Bueller*) ou encore dans la série *Freaks and Geeks* et ses avatars. La série se perd aussi dans son narcissisme « cool » parfois amusant (tiens un GROS clin d’œil à *Seven* : cool), souvent lassant, comme Rue qui catalogue tous les personnages de *The Wire* (série compliquée demandant un certain niveau de concentration) alors qu’elle-même confesse plus tard qu’elle est incapable de regarder autre chose que de la téléréalité... Mais bon puisqu’elle est hypra omnisciente on va dire que c’est justifiable.

L’équilibre d’Euphoria est donc bien frêle, perdu entre des pétards mouillés scénaristiques, des stéréotypes sauvages et sa propre ambition que la mise en scène ne parvient pas toujours à sauver, elle-même une lointaine copie des films de Gregg Araki et du *Spring Breakers* d’Harmony Korine.

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