Le clash des civilisations.

Avis sur Fauda

Avatar Edward  Benz
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[Légers spoils]

Alors que la série se targue de n'être qu'un divertissement, force est de constater que celle-ci n'est qu'un autre élément constituant l'énorme machine de propagande israélienne. L'objectif est simple : établir une forte dichotomie entre la société palestinienne et la société israélienne. Et autant dire que l'objectif est atteint, fort maladroitement.
Les premières minutes de la série annoncent d'emblée la couleur : le capitaine Ayul, éminent membre des forces de sécurité israélienne, explique à un suspect palestinien que "dans notre société, quelqu’un de votre statut aurait obtenu une greffe de rein pour sa fille depuis longtemps, mais dans votre société, les autorités privilégient leurs semblables et vos enfants sont en bas de la liste des priorités". Et c'est différence entre "eux" et "nous" ne fera que grandir au fil de la série.
Le quotidien est grossièrement caricaturé. Si la vie des Israéliens est rythmée par des sorties en boîtes de nuit, par des bières ou des joints entre amis, les Palestiniens ont un quotidien bien plus sobre, pour ne pas dire d'un autre temps, dans lequel la religion tient une place prépondérante.

Dès lors, comment ne pas s'identifier à ces jeunes israéliens, assassinés dans une boite de nuit par les barbares du Hamas ? Mon intention ici n'est pas de cautionner les attentats-kamikazes palestiniens (qui entre autres, ont été abandonnés en 2005 par les différents groupes armés palestiniens) mais de souligner la facilité par laquelle les réalisateurs ont cherché à rallier la sympathie du spectateur. En effet, au vu de la paranoïa actuelle poussant à une chasse aux sorcières moderne, rien de plus simple pour que l'Occidental s'identifie à l'Israélien. Les deux, pourtant épris de liberté, doivent faire face au terrorisme islamique. Ce "terrorisme" quant à lui, n'est que peu expliqué et extrêmement caricaturé. La religion et/ou la vengeance l'explique. C'est tout et horriblement simpliste.

Cette dichotomie devient même grossière. Au cours d'une conversation entre Moreno et Doron, le premier s'exclame "Israël est un Etat de droit, pas un Etat terroriste", ce à quoi Doron répond "Outrepassez les lois! Pensez comme un Arabe".

Tous les éléments de la série passent dans ce filtre manichéen : si les Palestiniens de manière générale, ne pensent qu'en termes de vengeance ou de religion, les Israéliens ont accès à un filtre d'émotions bien plus large, bien plus complexe. Surtout, ils accordent une bien plus grande importance à la vie. Mourir en chahïd, en martyr, pour les Palestiniens est un Graal, une chance à saisir alors que les Israéliens, attachés à la vie, répugnent la mort.

La série atteint le paroxysme de l'orientalisme dans les derniers épisodes de la première saison. Walid, bras droit de la Panthère, avoue son amour à sa cousine et demande celle-ci en mariage. Rien de plus normal pour des Arabes ?

Plus insidieux sont les quelques éléments historiques présents dans la série. Dans l'épisode 6, Boron parle de Madhat Yusuf qu'on suppose être un prisonnier israélien exécuté par le Hamas. Cependant, la réalité est bien différente. Madhat Yusuf était un garde frontière israélien, touché par un tir de sniper palestinien... à Naplouse, en territoire palestinien occupé. Un soldat occupant un territoire tué par un résistant palestinien. La résistance étant défendue par le droit international, nous sommes bien loin de l'image donné par la série. Plus maladroit encore est la couverture choisie par Boron lorsqu'il infiltre le Hamas pour soi-disant devenir kamikaze : Samakh Tamimi de Nabi Saleh. La famille Tamimi de Nabi Saleh existe vraiment et est fort connue pour résister pacifiquement à l'occupation israélienne. De nombreux membres de cette famille ont fait les frais de l'occupation (dont Ahed Tamimi, jeune fille de 16 ans arrêtée en fin d'année 2017) et utiliser leur nom dans le cadre de cette série témoigne d'un irrespect profond.

Au final, cette série n'est qu'un outil supplémentaire à la hasbara israélienne, rien de plus et rien de moins.

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