La réussite Harmon

Avis sur Le Jeu de la dame

Avatar Denis Labbe
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Cette mini-série en sept épisodes ne partait pas avec un concept facile : faire aimer les échecs à des téléspectateurs. Il faut l’avouer que, pour quelqu’un qui ne connaît rien à ce sport cérébral, passer presque sept heures à regarder des parties auxquels il ne comprend rien ne semblait pas être très glamour. Et pourtant, Scott Frank et Allan Scott sont parvenus à déjouer tous les pronostics en adaptant un roman de Walter Travis qui narre l’ascension d’une orpheline au cœur des années 1960. A la fois drame social, apologue féministe et exploration historique de l’âge d’or de la guerre froide, Le Jeu de la Dame est une petite merveille comme il en existe rarement à la télévision. Savamment orchestrée, grâce à une narration qui sait jouer avec ses temps forts et ses temps faibles, cette série s’appuie sur des personnages bien construits, aux failles apparentes et qui se croisent pour mieux interagir.
Au cœur de ce parcours haletant, le personnage de Beth Harmon crève l’écran grâce à la présence lumineuse d’Anya Taylor-Joy, capable de jouer une adolescente et une jeune femme en montrant un indéniable talent. Elle passe ainsi de la naïve et introvertie débutante qui découvre le monde impitoyable des échecs à la séductrice qui s’ignore, capable de renverser des foules. Son jeu, tout en finesse lorsqu’elle affronte un adversaire, éclabousse littéralement l’écran. Ses paupières paillonnent, ses lèvres se plissent et ses grands yeux semblent vouloir nous absorber. C’est d’ailleurs de cette manière qu’elle renverse les autres joueurs.
Autour d’elle, les seconds rôles permettent de se pencher sur une époque révolue. On découvre le fonctionnement d’un orphelinat, la place des femmes dans les années 1960, celle des noirs, ainsi que l’opposition est-ouest. Harry Melling, Jacob Fortune-Lloyd et Thomas Brodie-Sangster incarnent des joueurs américains qui ne peuvent résister à Beth, tandis que Chloe Pirrie joue sa mère adoptive, alcoolique et abandonnée par son mari, qui va tout faire pour que sa fille atteigne les sommets.
Le Jeu de la Dame est une vraie pépite, au charme certain, qui tranche avec les habituelles séries bourrées d’effets spéciaux et qui oublient de construire leur récit. Chaque épisode nous fait découvrir une nouvelle facette de Beth, tout en puisant dans son passé grâce à d’intelligents flashbacks. On s’attache à ce personnage déchiré entre ses fêlures d’enfance, ses addictions et des sentiments qu’elle ne sait pas maîtriser. Un vrai coup de cœur.

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