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Legion par Antevre

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La surenchère Marvel ne finira-t-elle jamais ? De l'extérieur, la machine de guerre déployée par l'éditeur et sa maison mère Disney semble vouée à l'échec. Trop, trop vite. C'est cependant assez mal connaitre le média du comic book que de tout ranger dans le même sac. Marvel, notamment, a développé une telle variété de séries et de personnages radicalement différents qu'on pourrait adapter tout ça sur grand écran des années ou même des décennies durant sans avoir deux fois la même chose. Alors certes, cela ne transparait pas fort du côté des gros blockbusters, qui commencent sérieusement à ne plus savoir comment se renouveler, mais de temps à autres, de belles petites surprises font leur apparition. Et je pense que jusqu'à présent, la plus belle d'entre elles doit être Legion.

David Haller est schizophrène. Depuis plusieurs années déjà, après avoir tenté de se suicider, il a été placé en maison psychiatrique. Il y fait la rencontre de Syd Barrett, une patiente dont il tombe éperdument amoureux, un sentiment qui est réciproque. Lorsqu'elle est ramenée à la vie civile et lui non, elle promet de venir le voir, mais la prochaine fois qu'il la croise, une série d'événements étranges se produisent, et David apprend finalement un grand secret : il n'est pas réellement malade, mais juste "victime" de ses propres pouvoirs télépathiques et télékinétiques surpuissants... et une agence gouvernementale a juré de le mettre, lui et les autres mutants, hors d'état de nuire...

On pourrait reprocher beaucoup de choses à Legion. Outre des scènes d'action fortement décevantes et des effets spéciaux pas toujours vraiment au point, , je pense que son plus grand défaut, c'est d'essayer trop fort. Ca me fait beaucoup penser à Preacher, il y a cette volonté de produire un résultat décalé, mais sans subtilité, à tel point que, pour Preacher, ça parait juste racoleur. Legion souffre donc de ce souci, mais parvient de justesse à sauver les meubles... en étant grandiose, tout simplement.

C'est-à-dire que cette débauche incessante de scènes absurdes trouve complètement sa justification à tous les instants, et est portée par des acteurs qui sont globalement vraiment marquants, hormis quelques seconds rôles bien précis (Ptonomy et Sydney sont pour moi plus souvent qu'à leur tour à la limite de la justesse dans l'interprétation). Les interprétations fabuleuses de Dan Stevens, complètement halluciné, et Aubrey Plaza, qui se déchaine totalement, font basculer complètement la série et viennent donner une justification à tout le reste.

Le scénario, maitrisé de bout en bout, assemble une mosaïque d'éléments disparates qui s'imbriquent de façon parfaitement improbable et absurde, et, même si cela semble un peu forcé par moments, ça marche du tonnerre.

Une des grosses réussites de la série est sans doute également son esthétisme. Très inspiré sixties, elle part dans des délires foisonnants, au même titre que la bande-son d'ailleurs. On pourrait cependant reprocher justement des excès à ce niveau, des scènes tellement esthétisées qu'elles n'accrochent plus l'oeil. Cela dit, cela se justifie par le scénario. Si rien n'a l'air réel, c'est peut-être pour qu'il soit impossible de faire la différence entre la réalité et les différents types d'irréel qui peuplent la série.

Legion peut rebuter, mais c'est une série qui ose, et c'est très bien. Elle brouille les frontières et pose des questions sur le rapport à la fiction et à la réalité, ce qui est finalement l'essentiel dans une fiction de ce type. Vrai coup de coeur pour ma part, je pense que si la série parvient à travailler efficacement sur ses points faibles, elle peut devenir grandiose.

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