Le temps du copié-collé [Critique de "Marcella" saison par saison]

Avis sur Marcella

Avatar Eric Pokespagne
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Saison 1 :
On sait combien "Forbrydelsen" a été en 2007 un choc dans le monde de la Série TV, et sert depuis de référence quasi absolue aux fans de thrillers comme aux showrunners. Si cette "nouvelle recette danoise" appliquée - dans un genre qui devient de moins en moins original et de plus en plus "formulaïque" - un peu partout autour du monde a donné de franches réussites ("Bron" bien sûr, mais aussi "Broadchurch" par exemple), on peut désormais juger qu'il serait temps de passer à autre chose… Même s'il est totalement compréhensible que le Suédois Hans Rosenfeldt, au commandes ici et qui a fait partie de l'équipe de "Bron", se repose sur des mécanismes qu'il connaît bien pour sa première série anglaise, "Marcella" est tellement un copié-collé de ce qui fonctionnait excellement dans les enquêtes de Sara Lund - jusqu'aux pulls de l'héroïne ! - qu'il est difficile de ne pas ressentir un peu d'irritation.

Bien filmé, avec de superbes points de vue sur Londres et sa nouvelle skyline, plutôt bien interprété grâce au professionalisme bien connu des acteurs anglais (... même si l'on peut émettre quelques réserves sur le jeu un peu convenu d'Anna Friel), "Marcella" multiplie donc les personnages, les fausses pistes et les intrigues en parallèle, ce qui en fatiguera certains et enchantera les autres. En fait, les quatre premiers épisodes, jusqu'à la résolution de l'une des affaires qui sont imbriquées dans le scénario, sont excellents, conjuguant le bon rythme narratif et une tension qui ne se dément pas, mais c'est ensuite que les choses se gâtent quand on nous ressert une nouvelle louche de personnages ambigus et que les revirements et coups de théâtre commencent à s'enchaîner à une allure peu vraisemblable... Pour finir sur un dernier épisode frustrant qui ne répond pas à un certain nombre de questions soulevées jusqu'alors : aurons-nous les réponses dans la seconde saison ? Il est permis de l'espérer, car de telles béances dans une intrigue policère décrédibilisent le travail des scénaristes, que l'on accusera aisémment de négligence ou pire, de manque de respect de leur public.

A suivre donc pour pouvoir trancher sur le cas de "Marcella" !
[Critique écrite en 2018]

Saison 2 :
Ce qui fait plaisir dans la seconde saison de "Marcella", c'est que l'équipe de Rosenfeld et Larder a visiblement tiré les leçons qui s'imposaient des erreurs de la première, et nous offre cette fois une version nettement améliorée de la série, tout en construisant sur les bases établies. Difficile du coup de bouder notre plaisir, même si l'on pourra toujours déplorer une accumulation excessive d'intrigues secondaires - toutes relativement intéressantes toutefois - autour d'une multitude de personnages dont les liens entre eux sont vraiment artificiellement tissés. C'est un bémol notable à notre plaisir, car, un peu simplifiée et allégée, "Marcella", avec son intrigue vraiment originale et la découverte finale - terrible d'ailleurs - de la source du trauma de son héroïne pourrait atteindre la grandeur des meilleurs polars scandinaves. On pourra également remercier les scénaristes d'avoir répondu avec bienveillance aux réclamations des fans de la première saison qui réclamaient qu'un trou du scénario soit comblé (!), mais surtout d'avoir pris le temps de construire des personnages plus riches, plus complexes (je pense par exemple au superbe couple ambigu d'anciens rockers affrontant la maladie et les remords...) et d'étoffer les relations familiales de Marcella pour donner une véritable consistance à son "trauma".

Après cette jolie petite réussite, on espère que l'équipe s'abstiendra de se lancer dans une troisième saison, qui risque de nous gâcher le bon souvenir de celle-ci si elle est construite sur les prémisses ridicules dévoilées dans la dernière scène du dernier épisode de celle-ci !
[Critique écrite en 2018]

Saison 3 :
Beaucoup de gens adorent "Marcella", qui a d’abord bénéficié d’une aura de série-culte, qu’on se recommandait entre « connaisseurs », avant de connaître une confortable popularité. On risque de se mettre donc pas mal de gens à dos en émettant quelques critiques vis-à-vis de la création de Hans Rosenfeldt et Nicola Larder, dont la troisième (et dernière ?) saison est disponible depuis quelques mois.

Netflix a misé sur "Marcella" et nous offre une troisième saison qui rompt brutalement avec les deux premières et nous transporte dans un univers – Belfast au lieu de Londres – et dans un style de « polar » différent : disons en exagérant, qu’on est plutôt cette fois dans une version féminine de "la Mémoire dans la Peau" matinée d’un film de famille mafieuse à la James Gray. Le choc est rude, à la découverte d’une Marcella blonde, et quasi amnésique – ou tout au moins reléguant dans l’oubli la mort de son bébé dans la seconde saison et son itinéraire destroy qui avait suivi – infiltrée au sein de la famille criminelle toute-puissante des Maguires qui règnent sur le crime organisé local : il nous faut d’abord faire notre deuil de la Marcella d’avant, et nous réhabituer à ce nouvel univers, avec de nouvelles règles.

Et pourquoi pas ? Car ces histoires familiales sont passionnantes, avec une galerie de personnages certes stéréotypés – mais on le sait, l’abus de stéréotypes fait partie de l’ADN de la série – (la mère autoritaire, le fils ainé névrotique, le fils cadet ambigu et brutal, le beau-frère totalement abruti, pas de surprise…), mais assez amusants. Là où le scénario cousu main déraille, et, très honnêtement, on ne sait pas vraiment si c’est volontaire de la part des scénaristes, ou si c’est encore une fois de la maladresse, c’est que les troubles mentaux de Marcella, qui se sont miraculeusement (?) transformés en une belle schizophrénie (facile à diagnostiquer, avec le vieux coup de la double personnalité !) se mettent à interférer avec son enquête, aux dépens de toute vraisemblance.

Bien commencée, cette troisième saison s’abime peu à peu, nous refait ses éternels coups de théâtre pas très bien vus, et se termine plutôt mal, entre un massacre général frôlant le ridicule et une super arnaque finale qui ne prête guère qu’à rire. Ce qui prouve que, même quand tout change, tout reste pareil : cette troisième livraison d’épisodes présente bel et bien les mêmes petites qualités et les mêmes gros défauts que les deux précédentes. On espère donc que Netflix et les showrunners s’en tiendront là.
[Critique écrite en 2020]
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