Pas si gay que ça ?

Avis sur Queer as Folk (US)

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On dit qu'il ne faut pas se fier à la couverture d'un livre. Queer as folk en est le parfait exemple. Queer as Folk, comme le titre ou les quelques images disponibles sur internet pourraient le faire croire, ce n'est pas une série avec des drag-queen comme personnage et dénuée de tout message.

Les personnages de base sont Brian, Ted, Emmett et Michael, quatre amis fréquentant assidument le milieu homosexuel (le "Babylon", boîte de nuit gay et lieu récurrent dans l'intrigue au cours des 5 saisons). Ces 4 personnages correspondent chacun à un archétype : Emmett, l'homme efféminé, Ted, coincé et peu doué en drague qu'on pourrait qualifier de "looser", Brian l'homme volage et Michael, Mr. tout-le-monde et assez peu fêtard finalement. A ces 4 personnages s'ajoute Justin, jeune élément perturbateur. A côté d'autres personnages sont là pour contraster habillement avec eux comme Lindsay et Melanie, couple de lesbiennes stable et exemple de longévité, ce qui apporte un certain équilibre à la série. Sans parler de Debie, mère de Michael, personnage haut en couleur !

La série évoque des problématiques sérieuses, comme la peur de vieillir chez les gays, la fidélité chez les hommes (deux hommes peuvent-ils réellement être en couple stable ?), l'homophobie (lutte contre la proposition 14) car il ne faut pas oublier qu'on n'est qu'en 2000 quand a débuté la série, ce n'était pas il y a si longtemps et pourtant la communauté homosexuelle bénéficiait encore de peu de visibilité et le climat était encore peu favorable aux gays, l'homoparentalité ou le mariage, la difficulté de faire son coming-out quand on est jeune mais également quand on a trop attendu pour le faire (Drew, le joueur de foot qui s'assume finalement et dont je suis un peu déçu de la fin personnellement).

Bref, la série se veut avant tout réaliste, les amitiés et les couples étant souvent mis à rude épreuve. La série peut tomber dans le cliché gay mais s'en détache finalement : Emmett peut être à première vue le personnage le plus stéréotypé et pourtant, c'est celui qui a je pense la psychologie la plus intéressante (il est lui-même, a donné sa chance à un homme plus âgé, à un joueur de foot dans le placard et a même remis en question son homosexualité).

La série n'est pourtant pas exempte de défauts. Si elle essaye en effet de ne pas faire de tord aux gays plutôt hors-milieu, ceux-là sont souvent caricaturés. Les personnages n'ont de plus pas l'air d'avoir grand chose à faire à côté de la vie gay, même le soutient inconditionnel de Debbie à son fils homosexuel peut parfois frôler la caricature (même si au fond tous les gays rêveraient d'une mère comme ça je pense). Si l'amitié entre Brian et Michael est touchante, les producteurs nous envoient pourtant sur une fausse piste en saison 1 (Michael et Brian toujours jaloux l'un de l'autre mais, quelques saisons plus tard, ne sont rien de plus que des amis bien sûr). Enfin, si la morale autour de Brian est aussi vraie (ne pas changer pour la personne qu'on aime, sinon on devient quelqu'un d'autre), on peut regretter son manque d'évolution tout au long de la série, même s'il a, à plusieurs reprise, montré qu'il pouvait avoir des sentiments.

Bref, Queer as Folk est resté globalement une bonne série, un incontournable des séries LGBT, avec des moments très touchants surtout en saison 5 (je n'en dis pas plus), et la fin très ingénieuse : le Babylone que l'on voit dans la dernière scène est-il le fruit de l'imagination de Brian et Michael ou bien est-il réel et reconstruit ? On peut y voir ce que l'on veut : les personnages ne l'ont pas reconstruit et ont voulu avancer, ou bien le Babylone a été reconstruit car "parfois certaines choses ne doivent pas changer".

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