L'enfer, c'est l'école.

Avis sur SKY Castle

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SKY Castle est un drama devenu phénomène de société en Corée du Sud. Ce n'est pas moins que le drama le plus populaire de l'Histoire sur une chaine câblée (source). Peu convaincu à l'origine, cette popularité aura fini de me convaincre de lancer la série.

Le titre du drama fait référence aux trois grandes universités coréennes (SKY pour Séoul, Korea et Yonseï) dont les portes ne s’ouvrent qu’en réussissant d'une façon quasi parfaite son Suneung (examen national). SKY Castle aborde en effet une “problématique” coréenne majeure : le système éducatif coréen ultra-compétitif. Ce système fait du pays un leader sur bien des critères, tant bien positif que négatif selon l’OCDE : 50h d’étude par semaine, les meilleurs résultats sur de nombreux concours, 98% de jeunes diplômés en études secondaires. Une course à la performance qui entraîne le plus haut taux de fatigue et de suicide chez les jeunes parmi les pays de l’OCDE.

Surtout si vous êtes nouveaux dans les dramas, s’instruire avec quelques articles avant de plonger dans SKY Castle pourrait être salvateur afin de prendre conscience de la folie “réaliste” bien que trop théâtrale selon moi pouvant habiter le comportement des personnages du drama. En voici quelques-uns :

Education en Corée du Sud, un modèle de réussite ?

Corée du Sud : l’enfer, c’est l’école.

L’enfer du système scolaire sud-coréen.

De façon encore plus précise, un consultant compare ici la réalité du système coréen à cette fiction et juge avec bonne surprise que 70% des faits sur l'éducation privée sont réels. Par exemple, il y'a une vraie course à l'information (par des réunions de copinage/commérage, fausses relations, etc) chez les parents avant d'envoyer leurs enfants dans des prestigieuses universités. En tant qu'occidental, les séquences à ce propos nous sont d'un autre Monde et difficile à assimiler.

Le sujet est si imprégné dans la société coréenne qu’il a évidemment déjà été partiellement traité par d’autres dramas comme Misaeng (mais plutôt sur le passage de l’université au monde de l’emploi). SKY Castle nous plonge exclusivement sur le système éducatif avant l’université à travers quelques familles de riches d’un “quartier”, ce qui ne lui évite pas selon moi une certaine rébarbativité. C'est d'autant plus vrai que les caractères des personnages sont régulièrement poussés à l'extrême, sans demi-mesure. De ce fait, toujours d'un point de vue occidental, je n'y ai pas ressenti la même proximité que dans un Misaeng ou My Mister qui m'ont mis dans un tout autre état cérébral et émotionnel, et qui peuvent continuer d'occuper mes pensées.

Derrière ses allures de comédie noire coréenne à la “Desperate Housewives”, Sky Castle a pour objectif "unique" de soulever cette problématique auprès du public et des parents. Ce problème me semblant assez inflexible dans la société coréenne, j'étais au moins toujours curieux de savoir l’impact réel qu’à pu avoir la série sur la Corée. Tout d'abord, selon des experts via le Korea Times, tous les sujets traités par le drama sont des sujets d'actualité qui préoccupent le grand public. L'article nous dit néanmoins qu'à la différence du drama, la réalité offre toujours une fin concluante pour les familles de riches.

Le public a ainsi été mis face à plusieurs émotions contradictoires et inconfortables devant le drama (lire ici). Il y'a le message de raison que finit par véhiculer la série - l'autoritarisme scolaire, c'est dangereux - et la réalité : cette éducation produit la réussite de vos enfants. Les familles moins aisées auront pu se réjouir du drama mettant à mal les élites qui avec leur argent détruisent l'idée d'une plus saine et juste concurrence. Sauf que, c'est aujourd'hui ce système parfaitement existant et "fonctionnel" (sic) au sein de la société qui créé l'accès aux meilleures universités.

En conclusion, Sky Castle est une série forcément plus existentielle pour la Corée du Sud que je n'ai pu le ressentir. Notre éducation française étant résolument bonne, j'y ai trouvé parfois une distorsion dans la façon dont le drama nous raconte son histoire. C'est à dire qu'à mes yeux, tout est si indiscutablement néfaste et à la limite du grotesque que je n'y voyais pas les raisons d'épiloguer 20 heures dessus. Ça a eu le mérite de m'amener à des articles intéressants et qui font prendre conscience du degré de réalisme. Au delà des exagérations dont j'ai parlé en début de critique, la série reste parfaitement tournée avec un choix d'acteurs de très haut de gamme (dont Yum Jung-ah "Best Actress" au 55th Baeksang Arts Awards). Malgré des personnages aux caractères bien prononcées, j'en ai étrangement trouvé aucun d'insupportable à voir (les rires masculins forcés étant le plus dur à supporter).

Je n'en fais pas une série indispensable mais je la conseille par exemple aux parents qui pourront peut-être encore davantage être touchés par le thème. Ceux qui ont adoré Desperate Housewives (ndlr : j'en ai plus aucun souvenir) retrouveront peut-être un plaisir semblable également avec la vie de drama queen des femmes de SKY Castle.

PS : le sous-titrage par Netflix est de piètre qualité et c'est un faible mot pour un travail pro, de quoi largement frustrer. Et notamment sur l'épisode 7 catastrophique, et qu'on ne peut plus télécharger ailleurs... Plus sympathique, Netflix propose un épisode 21 spécial : une émission qui revient sur le drama avec 4 acteurs. Celle-ci, avec le recul, m'a aidé à prendre conscience de la qualité supérieure du drama.

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