We are one

Avis sur Sense8

Avatar Ricow Ray
Critique publiée par le

Il est difficile d'expliquer précisément à quelqu'un ce que peut vivre et ressentir un homo-sensorium lorsqu'on se met à parler de Sense8 à ceux qui ne l'ont pas vue. D'ailleurs, les personnages eux mêmes n'arrivent pas non plus à véritablement mettre des mots sur cet étrange capacité déroutante qu'ils découvrent au démarrage de cette nouvelle série des sœurs Wachowski.
Réalisateurs devenus réalisatrices, aux manettes de mastodontes cinématographiques ambitieux (Matrix, Cloud Atlas) mais pas toujours réussis (Matrix Reloaded, Jupiter Ascending), le binôme continue d'exploiter le filon de la science-fiction comme fenêtre sur le réel et l'humanité.

Ici, huit hommes et femmes d'horizons différents se retrouvent projetés dans la vie, dans la peau et dans les sensations des autres et se rendent compte qu'ils peuvent interagir entre eux. Ils forment un "cercle" et deviennent suite à leur "réveil" les proies d'une société sombre aux méthodes radicales. Entre le combat pour leur survie face à cet ennemi commun et les aléas de leur vie respective, la série s'applique à nous assommer d'un message simple :

Ensemble, nous sommes plus fort !

Que ce soit visuellement, ou moins subtilement dans les événements qui ponctuent l'intrigue, Sense8 se veut être une série humaniste qui insiste sur le partage et la tolérance.
Sun, la Coréenne, faire-valoir invisible aux yeux d'un père qui n'hésitera pas à la sacrifier pour sauver son empire commercial, Lito, acteur homosexuel habitué des rôles de badass qui garde secrète son orientation sexuelle, Capheus, sympathique chauffeur de bus Kényan surnommé Van Damme pour son amour inconditionnel de l'acteur, Nomi, transsexuelle reniée par ses parents, Wolfgang, petite frappe Berlinoise au passé violent, tous les personnages sont écrits pour exploiter pleinement le propos sur l'acceptation des différences. Un choix qui permet de surfer perpétuellement sur la vague du bien-être.
Car, oui, malgré sa petite candeur de fond et son message qui fera fuir des associations comme "Génération identitaire", Sense8 est une série qui fait du bien, certes de manière un peu nunuche parfois mais dans l'ensemble, dans un climat qui ne cesse de souligner nos différences, elle prône ouvertement la tolérance et le partage en jouant sur l'aide constante que peuvent s'apporter les personnages via leur nouvelle capacité leur permettant de se mettre littéralement à la place de l'autre. Quoi de mieux pour développer l'empathie ?

Entre ces effusions de bienveillance saupoudrées de quelques notes d'une musique toujours destinées à nous émouvoir d'une telle complicité entre nos héros, possible aussi grâce à l'alchimie entre les acteurs, Lana et Lilly n'en oublient pas pour autant de nous divertir de quelques gunfights et combats bien sentis en exploitant pleinement les possibilités offertes par l'histoire.
Avec une plastique bien moins aguicheuse qu'un Matrix, elles usent malgré tout d'effets visuels et d'une mise en scène grisante

comme dans le combat de nos 8 contre le cercle de Lila qui clôture l'épisode 8 de la saison 2

.
Plébiscité par ses fans suite à son annulation au terme de la saison 2, l'ultime épisode de 2 heures et demie visant à conclure l'histoire de Kala et consort tente de condenser ce qui aurait pu faire une troisième saison intéressante. Evidemment, on ne peut s'empêcher de relever la maladresse des transitions qui poussent l'histoire vers la fin mais on restera finalement dans l'esprit de l'ensemble pour une conclusion pleine de "sens" ou les frontières physiques et psychologiques s'abolissent complètement.

Alors, oui, Sense8 a quelque chose de facile et de très édulcoré mais voilà une série d'un optimisme rare dans le paysage télévisuel actuel qui trouve généralement ses pépites dans les drames. Un message et une vision qui font du bien dans une époque où les différences sont encore trop montrées du doigt, où l'identité, ce besoin d'être soit, un individu en tant que tel au milieu des autres, alliée à l'intolérance, réussie même à nous monter les uns contre les autres. Une série au propos nécessaire.

*Nous ne faisons qu'un

Et vous, avez-vous apprécié la critique ?
Critique lue 39 fois
Aucun vote pour le moment

Autres actions de Ricow Ray Sense8