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Quand un film ou une série me fait réagir, j'aime prendre une feuille et y noter mes commentaires et remarques. L'exercice est rare, mais je sais qu'il débouchera systématiquement sur une critique. Sense8 m'aura fait griffonner un recto verso dont il ne ressort que peu de positif.

J'avais été prévenu de la lenteur des premiers épisodes qui se limitaient à instaurer l'ambiance et repoussaient aux épisodes 4-5 le délicieux plongeon dans l'univers interconnecté des Wachowskis.
Malheureusement, à la fin de l'épisode 12, j'avais encore ce goût amer en bouche, celle d'une série au potentiel fou, gâchée par des choix scénaristiques et artistiques douteux.

Le générique résume à lui seul toute la série. De belles images, des jolis sites à travers le monde et une saveur de vidéo Facebook, partagée par Buzzfeed "la beauté et la bonté dans le monde". Normalement, vous devez sentir l'indigestion de bons sentiments arriver.
Je vais spoiler pas mal d'éléments de la série, alors si vous voulez vous préserver la surprise, revenez après avoir fini le dernier épisode.

Lors du premier épisode, on découvre la galerie de personnages avec leurs lots de clichés et leur approche simpliste et manichéenne qui m'évoque un plateau de « C mon choix ».
Ils sont tous foncièrement bons et se battent contre la haine, les injustices, la discrimination (sexisme, homo/transphobie, racisme) et d'une manière générale, contre les méchants. Ils sont tous beaux et bien foutus, parce qu'on a beau lutter contre les inégalités, faut quand même rester télégénique.
Ils ont quasiment tous des problèmes avec leurs parents : soit ils les détestent (Wolfgang, Nomi, Sun), soit leur relation est lourde ou compliquée (Van Damme et le SIDA de sa mère, Will et l'alcoolisme de son père, Riley et le souvenir de la mort de sa mère, Kala dans une moindre mesure avec sa peur de contrarier ses parents si elle n'épouse pas Rajan). Seul Lito échappe à la règle.

Les personnages secondaires sont la plupart du temps bancals, parfois mal joués ou dans le surjeu : le frère de Sun, Hernando, le dealer dans l'intrigue de Riley (le personnage antagoniste méchant mais intelligent qui utilise des mots compliqués et parle trop avant d'agir, c'est toujours pas interdit ?).
Et même lorsqu'ils sont censés être des antagonistes, ils ne sont jamais entièrement mauvais : la mère de Nomi pense bien faire, Rajan est extrêmement gentil, le père de Sun s'excuse.

Les personnages sont introduits de façon grossière et peu naturelle.
Lorsqu'ils discutent, ils précisent tout ce qu'ils ont fait et s'apprêtent à faire et commentent leurs propres actions (à tel point qu'on pourrait se croire dans un Nolan). Cela donne un aspect docu-fiction désagréable qui pulvérise l'illusion fictionnelle et l'immersion.
Voir Nomi et Amanita se rouler des patins et consommer leur amour toutes les 10 minutes, ça sert à rien, c'est juste pénible et ça les rend d'une superficialité navrante. Je sais que les Wachowski tiennent à présenter l'homosexualité et la transsexualité comme des sexualités aussi naturelles que l'hétérosexualité, mais bien que je partage ce point de vue, la forme ne suit pas.

Ajoutons à cela, l'omniprésence de discussions pseudo-philosophiques sur le statut des sensates, des punchlines creuses sur l'importance de l'honnêteté, des incohérences et facilités scénaristiques nombreuses (la palme revenant au lance-roquette de Wolfgang) et on a une série édulcorée qui frise régulièrement la niaiserie.

Mention spéciale au grand méchant, qui appartient à une multinationale malhonnête qui traque les sensates pour les mettre hors d'état de nuire. Si ça vous rappelle quelque chose, c'est normal : Mr Robot, Orphan Black, Touch, Hemlock Grove.

Mais tout n'est pas à jeter dans Sense8. La réal est bien foutue et la série reste divertissante, je ne peux pas le nier. La scène avec "What's Up" des 4 Non Blondes est véritablement efficace et prouve enfin l'évolution des personnages. Lito qui expérimente pour la première fois de sa vie la sensation des cycles menstruels de Sun, c'est à mourir de rire. La scène finale, lorsque Will vole au secours de Riley avec l'aide successive de tous les personnages, est également captivante.
Mais ces efforts ne parviennent pas à éclipser toutes les faiblesses.

Ce que je reproche à Sense8, c'est son manque de nuances et de parti-pris quasi-permanent. La série se base sur un matériau terriblement riche et n'utilise que des personnages lisses et clichés pour l'exploiter. Au-delà de ça, les personnages pourraient être vraiment touchants. Riley par exemple a un immense potentiel, mais l'enrobage d'évidences et de rebondissements pré-mâchés desservent toute la crédibilité de la série.

Raton
4
Écrit par

il y a 6 ans

60 j'aime

7 commentaires

Sense8
Alkesh
9
Sense8

Sense9

Critique garantie sans spoilers mais 100% amoureuse, vous êtes prévenus! Véritable coup au coeur, cette série est tout bonnement un voyage terriblement humaniste . Ce lien qui se tisse (certains...

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