Élégant air, Holmes.

Avis sur Sherlock

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La plupart des grandes séries des années 2000-2010 reposent sur un pitch énorme : un prof de chimie cancéreux qui décide de préparer des amphéts, un avion qui s'écrase sur une île pleine de phénomènes étranges, un serial killer "superhéros", etc. Sherlock est la première grande série de cette période que je connaisse à avoir un pitch de merde. Transposer les aventures du détective le plus célèbre au monde à notre époque est à peu près la plus mauvaise idée qui soit. Alors, pourquoi me suis-je lancé dans Sherlock ?

1. Parce que les critiques et avis étaient unanimement excellents.
2. Parce que Steven Moffat est aux manettes : c'est le showrunner de Doctor Who depuis 2010, avant cela il avait déjà scénarisé quelques perles pour la série, et c'est un génie.

Et rarement ai-je aussi peu regretté une telle décision. C'est bien simple, tout fonctionne impeccablement dans ces aventures modernisées de Holmes : les deux acteurs principaux, Benedict Cumberbatch (Holmes) et Martin Freeman (Watson) sont extraordinaires. Cumberbatch incarne un Holmes absolument électrisant, mystérieux et raffiné, le Watson de Freeman le complète parfaitement avec un personnage sobre mais attachant, sensé et enthousiaste malgré lui. Et, sans en dévoiler trop, le grand méchant de la série est largement à la hauteur de son Sherlock.

Ensuite, les scénarios sont brillants : le choix le plus judicieux, de la part de Moffat, par rapport à cela, a été le format de la série. 3x1h30 par saison, ça peut sembler peu, mais c'est un timing parfaitement adapté : 1h30, c'est comme un téléfilm, suffisamment d'espace pour déployer toute une enquête majeure, des éléments secondaires, et autres shenanigans savoureux ; bref, une structure ample et claire, délivrée des contraintes de la quarantaine de minutes standard des dramas. Et trois épisodes par saison, ça permet d'entretenir le rythme à chaque saison. C'est certes un peu radical, mais je pense qu'au-delà de 5x1h30, il serait difficile de tenir une intrigue aussi ficelée. Voilà donc pour le format, mais n'oublions pas le matériau lui-même : les scénarios sont denses, ultra-réfléchis, fascinants de bout en bout. Si leur structure (une grosse enquête et des développements plus mineurs à chaque épisode) semble répétitive à première vue, chacun a son style, son histoire, ses retournements propres. Les six épisodes diffusés à l'heure où j'écris ces lignes forment comme un livre avec des formes qui se déplient quand on ouvre une double-page : chacune a son petit univers, tous pleins de rouages savamment pensés, son soucis du détail tellement soigné que j'ai redécouvert des choses au deuxième visionnage de chacun des six.

Enfin, la transposition dans les années 2010 est parfaite : jamais forcée, toujours innovante (Baskerville devient un laboratoire/base militaire top secret, les téléphones portables jouent évidemment leur rôle, Watson rédige ses aventures avec Holmes (qui constituaient les nouvelles de l'œuvre de Conan Doyle) sur un blog, et Irene Adler ... je vous laisse la surprise), c'est en outre un équilibre irréprochable entre créativité pour faire du neuf et clins d'œil et inspirations du matériau d'origine. Les fans des livres ne seront pas déçus - je n'en suis pas un moi-même, ayant lu au plus une nouvelle de Holmes, mais les vrais m'assurent que la série est absolument blindée de références (et moi-même, j'en remarque déjà un certain nombre).

Cette fidélité se marie donc tout-à-fait avec une réalisation stylisée et des décors soignés, que ce soient le célèbre 221B Baker Street ou de multiples endroits dans une Londres moderne, et l'ensemble est servi par une BO souvent discrète mais ultra-efficace (mention spéciale au générique et au thème de Sherlock) de David Arnold et Michael Price (deux hommes par ailleurs très sympathiques et disponibles, pour avoir échangé un peu avec eux par mail et Twitter).

Tout est réussi avec un brio inouï dans cette série. Que l'on connaisse ou non le détective consultant, Sherlock est exceptionnellement bonne : intelligente, exaltante, surprenante, de bout en bout. À voir absolument.

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