On a échangé nos papas

Avis sur Shining : Les Couloirs de la peur

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L’autre soir, je débarquai triomphant sur NRJ12 et fut cordialement accueilli par une émission de téléréalité des plus singulières. En effet, se jouait face à moi un bien étrange spectacle : un énergumène au physique de catcheur et au faciès enfantin était occupé à malmener un vieillard à l’aide d’une clé de bras retournée. A noter, la meilleure réplique du colosse de treize ans qui laissait sous-entendre une certaine tendresse pour l’ancien président de notre beau pays : « j’te dis que non, je rangerai po ma chambre, j’la rangerai jamais de la vie alors casse-toi de lo, pauv’ con ! »
Sur le visage du vieillard, que l’on devinait être le géniteur du jeune sympathisant UMP, se lisait une sorte de dépit, d'infinie tristesse et d’éternel regret quant à un lointain orgasme d’où naquit la bête féroce qui désormais le maintenait fermement en position latérale de sécurité. Et soudain, en bas de l’écran, l’illumination : « Ce soir 20h45 : Shining » et moi, célébrant l’annonce d’un hurlement strident qui signifiait : « béni sois-tu NRJ12, béni sois tu, toi, mais aussi les catcheurs-enfants qui exercent ce si noble art sur leurs parents plus ou moins consentants ! »

Une heure plus tard, début du film, je glapis d’effroi. Jack Nicholson est un acteur de série b, Wendy est blonde, Danny est moche, la trahison est totale. Sitôt mes larmes séchées, je décidai en mon âme et conscience de poursuivre le visionnage. Le premier constat fut sans appel, ce Shining est bien ce qu’il se fait de pire en matière d’adaptation et me voilà empêtré dans une nouvelle crise de larmes et de reniflades saccadées. Car demeurer fidèle à un roman est chose honorable mais se borner à une adaptation chapitre par chapitre, voire page par page, est une hérésie sans nom. Ne t'en déplaise Stephen King, il y a entre l’écrivain et le réalisateur un tel monde, entre l'écrit et l'écran une telle galaxie qu’on ne peut décemment sautiller de l’un à l’autre sans un réel travail de refonte. Le matériau d’origine s’il n’est pas longuement pétri sous les aisselles d’un pizzaiolo renommé, méthodiquement déchiqueté par la machette d’un Jason, puis fermement Di Capriorisé (c'est-à-dire malmené par un grizzly furibond, laissé pour mort dans la toundra et ressuscité dans les entrailles encore fumantes d’un cheval. Traitement un peu spécial, je vous le concède) broyé, haché menu, cuit à la vapeur à la manière d’un ravioli de La Source de Jade (un p’tit resto chinois à coté de chez moi plutôt sympa) et enfin convenablement essoré, tassé, salé et poivré alors inutile d’espérer en retirer la substantifique moelle. Cette poudre magique, nectar de l’œuvre, son essence. Alors nous nous retrouvons avec ce Shining-là, sans âme, creux, insipide. Faignant dans tous les domaines. Une mini-série en deux épisodes, me dit-on, ce qui ne change rien à l’affaire tant le rythme est d’une lenteur pachydermique. Un comble pour une adaptation d’un roman horrifique censée susciter un minimum de frayeur mais qui peine à maintenir son spectateur en éveil.

Je me farcissais donc les interminables dialogues et autres flashbacks faiblards durant des heures, quatre ou cinq, je ne sais plus, quand une scène réveilla ma curiosité. En effet, le petit Danny accourait à travers les sinistres couloirs de l'hôtel Overlook et souffrait visiblement d’une légère anxiété. Anxiété causée par le géniteur à ses trousses brandissant au dessus de sa tête un maillet du plus bel effet destiné à terminer sa course sur le coin de la gueule de sa progéniture plutôt qu’à de menus travaux d’intérieur. Enfin ! Je tenais le fin mot de l’histoire ! La corrélation avec notre enfant-catcheur de l’access prime-time m’apparut évidente. Comment ne pas y avoir songé plus tôt ? Soirée à thème chez NRJ12 ! Le manuel d’éducation pour enfants récalcitrants. Un coup de maillet sur la tronche et roulez jeunesse. Adieu clés de bras, militants UMP et chambres en désordre. Voilà comment faire d’une émission de téléréalité et d’une série médiocre une mission de service public. Pour une fois, ne soyons pas mauvaise langue, entre le « chopez, chopez le cum-cum avant que ce soit le cum-cum qui vous chope » et le « frappez, frappez le petit garçon avant que ce soit le petit garçon qui vous frappe » ayons l’audace d’avouer que la téléréalité a fait bien des progrès.

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