It's a lonely fight

Avis sur Show Me a Hero

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Critique publiée par le

Yonkers, petite ville de l'état de New York.
Fin des années 80.
La salle du conseil municipal semble être le lieu d'une véritable guerre de tranchée. D'un côté, une population en état de quasi-insurrection, brandissant des pancartes, insultant les élus, les menaçant, jetant des couches sales sur le maire ou lui crachant dessus.
De l'autre côté un maire, le plus jeune maire des États-Unis, qui cherche simplement à appliquer une décision de justice particulièrement impopulaire. En effet, en application d'une loi sur la mixité sociale, un juge a ordonné à la ville de construire des logements sociaux en plein milieu des beaux quartiers, provoquant ainsi la fronde des habitants de ces quartiers favorisés, uniformément Blancs, qui voient en l'arrivée de ces pauvres (Noirs) la fin de leur tranquillité (forcément, pauvres + Noirs = criminels) et de leur privilège (la disposition de la ville est une carte des privilèges, d'ailleurs, comme le montre la scène d'ouverture, où on survole la ville en hélicoptère).

Alors que, cette année, nous avons beaucoup parlé de Netflix, il ne fallait quand même pas oublier HBO, qui revient en force avec cette mini-série politique exceptionnelle, créée par David Simon, qui nous avait déjà donné Treme et The Wire.
Show me a hero, en six épisodes de 55 minutes, nous parle donc :
_ du communautarisme (malgré les beaux discours, y-a-t-il vraiment une volonté d'y mettre fin ? Qui a intérêt à laisser les personnes entre elles comme cela ?)
_ des préjugés confinant au racisme (et ce, des deux côtés)
_ de la mixité sociale (est-ce vraiment une solution idéale ?)
_ de la signification de l'expression "assumer ses responsabilités de dirigeant"
_ de la différence entre les proposition d'un parti sur le plan national et ses applications sur le terrain
_ du jeu politique avec ses cruautés, ses alliances contre-nature, ses chantages...
_ de la soif du pouvoir qui contraint un homme à se trahir tant qu'il peut espérer une chance de s'accrocher à un poste de responsabilité
_ de la différence entre la volonté des dirigeants et comment elle est perçue par le peuple
_ de quartiers laissés à l'abandon et qui cumulent les difficultés
_ de la notion de communauté, non plus dans le sens de "communautarisme", mais comme un projet pour vivre ensemble dans les meilleures conditions
_ du changement de vie, et de ce que l'on est prêt à faire pour y arriver
_ d'un système politique basé sur des mandats courts qui fait que les dirigeants sont en campagne permanente
_ de la justice, et de ce que l'on est prêt à faire pour l'appliquer...

Voilà donc une série extrêmement dense et riche. La première moitié est très tendue et plutôt violente ; ça se calme par la suite, adoptant un rythme plus lent mais sans rien perdre de son intérêt.
La série va donc suivre plusieurs personnages, représentant ainsi les différents niveaux sociaux de la ville (même si le scénario insiste plus sur les quartiers en difficultés).
La réalisation est sobre mais efficace et remarquable.
L'interprétation est exceptionnelle, et le casting est impressionnant : oscar Isaac, Winona Ryder, Catherine Keener (qui a peut-être mon personnage préféré de la série), et l'exceptionnel Alfred Molina, qui prouve une fois de plus qu'il a un talent rare.
Si, en plus, on rajoute que l'ensemble est baigné dans la musique du Boss, que faut-il de plus ?

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