Chronique d'une société malade

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Pour lecture musicale ou écoute visuelle, ou les deux à la fois, ma foi

C’est l’histoire vraie d’une ville des Etats-Unis, ni grande, ni petite, juste une ville comme tant d’autre, avec ses quartiers pauvres et ses quartiers plus riches. Une ville des Etats-Unis bouleversée par la décision d’un juge qui l’oblige à construire des logements sociaux pour héberger des familles noires dans des quartiers de classe moyenne et les tensions qu’elle entraine. Politiques, sociales, juridiques. Humaines.

C’est l’histoire vraie de la chute annoncée de Nick Wasicsko, jeune conseiller municipal, ancien policier, la moustache, les cheveux gominés, la volonté de bien faire, l’ambition d’aller loin, qui devient le plus jeune maire des Etats-Unis grâce à une campagne s’opposant à cette décision juridique. Mais qui devra l’appliquer quand même, sans quoi ce sera la banque route. Malgré le manque de soutien de tout homme politique important de son partie, l’opposition de conseillers municipaux prêts à couler la ville pour ne pas se mettre à dos la population, leurs électeurs, pour ne pas entachée leur carrière, la violente contestation sociale, les insultes, les attaques d'une classe moyenne révoltée. L’histoire vraie d’un maire broyé par le poids administratif, les enjeux du pouvoir et une machine politique intraitable. Cruelle. L’histoire vraie d’un maire qui a soutenu, défendu, fait voter, rendu possible un projet qui a ruiné sa carrière politique, abandonné par son partie et que tout le monde "non politique" a oublié.

C’est l’histoire vraie d’une classe moyenne qui refuse la construction dans leurs beaux quartiers de logements sociaux pouvant détruire la valeur marchande d’une maison qu’ils ont mis des années à payer. L’histoire vraie d’une classe moyenne qui a surtout peur de l’inconnue, emprisonnée dans leurs visions stéréotypées préconçues racistes, de ces personnes aux comportements d’animaux sauvages, avec leurs violences, leurs drogues, et leurs crimes mais qui finissent par ce comporter eux-même comme des bêtes, à les fixer toutes la journée, à les insulter et à emmener leurs chiens chier sur leurs pelouses. L’histoire d’une classe moyenne entraînée par un effet de groupe révélateur dévastateur qui leur permet d’hurler ce qu’ils pensent tout bas, de se déchainer, de sa lâcher, de déverser les flots de haines qu’ils ont en eux, maintenant que le barrage des conventions sociales s'est effondré. L’histoire vraie d’une classe moyenne qui se débride à mesure qu’elle apprend à connaître ces personnes qui au fond ne sont que des êtres humains, avec leurs doutes et leurs problèmes, comme eux. L’histoire vraie d’une classe moyenne symbolisée par cette bonne petite dame à la bonne bouille rondouillette derrière ses grosses lunettes carrées, qui se rend aux manifestations et qui finie quelque mois plus tard par crier des insanités à Nick le maire, mais qui ne sait plus quoi dire quand elle se retrouve seul au téléphone avec lui. Une bonne petite dame qui change finalement complètement d’avis pour défendre le projet quand elle apprend à connaître les gens qui vont venir y vivre, sur fond de Digable Planets.

C’est l’histoire vraie d’une minorité que l’on a parqué dans un quartier dépotoir fait de bâtiments de briques rouges à moitiés en ruine, complètement déconnecté du reste de la ville, sorte d’excroissance qu’on aimerai bien retirer mais avec laquelle on doit vivre. Et des gens qui y vivent, prit en otage dans cet environnement miteux par l'écosystème violent qui s'y est développé et par la représentation mentale que le reste de la société s'en est fait. Cette mère latino qui se tue au travail pour faire vivre ces trois enfants, cette mère infirmière afro-américaine qui perd la vue et qui ne peut plus travailler, cette jeune mère adolescente piégée par le destin violent du père de ses enfants.

C’est l’histoire vraie d’une ville des Etats-Unis racontée par David Simon dans son style journalistique habituel et qui retourne vers son sujet de prédilection, les maux d’une société Américaine malade rongée de l’intérieur en s’attardant sur les rouages de la partie administrative et ses conséquences direct sur le "monde réel", grâce à une galerie de personnages d’origines et de conditions variées. De destins. L’histoire vraie d’une ville en Amérique réalisée tout en maitrise par Paul Haggis, où les destins se développent lentement, se rencontrent, se chocs et s’entremêlent pour révéler tout leur sens et toute leur puissance pendant le dernier épisode. L’histoire vraie d’une ville en Amérique, captivante, intrigante, rageante, aberrante, dérangeante mais finalement tellement banale, à peine entachée par des personnages noirs trop policés, tout en sourire, en sacrifice et en bonté. Un petit côté manichéen dérangeant que l’on n’avait pas l’habitude de voir chez le bonhomme.

C’est l’histoire vraie d’une société malade, où des familles jouent leur futur maison, leur avenir, leur vie, au tirage au sort. L'histoire vraie d'une société malade où n'importe qui, aussi bon soit-il, peut se faire dévorer par son environnement, qu'il s'agisse des enjeux du pouvoir dans les couloirs d'une mairie, du mouvement contestataire raciste d'une petite cité pavillonnaire ou de la violence généralisée d'un quartier abandonné.

C’est l’histoire vraie d’une ville des Etats-Unis, ni grande, ni petite, juste une ville comme tant d’autre, avec ces quartiers pauvres et ces quartiers plus riches.

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