Sometimes I think I was born backwards.

Avis sur Skins

Avatar Lehane
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Quand t'as treize ans et que t'es mal dans ta peau, une série comme Skins acquiert rapidement le statut de petite révolution dans ta vie télévisuelle, et dans ta vie en générale. D'ailleurs, c'est la première série dont j'ai ingurgité tous les épisodes (ou presque, la dernière génération ayant passablement éveillé mon intérêt), passant des week-ends entiers à me passionner pour l'histoire de ces adolescents à la fois si différents de moi, et si proches.

S'il ne devait en rester qu'un, de teen-drama, ça serait Skins. Quand les américains nous parlent d'une culture différente de la nôtre à certains égards, les anglais offrent un point de vue européen sur la question du rapport à l'adolescence ; une approche qui se distingue juste que dans le ton employé : sans tabous, la série soulève les déficiences du système sans pudibonderie, sans fard, entre le trash du cinéma de Larry Clarke et la poésie juvénile de Sofia Coppola.

Parce qu'elle parle de problèmes inhérents à l'adolescence avec une justesse décomplexée, Skins se fait le portrait authentique d'une génération laissée sur le carreau, sans repères, abandonnée de ses mentors (les parents sont des modèles d'autorité dégénérescents) avec pour seul futur l'horizon maussade des banlieues de Bristol.

Rarement une série aura su retranscrire avec autant d'amour les douleurs existentielles de cette étape de la vie, abordant presque exhaustivement les problèmes qu'on y rencontre et auxquels l'on a l'impression qu'on ne survivra jamais : qu'elle parle de coming-out ou d'anorexie, de dépression ou de peines de cœur, elle traîne toujours avec elle un certain accent de mélancolie, un sentiment de fin du monde à venir – en témoignent ses seasons finales systématiquement tragiques – donnant l'impression que tout s'arrêterait là, à la fin du lycée.

Skins s'est faite porte-parole d'une génération (élevant ses personnages au rang d'icônes, Effy en tête), embrassant à pleine-bouche ses névroses : le temps des amours, des copains, et de l'aventure, ou quand plus rien n'importait que l'instant présent et le plaisir immédiat qui en découlerait, ou quand les lendemains n'existaient pas, soit parce qu'on les occultait, soit parce qu'on les attendait désespérément.

Et tout en étant incroyablement réaliste dans sa manière de dresser ce portrait doux-amer, la série a quelque chose d'irréel, une folie douce presque improbable : des envolées sous acides tendant plus, cette fois, vers du Gregg Araki, incarnation à peine déguisée des fantasmes adolescents les plus fous, hallucinogène, très british, en somme, dans son utilisation de l'humour absurde.

Skins a été révélatrice. Sa capacité réflective et introspective, son aura spleenesque, sa manière de se réapproprier une réalité anxiogène – de nombreux épisodes ont par ailleurs été co-écrits avec de véritables adolescents – comme pour la faire sienne, en font un chef d’œuvre paroxystique du genre (pourtant usé jusqu'à la corde) dans lequel elle s'établit : Anger, Jealousy, Bitterness, Tiredness, Hope, Lust, Love.

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