American Way of F*ck

Avis sur South Park

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Critique publiée par le

Colorado. État de l'Ouest des États-Unis. Capitale: Denver.

Une superficie de 269 837 km2 pour plus de 5 millions d'habitants.
Des vallées gigantesques d'un côté, les montagnes rocheuses de l'autre et en plein milieu: La petite ville de South Park.

Bienvenue dans cette charmante bourgade perdue au milieu des Rocheuses, cette riante petite ville où la neige ne fond jamais, où bâtiments et maisons se parent des couleurs les plus dégueulasses et où les enfants de huit ans se baladent seuls dans les rues en se balançant les pires insultes du monde.
Bienvenue dans le trou du cul de l'Amérique devenu le nombril du monde, bienvenue aux pays des rednecks à capuches fourrées et à Moonboots boueux.
Bienvenue à toi sur l'autre versant du rêve Américain. Le versant Nord, le versant oublié des bonnes gens, celui qui est à l'ombre, qui ne voit jamais la lumière. Le versant tabou où se trouve les choses que l'on préfère cacher; ces poubelles que l'on jette juste derrière chez nous, derrière la haie, à l'abri des regards mais dont l'odeur forte et les relents de poisson pourri ne permettent pas de les oublier totalement.
Bienvenue à South Park l'ami !

Laisse ta sensibilité de côté, laisse ton puritanisme bien au chaud sous la perruque en poil de derche de l'oncle Donald Trump.
Libère-toi de ton rêve Américain en technicolor, obsolète depuis la fin des 50's, et viens goûter l'American Way Of Life version Barbec', celle qui colle aux doigts et fait des tâches de gras qui ne partiront plus jamais sur ta chemise Cerruti.

Bienvenue de l'autre côté du miroir.

Quand Stone et Parker encore étudiants à l'Université du Colorado se font repérer avec un court-métrage (Jesus vs Frosty) par le patron de la Fox et que celui-ci leur demande un épisode spécial pour lui, pour qu'il puisse l'envoyer comme carte de Noël à des amis, les deux lurons ont réussis à foutre le pied dans la porte des studios de télé.
L'idée était lancée. Quatre mômes mal élevés crachant injures et punchlines taillées au couteau, lâchés dans leur petite ville au milieu d'aventures en tout genres.
Nos deux hommes commencent à élaborer les débuts d'une série et la proposent à la Fox.
La Fox refusera la série ne sachant comment expliquer à ses rednecks va-t-en-guerre abreuvés d'info en non-stop, l'existence en lieu et place de ce bon vieux Père Noël d'une crotte sautillante et philanthrope du nom de Mr Hankey.
Les discussions s'engagent alors avec MTV et Comedy Central. Comedy Central malgré quelques réticences sur le contenu souvent litigieux signe Parker et Stone et lance sur la télé Américaine, sans encore s'en douter, un monument d'irrévérence et de liberté totale.

Les deux amis, par la voix de leurs quatre mioches impolis, vont cracher vulgarité, scatologie, blagues racistes et autres joyeusetés bien salaces à la face effarée d'une Amérique encore bien coiffée.
C'est un déferlement d'insultes et de vérités qui fâchent que Parker et Stone prennent un malin plaisir à distiller au gré des épisodes.
La manière semble rude, la forme est outrée et transpire un peu sous les bras, mais le fond quand à lui est traité avec finesse et intelligence.
Rien ne fait peur aux deux auteurs. Tous les sujets sont abordés, des plus sensibles aux plus superficiels. La vision de Parker détonne dans le monde aseptisé du petit écran.
La guerre, la maladie, la violence, racisme, antisémitisme ou même pédophilie sont traités frontalement. Parker nous tient par les cheveux face à l'écran, nous force à regarder, à attendre le dérapage.
Les épisodes glissent souvent sur les pentes dangereuses de ces sujets délicats, mais là où les autres tomberaient lamentablement sur le cul et se fractureraient le coccyx comme des cons, Parker et Stone glissent avec, au final, la plus grande légèreté, enchaînant flips, lutzs et axels avec la sérénité des gens sûrs de leur coup.
Là où des auteurs de studios Hollywoodiens lambdas tenteraient vainement de tartiner une morale de bon ton, une morale de bénitier qui absoudrait les méchancetés crachés durant l'épisode et permettrait au petit Américain bien blond d'aller se coucher sereinement, sans mauvaises pensées qui le forceraient à réfléchir. Trey Parker et Matt Stone donnent du grain à moudre supplémentaire au "temps de cerveau disponible" de l'Amérique puritaine.
La morale de fin de nos deux amis n'est jamais explicite, jamais catégorique.
Elle n'affirme pas, elle pose des questions, elle interroge ou répond à côté du questionnement de l'épisode.
La morale "South Parkienne" ne sauve pas, n'absout pas bêtement, elle donne à penser, elle ouvre d'autres voies encore inexplorées ou se fout ouvertement de ta gueule.
Elle fait de toi un grand garçon qui ne croit plus aux contes de fées. Un grand garçon dorénavant en mesure de créer ses propres contes de fées.

South Park est un pamphlet anti-tout. Rien, ni personne ne trouve grâce aux yeux de Parker. Le bourreau et la victime ont tous les deux quelque chose à se reprocher selon le blondinet libertarien.
South Park choque, déstabilise par sa non prise de position, par son refus obstiné de choisir un camp.
Le monde de Trey Parker n'est pas fait de bons et de méchants mais d'anciens bons et de futurs méchants.

South Park n'est pas gentil, South Park n'est pas facile, South Park n'est pas ton meilleur ami, Mais South Park existe.

Et ça, ça troue le cul !

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