Safe space

Avis sur Space Force

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Après Avenue 5, les désastres s'accumulent pour les poids lourds comiques qui visaient les étoiles. Ces séries à gros moyens d'HBO et Netflix sont deux énormes déceptions où il n'y a pas grand chose à sauver. Toutes deux disposaient pourtant d'acteurs imposants : Hugh Laurie sous la plume d'Armando Iannucci (VEEP, the thick of it), et le binôme Steve Carrel / Greg Daniels (The Office US, Parks and Recreation).

Il faut croire que ces productions se sont trop reposées sur la présence de ces acteurs charismatiques et sur le sujet SF, et que ces points forts devaient suffire à emporter l'adhésion générale en cette période de disette comique quasi sans précédent. L'exercice comique aux Etats-Unis s'apparentant de plus en plus à un art ultra sensible, qu'il faut manier avec une dextérité de démineur.

Le général Mark Naird (Steve Carrel) se voit confier le commandement U.S d'une nouvelle force militaire dont le champ d'action est... l'espace. Cette caricature de haut gradé bourru mais doté d'un bon fond va se heurter à des petits tracas du quotidien : l'incompétence sans limite d'à peu près tous ses proches collaborateurs, et de la sienne ; la défiance du professeur Mallory (John Malkovitch) en charge du volet technique de la mission ; de sa fille en pleine crise d'adolescence peu originale (Diana Silvers) et la rivalité du général Grabaston (Noah Emmerich). Voilà le pitch, qui aurait pu être écrit par absolument n'importe qui en moins de 10 minutes.

Et le problème majeur de la série est qu'elle ne dépasse à aucun moment cette idée de base ultra faiblarde. Certains par idolâtrie forcenée envers Steve Carrel et The Office US vont bien tenter de réévaluer la qualité d'ensemble en y voyant une charge irrévérencieuse envers Trump (dès qu'une comédie américaine est produite on y voit par paresse une critique de l'administration Trump), et même si c'est un peu le cas sur certains gags, ce n'est pas le président américain dingo qui est le plus ridiculisé par le résultat. D'autant plus que le propos sur les Chinois va plutôt dans le sens "Donny" :

Puisqu'ils sont fourbes et se permettent de pratiquer des forages sur la lune afin de construire un arsenal militaire à moindre prix (?!) Une série woke à l'égard de tout le monde donc, sauf envers ces sales cocos de Chinois !

Carrel et le diffuseur sont les seuls à être véritablement éclaboussés par la médiocrité d'ensemble. Une série comique où le rire est absent. Même sourire est difficile devant les gags faiblards qu'on voit arriver à des kilomètres. 

Désertez !

Le ton loufoque à 90%, est censé permettre de caser un max de gags mais il n'y en a aucun qui fonctionne. C'est assez surprenant d'ailleurs un tel taux d'échec. Tous les personnages souffrent d'une crétinerie quasi congénitale et se distinguent par une incompétence digne de Dumb and Dumber (sans le côté trash, ce qui rend l'ensemble juste gentillet), dans ces conditions, comment peut-on essayer de nous faire adhérer aux rares enjeux sérieux dans les 10% restants de la série ? Steve Carrel psychorigide qui ne comprend rien à rien la plupart du temps, devient subitement clairvoyant quand l'histoire "redevient sérieuse" le temps d'une fin d'épisode. Quand les scénaristes en ont besoin en somme...

Les américains réputés pour leur rigueur et leur savoir-faire sans âge dans les sitcoms et les vannes calibrées retournent à l'âge de pierre avec des trames bien inoffensives (match tactique contre les rivaux en exosquelettes, recherche d'une taupe, opération de rafistolage dans l'espace...). C'est peut-être d'ailleurs cela le problème de Space force, d'avancer péniblement avec le soucis constant d'offenser personne (même pas l'armée).

Cette obsession d'être dans les clous du politiquement correct est criante. On en vient même à regretter un épisode Two and half men ou de Spin city tant les gags sont plats, tant rien ne peut se produire dans cette base qui chie bien droit malgré les gesticulations des insupportables personnages secondaires (le type chargé de la communication rappelle le non moins pénible Josh Gad d'Avenue 5). Le résultat est ultra grimacier et semble rechercher le rire d'enfants de 10 ans grand max. 

Steve Carrel et John Malkovich (désormais habitué à "cachetonner") s'affrontent mollement dans chaque épisode avant de se rabibocher dans les 5 dernières minutes dans une victoire poussive contre un ennemis commun (Noah Emmerich, POTUS bref l'adversité). 

Space force est juste sympathique. Steve Carrel et John Malkovitch ont trop d'expérience et de talent pour lasser ou rendre le visionnage pénible. Mais cela ne propose rien de plus. Cette série est un voisin serviable dans votre immeuble avec qui vous échangez un sourire poli devant les boîtes aux lettres, mais avec qui vous ne passeriez pas la soirée pour déconner et vous esclaffer. 

Depuis la fin de Gemstone Brothers (pourtant pas d'un niveau stratosphérique non plus), aucune série comique US n'est parvenue à oser l'irrévérence. 

Une série bien trop dans l'air du temps pour remplir son objectif initial : faire rire.

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