Une Modernisation Testostéronée

Avis sur Star Trek : Discovery

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La grosse opération entre rendre hommage à une franchise et de proposer une extension crédible est en route. Mais considérer la culture de l’écran actuelle, ainsi que les tendances de spectateurs ayant un penchant pour l’adrénaline et les nombreux fans que comptent les précédentes séries, la responsabilité d’Alex Kurtzman et de Bryan Fuller semble plus lourde que prévu. Leur choix aura alors un ton clair et honnête, car elle favorise la (re)découverte d’un univers sur le petit écran. On décide également de moderniser le rythme de la narration, donc exit le format une histoire pour un épisode. Ici, Netflix valorise le suspense en étendant une saison sur deux grands actes qui se recoupent en un final plutôt encourageant.

Cependant, on remarque rapidement que le scénario et les thèmes de société sont délaissés au détriment de l’action et de l’esthétique. Le visuel ne peut suffire à séduire les sériephiles, mais encore moins les fans qui entretient une richesse dans la cohabitation des espèces en tout genre. Discovery ne développe pas cette idée et les personnages, aussi beaux soient-ils. Ce qui en revanche très souligné, c’est ce pouvoir féminin omniprésent. Michael Burnham (Sonequa Martin-Green) est la leader d’un mouvement qui fait fureur chez Hollywood depuis un moment. Elle sera à la fois le déclencheur des problématiques et la solution à celles-ci. D’autres partisantes sont à ses côtés pour l’épauler et pour lui donner plus de visibilité. Certaines passent par l’humour et d’autres revendiquent la paix sur le ton autoritaire, ainsi que par le biais d’initiatives radicales.

Ce qui sera tout de même bien exploité, c’est le conflit avec les Kingons et Starfleet, où on se placera du point de vue de chacun. L’un dominera l’autre dans la peur et la souffrance, puis vice-versa. Mais l’engagement des personnages à l’égard de cette guerre en devenir n’est pas toujours travaillé avec pertinence. Le Capitaine Gabriel Lorca (Jason Isaacs) est pourtant le plus apte à apporter de la nuance dans ce lot de personnages qui campent trop sur leur savoir-faire. Chacun est étiqueté à une enseigne précise, mais manque de polyvalence. Le Lieutenant Saru (Doug Jones) en fait l’exemple parfait, mais les twists apparaissent comme superflus si l’on ne prend pas soin de développer un contexte, sans trop d’incohérences et sans mise en scène poussive. Et le personnage qui résume ce problème de personnalité et d’humanité peut se résumer au Lieutenant Tyler (Shazad Latif), pour qui la Fédération n’est pas toujours symbole de liberté et de sécurité. Ce sont des détails qui sont étouffés par les actes héroïques et les actions testostéronées qui s’enchainent mais qui manque parfois d’esprit de corps.

Peut-on alors affirmer que « Star Trek : Discovery » promet une longue vie et prospérité à la franchise ? Nous ne sommes qu’à mi-chemin de la réussite, car cette série se contente du minimum syndical. La série souffre de sa modernisation abusive, allant jusqu’à puiser toute l’attraction dans les effets spéciaux avant de d’approfondir le fond d’un scénario peu consistent et peu nuancés, ou alors on s’y prend avec maladresse. La surprise est tout le même garantie et le frisson arrive à se montrer sans prise de risque, par respect des codes. La résurrection de l’Enterprise et de Starfleet à l’écran tente ainsi de s’y prendre pacifiquement, dans l’hommage et la force de l’action, un mariage qui ne gagne pas toujours ses fans mais qui aura l’audace de les provoquer avec ne suite prometteuse.

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