Saison 1 / Saison 2

Avis sur The Leftovers

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Saison 1 :

Au départ quand on lis seulement le résumé de quelques lignes, on pense aux 4400, avec cette optique d'une disparition soudaine et d'une série d'anticipation. Mais au final il n'en est rien, la disparition ne sert ici que de prétexte pour approfondir une dystopie et surtout offrir un reflet de notre société sur différents thèmes, et parmi les plus important, celui de la mort.
Quand on aborde les premiers épisodes, on ne peut que constater qu'un flou nous envahit, sans poser les enjeux, les créateur de la série font le pari risqué de ne rien dévoiler et de laisser un spectateur confus. Pourtant on regarde, on s'accroche à une mise en scène très travaillée, et à cette envie fulgurante de comprendre le comment du pourquoi.
Le troisième épisode, s'attardant sur un des personnages nous fait donc entrer dans un autre rythme, une autre sphère, et on comprend mieux notre envie de s'installer devant une série dont on ne saisit pas encore tout les enjeux.
C'est finalement avec le cinquième épisode (suivi du sixième), que le spectateur est cueillit ; bien au delà d'une série d'anticipation, The Leftovers parle de la mort et de l'absence mieux qu'une autre série à succès, qui elle sous couvert de gérer des pompes funèbres, parlait surtout de la vie.
Avec ce cinquième épisode j'ai donc compris que l'essence de cette série c'est de parler de notre société et de ses accrocs. Je précise au passage que j'étudie en ce moment le domaine vaste et large du champ de la mort, aussi The Leftovers résonnait dans ce que j'avais pu lire. Si la mort, pourtant bien présente, tend à se faire plus discrète (en tout cas dans la société occidentale), l'importance du deuil, et de l'acceptation de laisser partir par le cérémonial enterrement, est quand à lui tout aussi en décrépitude, avec en ligne de mire la crémation. Mais la série va bien au delà en posant les bases de l'oubli, ou de comment l'être humain peut ou ne veut pas, continuer à vivre malgré la mort qui rode autour de nos proches. Je n'aurais pu imaginer qu'une série sur une disparition soudaine de millions de gens soulève cet effort du souvenir.
La série entre tout de même dans la dystopie à partir du moment où, laissés à eux-même sans explications aucunes, la population doit continuer à vivre sans pour autant tout à fait se remettre d'un tel mystère, amenant des réactions parfois violentes. Si on a du mal à comprendre le groupe Guilty Remnant, qui ne parle pas et dérange autrui (j'avoue ne toujours pas comprendre pourquoi la cigarette, mais la série soulève tellement d'éléments que je finirai bien par entrevoir l'explication de l'objet), et qui emprunte justement son mystère au secte, on arrive peu à peu à effacer la brume de la série et à voir clairement les motivations de chacun, entre ceux qui font le devoir du souvenir et ceux qui ont le devoir de continuer.
Car il faut accepter la série dans son ensemble (et au final 10 épisodes ça va vite), pour mieux l'accepter et la savourer. La mise en scène est vraiment travaillée, chaque épisode trouvant une construction parfaitement orchestrée. Si la dimension spirituelle est très présente (cela va de paire avec la mort) et ce dès un générique qui ne passe pas inaperçu, elle ne tombe pas pour autant dans la caricature et trouve sa place dans cette société perdue dans l'incompréhension. La musique, superbe, soulignant magistralement chaque épisode dans cette dimension.
Au début, il faut donc accepter la frustration, aussi bien dans le deuil d'une possible série de SF, que dans son aspect confus qu'on sent pourtant grandiose. Le cinéma de Lynch passe aussi dans la série, soulignant la fine frontière entre le réel et l'irréel, la folie et le bon sens. Mais une fois ces étapes acceptées alors on se laisse porter, avec un regard neuf sur une série qui bien au delà de sa vision d'une petite bourgade américaine (comme Perrotta, l'auteur du livre, sait la raconter), parle non pas de ceux qui sont partis mais bien de ceux qui restent.

Saison 2 :

Après avoir quitté la petite ville de Mappletown, on avait envie de revenir voir comment le monde fonctionnait, quand le chaos incompréhensible suite à une disparition inexpliquée de millions de personnes fait face à ceux qui ont la pénible tâche de continuer à être présent.
Les craintes sont grandes, puisque la saison 1 s'arrête à la fin du livre de Tom Perrotta, comment continuer dans l’intérêt de l'histoire sans dénaturer le propos de l'auteur.
Fort heureusement celui-ci reste dans les parages et garde un œil avisé sur son œuvre.
La saison 2 renouvelle jusqu'à son générique, plus léger, les disparus devenant une absence sur des photos du quotidien. Pourtant la spiritualité qui se dégageait nettement de la première saison reste ancrée dans ce renouveau.
La saison 2 voit son axe principal se constituer autour de la croyance : pour Justin Theroux et sa nouvelle famille c'est dans l'espoir de vivre une vie normale dans une ville épargnée par les disparitions. Pour Laurie et son fils, c'est la dénonciation des dérives, eux-mêmes ayant suivis ce chemin dans la première saison, avec plus ou moins de réussite. Quand aux Guilty Remnant, alors qu'ils sont cette fois moins présents à l'écran, ils évoluent dans leur maintien du souvenir.
Le premier épisode se targue de suivre les premiers épisodes de la saison précédente avec un sens du détail et de la perfection pour nous tenir en haleine alors que nous sommes complètement largués ; surtout avec une introduction sur l'origine de l'Homme. Mais la série se rattrape vite avec des épisodes bien menés par une intrigue qui reste intacte jusqu'au bout. Aucun épisode n'est superflu, faisant avançer l'histoire sans fioriture, Damon Lindelof, créateur de Lost ayant retenu les erreurs du passé, mène sa barque jusqu'au bout. On sent donc que la saison fut écrite d'un bout à l'autre ce qui donne une excellence à chaque épisode. Cette fois c'est la patte de Kubrick qu'on sent, et plus particulièrement dans l'épisode 8, véritable clin d’œil à Shining, situé dans un entre-deux par le prisme d'un hôtel.
Si la mort est cette fois moins présente, la série évolue par le biais de la croyance et maintient l’intérêt sociologique de cette dystopie. Dénonçant les travers autant de la religion que des sectes, ou de notre propre capacité à oublier.
Cette saison 2 réussit donc à poursuivre l'excellence de thèmes qui restent plus que jamais d'actualité ; tant dans la mise en scène que dans son scénario, elle garde le niveau acquis dans la saison 1 malgré la baisse d'audience aux États-Unis.
The Leftovers reste une grande série, qui se clôturera par une dernière saison qu'on espère autant créative.

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