Pop-dark et wannabes

Avis sur The Umbrella Academy

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Au commencement, il y a une nuit de 1986 où 43 enfants sont nés dans des circonstances aussi mystérieuses que la cause de l’apocalypse. Mais au commencement, il y a surtout Reginald Hargreeves, riche inventeur excentrique, aussi marginal que génial, aussi sûr de lui que glacial avec les enfants particuliers qu’il adopte, élève et entraîne à l’écart du monde, au sein de l’Umbrella Academy. C’est la figure-type du père qui semble avoir bon fond mais dont la fermeté et la volonté de tout contrôler finissent par le couper de ses enfants (tel Charles Xavier avec ses X-men, par exemple). Mais c’est aussi grâce à lui que se réunissent les frères et sœurs jadis séparés dans des circonstances traumatisantes. Pour se retrouver et enfin panser leurs plaies, il leur aura fallu la mort du spectre sévère qui leur servait de père. Et c’est le mystère qui entoure ce fantôme qui ouvre et clôt véritablement la saison.

En somme, j’ai eu du mal à noter cette série :
8/10 pour le plaisir (dans lequel je mets aussi mon appréciation de l’ambiance et du jeu),
6/10 pour l’image et le son (bravo au compositeur Jeff Russo pour la BO pop-rock qui dépote),
4/10 pour le scénario,
7/10 pour la dramaturgie,
6/10 pour l’originalité

À noter que beaucoup des qualités de la série viennent directement des comics qu’elle adapte, saluons donc au passage leurs créateurs Gerard Way et Gabriel Bà, qui sont aussi producteurs exécutifs sur la série.

Au fil des épisodes, la série fait son possible pour nous garder en haleine, la dramaturgie est solide. On reste en équilibre entre mystères, révélations, péripéties et développement des personnages. On en apprend de plus en plus à la fois sur l’intrigue globale (mort du père et apocalypse imminente), sur chaque personnage et sur leur enfance. Un léger bémol peut-être : les séquences ‘’drame familial’’ et les scènes d’action sont parfois un peu favorisées au détriment d’une avancée régulière des intrigues individuelles et globales. Même si tout reste assez juste, on peut avoir l’impression que l’on n’avance plus et que les relations entre les frères et sœurs sont là pour nous distraire en attendant les révélations.

Un des points forts de la série est l’écriture des personnages : sans grande complexité, ils ont pour beaucoup un côté loufoque et attachant, car la plupart restent très simples et humains. Si les showrunners en jouent, c’est assez maîtrisé pour qu’on pardonne leurs excès. Par exemple, Hazel et Chacha, le duo d’ennemis des Umbrella Kids, m’ont touché par l’efficacité de leur écriture et du jeu d’acteurs. De façon assez burlesque, c’est avec eux que la série arrive à prendre un ton à la fois très léger et profond. En cela, l’ambiance de la série se rapproche plus d’Utopia ou même de The End of the Fucking World que de la plupart des séries netflix. À l’inverse, les séries DC ou Marvel ont dernièrement plutôt tendance à repousser toujours plus loin les exploits et à faire revivre 40 fois aux héros les mêmes épreuves et turpitudes intérieures.
The Umbrella Academy préfère faire le choix assez original d’expliquer les névroses des personnages (leur manque d’épanouissement comme adulte) par une enfance coupée du monde qui les a rendus dysfonctionnels car ‘’émotionnellement retardés’’. C’est ce qui les rend attachants, car on comprend leurs sentiments de rejet, de différence, de peur, de perte, de solitude ... Si on peut avoir l’impression que ce choix est dans l’air du temps, il reste assez exceptionnel dans le paysage audiovisuel superhéroïque. Il s’en fallait même de peu pour que l’alchimie entre les personnages égale celle d’un Watchmen.
Certes, d’autres séries comme Jessica Jones essaient de mettre l’accent sur l’histoire et la psychologie, et utilisent la s-f et les pouvoirs plutôt comme ressorts narratifs et cinématographiques. Certes, les (super)héros ont souvent quelque chose qui fait d’eux des marginaux sociaux, mais habituellement il s’agit plutôt d’expériences traumatisantes ou du fardeau de leurs pouvoirs.
En cela, on est ici davantage dans le drame familial que dans le récit initiatique du super-héros moyen, et même si ce n’est pas non plus d’une originalité folle, avouons-le, ça fait du bien !

Par ailleurs, on sent bien que l’on a affaire à une série de super-héros basée sur des comics, qui plus est une série originale netflix. On (re)connaît la recette et les exigences de la production :
D’abord, un charadesign qui fait son travail bien qu’un peu classique et grossier, avec un peu trop de gimmicks.
Ensuite, un scénario assez vite cousu de fil blanc, plein de grosses ficelles, mais qui tient la route, avec une menace cosmique en bout de route et des forces inconnues qui rentrent en jeu.
Enfin, beaucoup de plans où des couleurs claquantes tranchent sur les tons sombres et les noirs profonds qui prédomine, comme on en trouve dans beaucoup de séries netflix et de super-héros. C’est un genre de ‘’pop-dark’’ qui marque beaucoup de grosses productions ces dernières années.
Ajoutez-y une (grosse) louche de vintage tendance où surnagent les décors, certains styles vestimentaires, la mère-robot trop parfaite et le diner aux milles donuts, et le tour est joué !
Je ne sais pas si c’est à la mode, mais en tout cas, ça ravira les yeux et les oreilles de beaucoup.
Mais globalement, j’ai perçu le suivi de cette recette comme une volonté un poil agaçante de Netflix de faire ses preuves sans Marvel dans les séries de super-héros. Malgré ça, j’avoue être friand de ces ingrédients, et je les apprécie autant dans The Umbrella Academy que dans Titans, et en partie dans Legion.

Au niveau de l’intrigue, à la fin de la saison 1 les mystères sont loin d’être résolus. À vrai dire, on reste même sur notre faim, tant peine à se dissiper le brouillard qui entoure M. Hargreeves et la Commission.
En vrac des questions qu’on se pose au début au cours de la saison :

Est-ce que les 37 autres enfants nés au même moment d’une mère pas enceinte ont aussi des pouvoirs ? M. Hargreeves les surveillaient-ils ?
M. Hargreeves a-t-il été tué ? Par qui et pourquoi ?
Qui est vraiment Reginald Hargreeves ? Que sait-il et que faisait-il vraiment, toujours occupé à ses recherches ? À quoi pensait-il préparer ses enfants ? Est-il seulement vraiment mort ?
Comment le monde va-t-il être détruit ? Comment l’empêcher ?
Qui est derrière la Commission ? Comment fonctionne-t-elle ? Est-ce que protéger le déroulement ‘’naturel’’ des événements est vraiment sa raison d’être ?

Peu de ces questions ont trouvé réponse à l’issue de la saison 1, et peu de ces réponses semblent certaines … Mais c’est bien ce qui va me pousser à voir la saison 2, non ? ;)

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