Des hauts très hauts et des bas très bas

Avis sur Twin Peaks

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Diane, il est 18h49, et alors que je m'apprête à quitter définitivement le Grand Northern Hotel, je vais vous faire une confidence, et vous dire tout haut ce que beaucoup de sériephiles refusent d'entendre : Twin Peaks est la série la plus surcotée de tous les temps, et puisqu'il me reste suffisamment de temps libre sur ma mini-cassette, je vais vous expliquer pourquoi.

Après en avoir entendu parler pendant des années, j'ai fini par me lancer dans le visionnage de programme mythique, et je l'avoue bien volontiers, j'ai très vite été décontenancé. En effet, on ne m'avait pas prévenu que David Lynch jouait lourdement sur le second degré, et les premiers épisodes ont été pour le moins déstabilisants. Devais-je tout prendre au sérieux, ou devais-je rire devant certaines situations pour le moins improbables ? Après un petit temps d'acclimatation, j'ai fini par rentrer dans l'ambiance si particulière de Twin Peaks, et malgré leurs grosses imperfections, j'ai apprécié à leur juste valeur la fin de saison 1 et le début de la saison 2. Pour résumer les choses, disons que j'ai adoré tous les personnages du commissariat (Cooper, Lucy, Andy et Albert), j'ai "toléré" les excentricités de Leland Palmer, mais alors, toutes les histoires relatives aux autochtones me sont complètement passées au-dessus de la tête. Les arcs narratifs des familles Hayward, Packard et Hurley manquent non seulement d'intérêt, mais on flirte avec le soap-opera de bas étage, un comble quand on sait que David Lynch se moquait ouvertement de ce genre télévisuel lors de la première saison... Même en étant fan, je ne vois pas comment il est possible de prendre le moindre plaisir à suivre les aventures de James, Donna, Norma, Josie et Dick dans la seconde moitié de la saison 2, et pour vous parler franchement Diane, j'ai vécu tous ces passages comme un véritable calvaire... Je sais bien que cela ne se dit pas quand on prétend aimer les "grandes séries", mais je me suis souvent ennuyé, et j'ai même du me forcer à finir certains épisodes. Le comble du ridicule a évidemment été atteint avec la scène de guerre de Sécession où Ben Horne se prend pour le général Lee : j'avais littéralement de la peine pour les pauvres acteurs qui devaient jouer ces âneries, après avoir connu des sommets dramatiques dans la saison 1...

Diane, je sais que j'ai l'air sévère avec Twin Peaks, mais je dois tout de même admettre que ce feuilleton possède de grandes qualités, à commencer par son casting 3 étoiles. Outre David Duchovny, Billy Zane et Heather Graham qui jouent les invités de luxe, c'est évidemment Kyle MacLachlan qui vole la vedette à tout le monde avec son rôle d'agent du FBI candide et bienveillant. Avec sa coupe de cheveux sortie des années 40, Dale Cooper est l'un des personnages les plus singuliers que j'aie pu voir sur un écran de télévision : son flegme imperturbable et sa passion pour le café noir resteront longtemps ancrés dans ma mémoire, et si à l'avenir il m'arrive de connaître une petite baisse de moral, il me suffira de regarder ses conversations assourdissantes avec Gordon Cole ou encore la scène du lama chez le vétérinaire pour retrouver instantanément le sourire. Malgré sa répétitivité, la bande son est également formidable, et elle contribue grandement à l'ambiance onirique qui se dégage des lieux.

Diane, j'ai décidé de vous parler en toute sincérité en cette fin d'après-midi brumeuse, et malgré l'étrange fascination qu'elle a exercée sur moi, Twin Peaks m'apparaît tout de même comme un immense gâchis. La communauté locale est attachante, l'atmosphère du nord-ouest des USA est parfaitement retranscrite, mais à mon sens, cela n'est pas suffisant pour espérer captiver le téléspectateur : en effet, il y a trop de personnages, les trames secondaires flirtent avec le grand n'importe quoi, et pendant une bonne dizaine d'épisodes avant le final, on s'ennuie à dix sous de l'heure. Certains fans trop enthousiastes l'ont peut-être oublié, mais la base d'un programme télé, c'est son histoire, et c'est là que le bât blesse : après la résolution du meurtre de Laura Palmer dans l'épisode 2x09, les auteurs m'ont semblé complètement perdus, comme s'ils ne savaient plus quoi faire de leurs personnages, et cela s'est vite ressenti à l'écran. Le charme de la série s'est évaporé, et en toute logique, les audiences se sont littéralement effondrées. ABC s'est alors vue contrainte d'annuler la série qui flirtait un an plus tôt avec les 35 millions de spectateurs...

A défaut d'avoir été capable de tenir le public en haleine avec une intrigue artificiellement rallongée, David Lynch mérite toutefois d'être salué pour son inventivité et son culot : Twin Peaks est en effet une série ambitieuse qui regorge d'idées farfelues, mais elle est complètement plombée par ses personnages secondaires sans saveur. Si ABC s'était contentée de commander une mini-série, les scénaristes auraient probablement évité le remplissage inutile, et le résultat n'en aurait été que meilleur. Il suffit de voir le final complètement halluciné pour se rendre compte de quoi ils étaient réellement capables... Si l'intégralité des deux saisons avait été de ce niveau-là, nul doute que comme beaucoup de "twinpeaks-ophiles", j'aurais voué un culte à cette série.

Diane, lorsque vous écouterez cette mini-cassette, vous en conclurez logiquement que je n'ai pas aimé mon séjour à Twin Peaks. Il y a du vrai là-dedans, mais à l'heure de conclure cet enregistrement, je ne peux m'empêcher d'éprouver une certaine nostalgie vis-à-vis de cette bourgade coupée du monde où le temps semble défiler plus lentement, et où nos nuits sont agréablement bercées par le hululement des hiboux. Diane, je vous le promets, un jour je vous emmènerai au "Double R Diner", et je vous offrirai une tasse du plus merveilleux café qu'il m'ait été donné de boire...

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