👉 17 juin : Mise à jour de notre journal de bord (qui devient hebdo)
Le bilan de la nouvelle version du site est accessible ici.

Twin Peaks est, de mémoire, la première série que j'ai regardé par moi-même (comprendre que je ne suis pas juste tombé dessus en regardant la télé) et je ne l'avais jamais finie. La revoyant en entier plus de dix ans après ma première tentative me fait me rendre compte que je n'avais juste rien pigé à ce qui se jouait là devant mes yeux trop peu attentifs.

Le souci de Twin Peaks c'est que c'est une série, une série où Lynch a finalement moins en moins de pouvoir décisionnaire et qui s'embourbe totalement dans des sous intrigues navrantes durant la seconde partie de la deuxième saison.
Qui dit série dit aussi découpage en épisodes avec la nécessité d'appâter, souvent artificiellement, le spectateur pour qu'il revienne la semaine suivante. C'est un procédé que je déteste parce que justement il est artificiel et bien souvent on n'aura même pas réellement la résolution à l'épisode d'après, la situation sera minimisée, ou que sais-je encore histoire de pouvoir retomber plus facilement sur ses pattes.

Et donc dans la série Twin Peaks il y a une immense césure, les 25 ans qui séparent la fin de la deuxième saison et la troisième. Césure qui sépare aussi la série qui se perdait au fur et à mesure (et qui use des artifices propres aux séries pour garder son audience, même si visiblement ça a marché que moyennement) et une claque artistique immense.

Mais on ne va pas se mentir, Twin Peaks commence très fort. On a une série policière dans une ville banale et d'apparence paisible du nord ouest des États-Unis. Localisation qui permet de donner ce charme tout particulier aux deux premières saisons, puisque le bois est partout, il est omniprésent, tout est en bois et on a même des intrigues autour du bois... Et surtout ces bois sont mystérieux, ils sont intrigants, fascinants et d'ailleurs Dale Cooper, agent du FBI chargé d'enquêter sur le meurtre de Laura Palmer, ne s'y trompe pas et témoigne également immédiatement sa fascination pour ces arbres.

L'ambiance est posée...

Et elle l'est d'autant plus qu'on se rend bien compte que cette ville n'est pas si paisible que ça, que cette Laura Palmer est très loin d'être un ange et qu'elle avait de nombreux secrets. C'est donc avec plaisir qu'on veut en savoir plus, découvrir des choses sur cette ville, sur les mystères de cette forêt et sur Laura Palmer.

Mais clairement l'intrigue, pour moi, ne suffit pas. Ce qui rend la série aussi marquante c'est les incursions dans le surnaturel ou dans les rêves. On comprend bien vite que les méthodes d'investigation de Cooper sont un peu spéciales, qu'il fait étrangement confiance à ses rêves beaucoup plus que je ne le recommanderais la raison.

Et donc c'est véritablement à partir du troisième épisode de la première saison que j'ai été captivé par la série, avec le fameux rêve de Cooper qui est dans un délire parfaitement lynchéen. D'ailleurs en voyant cette série j'ai deux regrets concernant la carrière de Lynch, le premier c'est qu'il n'ait pas filmé de concert, le second c'est qu'il n'ait pas réalisé de film d'horreur. Parce qu'il sait rendre quasiment n'importe quelle situation extrêmement anxiogène.
Il sait aussi être drôle, j'aime bien les petites touches d'humour absurde que peut contenir certains épisodes qu'il a réalisé, mais qu'est-ce-qu'il manie bien l'angoisse. Mais pour revenir au rêve de Cooper, c'est tout ce que j'aime. On ne sait pas si c'est du lard ou du cochon, c'est vraiment tordu et esthétiquement ça a une sacrée gueule.

Et à partir de là la série va s’engouffrer de plus en plus sur la voie du surnaturel. Mais j'ai l'impression que lorsque ce n'est pas Lynch qui est directement aux commandes des épisodes de la deuxième saison que les épisodes font dur surplace et qu'ils ne savent pas quoi apporter réellement et donc inventent des intrigues pourries avec un personnage qui se prend pour un général sudiste, un autre qu'on pensait mort qui revient à la vie, certains sortent même de nulle part juste pour pouvoir être les compagnons amoureux d'autres personnages... C'est juste ridicule.

J'adore d'autant plus le dernier épisode de la deuxième saison pour ça, il s'en fout totalement des sous-intrigues, elles ne sont pas réellement résolues et offre au spectateur qui n'en croit pas ses yeux un final complètement envoûtant et étrange... et une fin qui se termine très mal.

Et ça aurait pu finir là... c'était frustrant et satisfaisant à la fois... Mais surtout on est intrigué, on veut en savoir plus... tout l'inverse des épisodes précédents qui tiraient en longueur avec rien à dire et qui ont flingué quasiment tous les personnages de la série.

Parce que oui, les personnages sont assez sympathiques. On en a pour tous les goûts, des normaux, des bizarres et des très bizarres... Et j'ai l'impression qu'ils ont tout fait pour les casser et les rendre juste chiants. Prenons le Shérif Truman, sur la fin de saison il se laisse totalement aller pour une histoire de cœur et on perd totalement son personnage pendant plusieurs épisodes...

Et il n'est pas le seul... Je sais que les gens n'aiment pas forcément James Hurley, le motard qui était l'amant de la défunte Laura Palmer, mais moi je l'apprécie, j'aime beaucoup sa relation avec Donna, la meilleure amie de Laura et la jalousie que développe cette dernière pour Maddy, la cousine de Laura qui lui ressemble comme deux gouttes d'eaux. C'est pour ça que j'adore la séquence de chant au début de la saison 2, ça transpire le sexe... certains trouvent ça ridicule, mais tout est dit avec cette séquence.

Bref, James va s'embourber dans une histoire avec une femme qui veut qu'il répare sa voiture... on s'en fout totalement, c'est mou... Donna pique des crises de colère tout le temps... C'est juste agaçant et pas intéressant...

Et même le semblant d'intrigue policière qu'on garde, à savoir la capture de Windom Earl, ancien collègue et mentor de Cooper, part dans tous les sens sans vraiment savoir où elle veut aller...
En somme c'est la débandade.

Tout ça pour dire que Twin Peaks sans Lynch/Frost ça donne n'importe quoi.

Puis débarque la troisième saison 25 ans après... en plus c'est parfait puisque ça fait échos à une phrase que dit Laura dans le dernier épisode... tout semblait prévu d'avance et s'emboîte parfaitement avec la fin de la saison 2 et surtout avec le film.

Je dirais qu'il est limite plus essentiel d'avoir vu le film que d'avoir vu la série pour voir la saison 3... (enfin il faut voir la série pour voir le film... donc l'un dans l'autre... il faut avoir tout vu)

Et déjà revoir le film après la saison 2 ça a été une claque, mais alors la saison 3, c'était fabuleux...

Déjà je tiens à saluer le fait qu'on ne tombe pas dans la nostalgie facile et gratuite... Moi qui m'imaginais revenir à Twin Peaks, avec les mêmes personnages dans du formol, il n'en est rien. Certes quelques têtes reviennent, mais on passe quand même beaucoup plus de temps avec des nouveaux personnages et surtout on passe bien peu de temps à Twin Peaks. En effet l'histoire se passe à présent aux quatre coins des États-Unis...

Si j'étais sceptique au départ d'une telle idée, c'est vraiment une excellente initiative puisque ça permet de porter Twin Peaks et ses mystères à un niveau supérieur et ne pas faire et refaire toujours les mêmes histoires... Finalement il n'y a que très peu de choses que l'on a déjà vu dans cette troisième partie.

Et autant à la fin de la saison 2 j'étais plutôt confiant sur le fait d'avoir compris l'essentiel de ce qui se tramait là, ici, dès le premier épisode on ne comprend plus rien, tout est enveloppé d'un délicieux parfum de mystère. On peut essayer de faire des recoupements, de comprendre, mais comme souvent chez Lynch la solution ne sera pas donnée explicitement, tous les mystères et toutes les questions ne seront pas résolues.

C'est énigmatique au possible et clairement inquiétant. Comme je le disais, Lynch est le roi pour créer des situations extrêmement tendues et angoissantes. Des scènes où on sent que c'est étrange, où on ne comprend pas tout, où on voit bien que quelque chose que l'on n'arrive pas à identifier ne tourne pas rond, où on est juste profondément mal à l'aise.

J'adore cette sensation.

Alors il y a aussi de l'humour, on a pas mal de scènes vraiment drôles et l’alternance avec les scènes plus tendue fait que la série se renouvelle en permanence et que l'on ne s'y ennuie jamais.
Disons que c'est l'inverse d'un Mindhunter où tout est toujours gris, sans humour, d'un sérieux pesant et accablant au point d'en être devenir sinistre et déplaisant.

Et surprise, on retrouve deux actrices que je n'attendais pas à retrouver chez Lynch pour cette troisième saison et quel plaisir de voir Laura Dern dans ce rôle en particulier, celui de l'assistante de Cooper que l'on connaît depuis le pilote de la série mais que l'on avait encore jamais vue. Le perso de Naomi Watts n'est pas en reste non plus, bien que moins mystérieux.

On a toujours des minis intrigues sur des personnages secondaires (parfois les enfants des personnages des premières saisons), mais elles prennent beaucoup moins de place, elles sont beaucoup plus simples, s'interconnectent mieux et surtout on a la mise en scène de Lynch qui fait toute la différence. Je ne vais pas le redire, mais pour faire naître la tension, il est fort.

Et là, miracle ! Vu que c'est bien écrit, bien joué, bien filmé, ben on n'a pas besoin d'un cliffhanger ridicule pour avoir envie de voir la suite. On a juste envie d'en apprendre plus sur cet univers pendant plus complexe qu'il n'y paraissait au premier abord. Lynch se permet même de conclure une bonne partie des épisodes par des concerts filmés dans la "Roadhouse", lieu déconnecté de quasiment toutes les autres intrigues de la saison 3. Il se fait plaisir et nous fait plaisir en même temps.
Je trouve ça assez audacieux en plus d'être incroyablement plaisant. D'ailleurs que ça soit dans la série ou le film, les moments musicaux sont vraiment géniaux. Si contre l'avis de certains j'adore la chanson Just You de James Hurley, je dois dire que Rocking Back Inside my Heart lors du fameux "It is happening again" est juste fabuleuse. Et donc voir Lynch filmer des chansons de manière gratuite, juste parce qu'il le peut/veut, je trouve ça fabuleux.

Bref, c'est une saison généreuse au possible où on passe par tous les états : fasciné, amusé, attristé, ému, apeuré... Il y a de tout...
Difficile de bouder son plaisir.

Et moi qui adorait le incursions dans le surnaturel des deux premières saisons, j'ai été servi. Le mieux restant je crois cette séquence hallucinante où le doppelgänger de Cooper rencontre Philipp Jeffries, le personnage joué à David Bowie dans le film (dont il aurait été improbable d'attendre un retour étant donné que l'acteur est mort et le faible temps à l'écran du personnage dans le film).

Visuellement c'est à tomber et puis on arrive quand même à prendre cette scène absolument surréaliste au sérieux. C'est ça qui est génial. Lynch fait ce qu'il veut de toi.

Forcément tout ça fait cogiter, on a le cerveau en ébullition et le génie de Lynch réside dans le fait que cette ébullition ne soit pas vaine. Je ne compte plus les films de petit malin où on veut te faire croire que tu réfléchis à des trucs trop profonds juste pour combler les vides laissés par des scénaristes fainéants... ici c'est la fascination qui prend le dessus et pas forcément les questions d'intrigues. On se laisse bercer par ce que nous montre Lynch et vu qu'on ne comprend pas tout, on se laisse encore plus emporter par les images profondément terrifiantes que nous fait entrevoir Lynch. Je ne saurais pas dire quels éléments font que chez Lynch ça fonctionne si bien sans jamais que ça soit ridicule...

Et puis difficile de parler de la série sans parler de sa fin. La dix-septième partie semblait conclure la série avec une fin heureuse méritée, mais c'est sans compter sur le goût pour l'inattendu de Lynch qui livre un dernier épisode cryptique, énigmatique et lui aussi fascinant.

ça donne juste envie de tout revoir, histoire de vérifier si on n'a pas laissé passer des indices... en tous cas je ne dirais pas que c'est une fin heureuse et ça me plaît comme ça...
ça me plaît d'autant plus que je n'ai pas besoin de comprendre, je trouve juste ça beau et poétique parce que tout ça semble fonctionner en échos... échos aux phrases prononcées plus tôt dans la saison, plus tôt dans le film, plus tôt dans la série...

Est-ce le futur ou le passé ? C'est tellement excitant parce que c'est tellement beau, tellement énigmatique tout en semblant étonnement cohérent. C'est comme si on accédait à une vérité, qui était là, devant nos yeux et qu'on ne pouvait que la contempler sans jamais en percevoir le sens.

Twin Peaks est un objet fascinant sur lequel on peut parler pendant des heures... Il y a tellement de choses à dire, c'est une œuvre qui je pense va me hanter longtemps comme ça peut être le cas pour Mulholland Drive. C'est riche thématiquement, visuellement et c'est un terreau fertile pour l'imagination, les rêves et surtout les cauchemars.

C'est parfait.

Moizi
8
Écrit par

il y a 2 ans

67 j'aime

11 commentaires

Twin Peaks
chtimixeur
5
Twin Peaks

Des hauts très hauts et des bas très bas

Diane, il est 18h49, et alors que je m'apprête à quitter définitivement le Grand Northern Hotel, je vais vous faire une confidence, et vous dire tout haut ce que beaucoup de sériephiles refusent...

Lire la critique

il y a 10 ans

184 j'aime

41

Twin Peaks
Sergent_Pepper
9
Twin Peaks

[Mise à jour saison 3] “You’re on the path, you don’t need to know where it leads, just follow”

Critique de la saison trois : Il y a toujours fort à appréhender à retrouver quelqu’un après 25 ans de séparation, surtout quand la personne n’a pas donné de nouvelles depuis près de 11 années. On...

Lire la critique

il y a 9 ans

180 j'aime

19

Twin Peaks
Moizi
8
Twin Peaks

J'ai rien à dire...

Twin Peaks est, de mémoire, la première série que j'ai regardé par moi-même (comprendre que je ne suis pas juste tombé dessus en regardant la télé) et je ne l'avais jamais finie. La revoyant en...

Lire la critique

il y a 2 ans

67 j'aime

11

Star Wars - L'Ascension de Skywalker
Moizi
2

Vos larmes sont mon réconfort

Je ne comprends pas Disney... Quel est le projet ? Je veux dire, ils commencent avec un épisode VII dénué de tout intérêt, où on a enlevé toute la politique (parce qu'il ne faudrait surtout pas que...

Lire la critique

il y a 2 ans

431 j'aime

50

Prenez le temps d'e-penser, tome 1
Moizi
1

L'infamie

Souvenez-vous Bruce nous avait cassé les couilles dans sa vidéo de présentation de son "livre", blabla si tu télécharges, comment je vis ? et autre pleurnicheries visant à te faire acheter son...

Lire la critique

il y a 6 ans

270 j'aime

144

Le Génie lesbien
Moizi
1

Bon pour l'oubli

Voici l'autre grand livre « féministe » de la rentrée avec Moi les hommes je les déteste et tous les deux sont très mauvais. Celui la n'a même pas l'avantage d'être court, ça fait plus de 200 pages...

Lire la critique

il y a plus d’un an

207 j'aime

59