Platine sans patine.

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Avatar Берт Ран
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De très bonnes appréciations presse et spectateurs, le milieu du rock des années 70, la patte HBO, alors, si on ne nous a pas encore fait le coup du marketing forcené pour nous vendre une merde infâmeStar Wars 7 en tête – il y a moyen que cette série, tout du moins son pilote, vaille le coup. Et puis c'est estampillé Mick Jagger et Martin Scorsese, non pas que je sois franchement fan de ces deux types-là, mais ça fait quelques années qu'ils sont dans le métier, qu'ils arrivent à en vivre à peu près confortablement, donc ils doivent certainement avoir des choses à dire sur l'univers de l'un avec le regard de l'autre.

Bon, déjà, ça commence mal avec la dégaine des acteurs. Je veux bien que ce soit de la fiction, qui plus est la reconstitution d'une époque, mais qu'on ne nous donne pas à voir du déguisement bas de gamme et bien stéréotypé de téléfilm de l'après-midi sur M6 quand on a un budget équivalent au PIB du Portugal. Car, entre les moumoutes bien flagrantes, la collection de bagouzes et de chaînes en or à te filer une scoliose au bout d'une heure, et la sape très clean qui a autant de vécu que l'entrejambe d'une religieuse, on est en droit de demander un peu plus de réalisme. Quand on voit ce que des metteurs en scène quelque peu respectueux de l'intelligence et de la perception visuelle du spectateur ont été capables de faire – tels que Sergio Leone avec ses westerns –, et la capacité de certains acteurs à s'obliger à bouffer comme des porcs ou à crever la dalle pour rentrer physiquement dans la peau de leur personnage, le résultat très artificiel que nous livre Scorsese décolle la rétine direct.

D'ailleurs, Tintin et Mickey ne s'arrêtent pas en si bon chemin pour nous exposer leur collection de préjugés. Forcément, il devait y avoir une guitare fracassée – la scène est d'ailleurs calquée sur celle de The Wall, alors qu'elle est ici bien moins justifiée – ; forcément, tout le monde est complètement camé, de la petite assistante au grand patron, et ce à longueur de journée ; forcément, quand on joue du rock, le potard à 11, on envoie du gros Fa# à faire s'écrouler un immeuble ; et j'en passe. Je ne mettrais pas ça sur le compte de la connerie – je pense que nos deux guignols ont suffisamment roulé leur bosse pour savoir ce qu'ils font –, mais sur celui d'un cynisme crasse prenant le spectateur pour un gros bœuf qui serait déçu si on ne lui filait pas à bouffer quelques clichés bien tenaces sur le rock.

Et puis, dernier point, pourquoi avoir choisi le point de vue d'un producteur de disques ? Il n'y avait pas pire angle que celui du pouvoir et du pognon pour parler de musique. On ne doute pas que Scorsese et Jagger, en passionné et vieux routard du rock, ont une pile de doss' sur ces gens-là, mais on en a strictement rien à branler de savoir comment un producteur cherche à baiser leurs groupes, ni de connaître les embrouilles entre eux et les managers, et encore moins les deals avec les patrons de radio ; et s'en fout de voir Robert Plant en train de négocier ses royalties, tout comme on n'en a rien à carrer des méthodes pour faire signer de nouveaux artistes. A la place, pas mal d'introspection sur leur parcours et les motivations qui les ont poussées jusque-là auraient été bien plus intéressantes à suivre, savoir comment des individus lambda en viennent à monter sur scène, quelle rage, quelle détresse, quelle envie les y pousse, observer leur ascension, etc.

Préférez donc des pépites comme The Wall, Spinal Tap, School of rock ou encore Control, l'âme et la magie du rock y sont préservées, et pas seulement réduites à un simple bilan comptable ou à un concours de celui qui pisse le plus loin.

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