Dans ta gueule, J.J. Abrams !

Avis sur Watchmen

Avatar Isaac Washington
Critique publiée par le

Cette critique fait suite à une passionnante discussion avec un pote où je vais soutenir son point de vue et angle et de critique. Il se reconnaîtra sans doute, mais je ne vais pas "m'approprier son point de vue" juste essayer humblement de l'étayer, mais surtout, le partager.

Parlons donc de la série, je commence le visionnage et hop hop hop ! Wait, Pause, Rewind ! Je me replonge dans le Comic Dave Gibbons et Alan Moore pendant quelques jours (troisième fois, mais toujours aussi plaisante) j'allume également l'écran pour voir enfin l'Ultimate Cut de la version de Z. Snyder (agrémentée du Comic Les Contes du vaisseau noir) pour être sur de m'imprégner des deux visions et des fins différentes. Bref, je ne vais pas non plus épiloguer sur ces deux œuvres tant bien que je les aient appréciées et à tel point elles font parties de références dans leurs genres respectifs.

Parlons donc vraiment de la série maintenant, et évidement l'évocation que Damon Lindelof met la main sur l'énorme licence qu'est Watchmen et ce qu'elle représente dans la Pop-Culture. C'est à la fois intriguant que l'auteur de Lost & The Leftovers peut faire de ce terreau si riche mais à la fois terrifiant (oui oui) où dans un univers aussi philosophique et énigmatique que celui des Guardiens, Damon risque d'arriver avec ses sabots bien connus pour nous poser plus de questions qu'il n'apporte réellement de réponses (pour ceux qui n'ont jamais vu d’œuvres de lui)

Calvary's back.

Le pilote se lance, et la magie HBO s'opère dans un premier temps. La réalisation hyper acérée de Nicole Kassell (de la très belle série Vinyl) accouplé à la production de qualité donne un air très classieux à l'image. Nous sommes en 2019, c'est à dire 35 ans après les événements du Watchmen original. Dans cette uchronie des USA et de son histoire (qui à repris la fin du Comic et non celle de l'adaptation cinématographique) on suit l'enquête d'Angela Abar/Sister Night (Regina King) du meurtre de son patron, chef de la police de Tulsa. En effet, dans ce futur alternatif où les armes a feu son prohibées, la police est prise pour cible et utilise les masques pour protéger leurs identités. Le symbole du masque de Rorshach est recyclée par la descendance des groupuscules du Ku-Kux-Klan. Difficile de vous en donner plus sans vous spoiler, mais c'est sur ce fond racial que Damon Lidelof va développer son propos balayant à travers certains Flash-Backs, quasiment un siècle d'histoire et du traitement de la population noire aux Etats-Unis.

People Who Wear Masks Are Driven By Trauma.

En plus d’insuffler un vrai propos cohérent en phase avec le Lore des deux œuvres précédentes, c'est politiquement bien vu et très engagé. Utilisant et revisitant l'histoire d'un Minutemen "Hooded Justice" qui a droit à son épisode "centric" absolument magistral : mêlant le noir & blanc à la couleur, axes de temporalité illustré par des portes comme fil conducteur de l'épisode... Cet épisode, comme tout le reste de la série fourmille d'idées ingénieuses, des fois détournées pour un propos, ou tout simplement pour faire avancer le puzzle que Damon Lidelof construit sous nos yeux.

Cette épisode "centric" n'est pas le seul. Que dire sur celui de Dr. Manhattan (qui mériterait à lui seul une critique complète) Attaché à l'exercice depuis the Leftovers, Lidelof nous livre ici par gouttelettes son intrigue a travers les différents personnages qu'il visite tout en prolongeant l'Univers des Guardiens de manière pertinente et tout à fait crédible. Il respecte tout autant l'oeuvre d'Alan Moore que celle de Snyder, lui donne de la résonance en recyclant la vielle garde. Que dire d'Ozymandias/Adrian Veidt interprété par un loufoque et brillant Jeremy Irons, prenant au passage, un bon quart de la série en quasi "one man show".
Laurie Blake/Silk Spectre en agent du FBI traqueuse de masques (!!) illustrant à merveille comment ce monde à évolué depuis 35 ans et que les points de vue peuvent/ont changés. On sent à quel point ce "Lore" a vécu, accuse le poids de l'âge, dans le bon sens du terme -que Manhattan s'amuse toujours a faire des châteaux de sable sur Mars- que d'autres évoquent toujours ce trauma qu'a pu être l'attaque de NY pour déjouer l'holocauste nucléaire à travers l'épisode de Looking Glass (toujours l'excellent Tim Blake Nelson) Tout se ressent, tout semble vivant, presque organique et musical. Comme dans l'oeuvre de Snyder, les choix musicaux sont judicieux. En plus de la sublime OST de Trent Reznor & Atticus Ross (Millenium) la Soundtrack n'est pas en reste. Avec une farandole de prêt de 200 ans de musique partant de Mozart, Claude Debussy ou Georges Bizet en passant par les plus récents Tony K, DEVO, Sinatra, Beastie Boys, tout y passe avec même un épisode tournant autour de plusieurs versions de Careless Whisper de George Michael, fascinant.

Le nouveau Roster de Watchmen qu'est principalement Sister Night & Looking Glass, sorte de réincarnation de Rorshach dans sa philosophie/obsession de justice sont très convainquants tout deux dans leur approches. Étant intiment liés aux éventements tragiques du premier opus (La guerre du Vietnam pour Sister Night et l'attaque de NY pour Looking Glass) mais aussi à cette période floue qui séparent les éventements de 1984 à 2019. Encore une fois, tout s’emboîte, tout s'imbrique et tout s'imbriquera encore plus au fil des épisodes.

Legacy Isn't In Land, It's In Blood.

C'est bien le tour de Force (haha !) que Damon Lidelof réalise à travers ce Watchmen. Il prolonge cet univers existant avec Maestria, tout en le respectant avec ce style politisé, presque subversif. Mais aussi à travers les anciennes gloires de 84 passant ainsi le sabre... heu... le flambeau aux Padawans que sont les nouveaux Guardiens. Prolongeant certains thèmes, en exploitant de nouveaux, ET en s'appropriant la licence en y laissant son empreinte par sa (dé)construction narrative si particulière. Cette Force philosophique, presque mystique pour honorer l'immensité qu'est cette fable commencée en 1984. Damon Lindelof n'est pas qu'une personne bourrée de Midi-chlorien. C'est avant tout cette maîtrise de traiter une licence avec bienveillance et sagesse, maintenir cet equilibre entre ses envies et le matériau original. Admettre avec humilité, de ne pas rempiler pour une une deuxième saison par manque d'idées... résister et ne pas être séduit par le coté obscur.

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