L'imposture Westworld

Avis sur Westworld

Avatar Quentin Pilette
Critique publiée par le

La diffusion de la deuxième saison de Westworld vient de s’achever il y a quelques semaines et je dois avouer que ce visionnage s’est révélé pour moi une expérience éreintante que je vais tenter d’expliquer dans cette critique.

Attention spoilers

En dépit d’une critique quasi unanime sur les qualités de la première saison de la série, le ressenti que j’ai eu à la fin des 10 premiers épisodes était plus nuancé par la présence de défauts flagrants qui, s’ils n’étaient pas rédhibitoires au début, le sont devenus dans cette deuxième saison.

Tout d'abord, il faut signaler que la deuxième saison se révèle ennuyeuse. Celle-ci fait en effet le choix de montrer une fusillade environ toutes les 10 minutes, ce qui devient lassant à la longue, dans une vaine tentative semble-t-il de battre le record de morts à l'écran détenus par la trilogie du Seigneur des Anneaux. Et faut-il également signaler qu'avec cette surabondance d'altercations, les coups de feu échangés se font sans la moindre tension. Impossible d'avoir le moindre investissement quand les effectifs de sécurité sont à ce point incompétents et servent de chair à canon pour les hôtes.

Ensuite, l'histoire de la saison 2 part dans tous les sens de façon désordonnée. On est servi par des sous-intrigues qui ne mène nulle part, notamment le passage dans l'ère Edo au Japon, qui n'a pas la moindre répercussion sur l'histoire dans son ensemble. Les motivations de bon nombre des personnages ne sont pas explicitées, ni cohérentes, et certains d'entre eux ont des intentions et font des choix qui sont inconsistants dans leur écriture : les 2 techniciens qui continuent de suivre Maeve, ou encore le scénariste à qui on offre une épiphanie de dernière minute qui n'est pas en ligne avec le cheminement de son arc narratif, ou encore le fait que Dolores ait été celle qui a "créé" Bernard, annihilant ainsi son arc narratif de la première saison.

Un autre élément particulièrement frustrant repose sur le surdécoupage de l'histoire, multipliant et superposant des chronologies différentes et pas moins de 5 intrigues (L'homme en noir et sa fille, Maeve/le scénariste/les techniciens, Bernard, Dolores, L'homme en noir jeune et son beau père, etc.).

Westworld est également une série qui se croit plus intelligente qu'elle ne l'est. En effet, elle prétend aborder des thématiques philosophiques telle que la morale, la condition humaine et le sens de la vie, ou encore des sujets liés à la technologique comme l'intelligence artificielle et l'éthique qui s'y rattache, mais n'en propose jamais plus qu'une analyse très superficielle dans un but cosmétique. D'aucuns peuvent s'ébahir devant la prétendue sophistication de façade mais il n'y a pas à s'extasier. Cet état de fait n'est bien sûr pas arrangé par des dialogues d'une prétention inouïe : on citera en exemple le langage ampoulé de Dolores et ce dès le premier épisode de la deuxième saison, qui semble investie d'une mission christique dont les tenants demeurent flous de bout en bout y compris une fois la saison terminée.

Finalement, Westworld saison 2 est un spectacle dans lequel je n'arrive pas à m'investir émotionnellement : qu'il s'agisse de ses intrigues multiples et impossibles à retenir, incohérentes et surdécoupées, ou encore des prétendues interrogations philosophiques qui sont essentiellement de la poudre aux yeux pour cacher la vacuité du discours, elle démontre surtout les limites de la narration telle qu'elle a pu être développée par Jonathan Nolan, co-scénariste de la série avec Lisa Joy, et qu'on peut mettre en perspective avec certains scénarii et dialogues qu'il a pu co-écrire avec son frère Christopher.

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