Bona, sniper d'élite et maman à plein temps

Adapté du webcomic du même nom dont il reprend les bases essentielles, A Bona Fide Killer raconte l’histoire d’une sniper d’élite un peu particulière. Le concept peut paraître simple, mais il va rapidement trouver ici sa propre originalité et son identité. Ces dernières années, les K-dramas ont multiplié les histoires de justice parallèle : Taxi Driver, Vigilante, A Killing Vote ou encore The Devil Judge ont chacun imaginé leur propre manière de contourner, détourner ou remplacer la justice officielle. A Bona Fide Killer s’inscrit en apparence dans cette même veine, mais avec une approche sensiblement différente. Ici, le système judiciaire est tout simplement absent, remplacé par une justice parallèle aussi expéditive qu’efficace. Pour résumer, la Team Bona, c’est un peu comme si James Bond avait fusionné avec Harry Tasker de True Lies, Ethan Hunt de Mission: Impossible et l’A-Team (L’Agence tous risques) pour l’ambiance, le décorum et l’atmosphère. Et c’est justement là que se trouve la force du drama. Pas dans un scénario particulièrement complexe, mais dans tout ce qui l’entoure : la richesse des personnages, leurs relations et surtout les situations dans lesquelles ils se retrouvent. Beaucoup de séries se cassent la gueule en multipliant les genres pour tenter de masquer un récit bancal et pauvre. C’est tout le contraire avec Bona : ici, le mélange fonctionne parce que le mets proposé est suffisamment bon pour que le divertissement proposé soit à la hauteur.


Yoo Bo-Na(Kong Hyo-Jin) est une tueuse spécialisée dans le snipe à très longue distance. Elle travaille depuis des années pour une organisation secrète dont les bases et le financement restent mystérieux. Son but : éliminer les raclures relâchées trop tôt par un système judiciaire trop conciliant, ou bien celles qui sont passées entre les mailles du filet. Pour sa précision et son efficacité dans le métier, on lui a donné le surnom de " Martin-pêcheur " (Kingfisher). Après un break de quatre ans, durant lequel elle a pris du temps pour s’occuper de sa petite fille Yul, elle réintègre son poste, s'étant toujours entraînée pour ne rien perdre en efficacité. Son mari, Kwon Tae-Seong(Jung Joon-Won), un journaliste intègre et perspicace, ne connaît rien de la véritable activité de sa femme et croit qu’elle travaille pour l’équipe commerciale de Durumi Electronics, la société fictive qui sert de couverture à l’organisation. Mais le retour de " Martin-pêcheur " sur le devant de la scène après des années d’absence va non seulement relancer l’intérêt de Tae-Seong pour démasquer cette tueuse, mais aussi celui de son ami d’enfance Lee Dong-Jin(Lee Sang-Yi), un enquêteur de la criminelle qui cherche à connaître son identité depuis très longtemps. Bona devra jongler entre son activité de tueuse, son rôle de maman et affronter les ombres de son passé qui menacent sa famille.


Ce qui retient d'abord l'attention de la série, c'est sa densité, avec un mélange des genres qui, normalement, peut vite devenir bordélique : comédie, vie familiale, romance, action, polar, thriller, etc. C'est assez rare pour être souligné. Mais le réalisateur, qui s'appuie sur la base narrative du webtoon, fait du super boulot avec une mise en scène efficace et des transitions de qualité. Si on accepte donc dès le départ la logique d'une BD en live action, alors Bona va se boire comme du petit lait. Il y a non seulement un rythme spécifique, qui s'adapte à chaque situation proposée, mais aussi une grande fluidité dans l'ensemble. Certaines situations peuvent paraître ubuesques, mais on n'est pas ici pour rechercher forcément du réalisme... Et pourtant, le véritable moteur de l'histoire, c'est avant tout les personnages, notamment ceux de la Sales Team 3 : ils sont tous attachants et possèdent vraiment une personnalité, un charisme et des compétences qui font d'eux des tueurs uniques. Amis de la déconne, mais aussi de l'efficacité, bienvenue ! Pris séparément, certains personnages pourraient sembler être de simples archétypes. Mais lorsqu'ils sont réunis, leur dynamique fonctionne. Ils deviennent progressivement une sorte de famille professionnelle complètement improbable. C'est là qu'on retrouve un peu l'esprit de Taxi Driver : ce ne sont pas seulement des collègues qui exécutent des missions, mais des gens qui développent une véritable solidarité.


Bona n'est pas traitée comme une simple héroïne badass ; c'est une femme multiple, avec ses qualités et ses défauts, qui doit concilier son métier spécial, mais aussi sa vie ordinaire d'épouse et de mère. Elle peut passer d'une mission extrêmement dangereuse à une scène familiale presque banale. C'est précisément ce contraste qui fonctionne. Et surtout, son métier n'efface jamais complètement sa personnalité. Elle possède un code moral, avec une distinction claire entre ses cibles et les innocents. Cela permet au spectateur de comprendre son fonctionnement sans forcément avoir besoin d'approuver son métier. Le couple Bona/Tae-Seong est une très bonne idée parce que le drama évite le schéma romantique classique. Son mari est un homme moderne et altruiste, élevé par un clan matriarcal hétéroclite et haut en couleurs. Et c'est là que le drama touche quelque chose d'assez intéressant : une personne peut-elle cacher une partie immense de sa vie sans pour autant avoir été fausse dans sa relation ? Le scénario traite donc davantage de confiance, de sincérité et de famille que de simple romance. Il s'enrichit à chaque nouvel épisode de flashbacks bien intégrés, qui affinent le background des principaux personnages et les relations qui se sont construites avec le temps. L'organisation secrète dans laquelle bosse Bona est une super idée, mais elle n'apporte pas les réponses auxquelles on est en droit de s'attendre : qui ? quoi ? comment ? Le drama donne suffisamment d'éléments pour que ces questions deviennent importantes, mais pas suffisamment pour y répondre complètement.


De même, à la fin, l'apparition de l'alter ego de Bona est trop brutale, mise là juste parce que le scénario en a besoin à ce moment précis où le danger doit peser sur ses épaules. Il y a quelques petites imperfections, mais dans l'ensemble, c'est vraiment très plaisant à suivre, parce qu'entre le casting, les situations, les punchlines, les dialogues et le ton, tout est maitrisé. Comme aurait dit Hannibal Smith : " J'adore qu'un plan se déroule sans accroc ". Le rythme est bon et l'intensité va crescendo, on ne s'ennuie jamais : plus les enjeux augmentent, plus on a envie de connaître la suite. Alors que certaines séries commencent à s'essouffler dans leur dernier tiers, celle-ci donne au contraire l'impression de trouver son meilleur rythme à l'approche de la conclusion. Malgré ses incohérences et ses zones d'ombre, le drama réussit quelque chose d'assez difficile : il nous fait aimer son univers avant même de nous l'avoir complètement expliqué. Moi qui suis très difficile, j'ai non seulement tout accepté, mais j'ai rapidement adhéré à cette histoire, encore très humaine et sentimentale. On accepte les règles du jeu, les personnages parfois très manga, les situations improbables, parce que l'ensemble possède une vraie personnalité. Et surtout parce que la team fonctionne. On a envie de revoir ces personnages, de participer à leurs interactions, leurs petites histoires, leurs disputes, leurs moments familiaux et leurs missions.


Au final, ce drama est une bonne surprise : l'ambiance est géniale et on est emporté dès le début. Et avec la petite Yul, trop choupinette, tu ne peux pas rester impassible. A Bona Fide Killer n'est pas un récit où tu viens pour te poser des questions, c'est avant tout du spectacle et du bon divertissement. Derrière son concept improbable de mère de famille menant une double vie de tueuse professionnelle, la série parvient à construire un univers attachant, porté par une excellente dynamique d'équipe et des personnages que l'on prend rapidement plaisir à suivre. Son plus grand atout reste sans doute son mélange des genres, passant avec une étonnante fluidité de la comédie familiale au polar, de l'action à la romance, sans jamais donner l'impression de se disperser. Tout n'est cependant pas parfaitement maîtrisé. Le world-building aurait mérité d'être davantage développé, notamment autour de Durumi Electronics ou de "Mama". Certains éléments de la dernière partie arrivent également un peu tardivement et servent parfois trop visiblement les besoins du scénario. Mais ces réserves ne suffisent pas à entamer le plaisir de visionnage. Portée par son atmosphère, des comédiens efficaces et chaleureux, ainsi que par une bande musicale entrainante, la série réussit avant tout à divertir, et l'essentiel est là, non ? Un drama original, éclectique, généreux et particulièrement agréable à suivre dont il serait regrettable de se priver. Son succès en Corée est totalement mérité.


Main Theme : Lee Hi - Paper Flower

Additionnel OST : Moon Sujin - 24

A Bona Fide Killer

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