Voir la série

J'ai pris beaucoup de plaisir à regarder cette belle mini série sur une certaine plateforme où l'on a vraiment beaucoup de mal à dénicher de très bons films et de très bonnes séries...

Une mini série en six épisodes qui nous plonge d'emblée dans l'enfer glauque de la naissance d'une "Amérique moderne", encore à l'état embryonnaire, d'une Amérique aux grands espaces sublimes au milieu desquels les hommes pataugent littéralement dans la boue, dans la débauche, dans la violence et dans la mort, sous le diktat du sacro saint "dollar", ce monstre tant convoité par les hommes, sans lequel personne ne serait venu se morfondre ici, au fin fond d'une nature si sauvage, si désertique et tellement hostile.

J'aime ces films qui affirment leur identité, leur singularité, qui expriment leur parti pris esthétique et narratif, comme c'est le cas de cette série avec une image résolument sombre et désaturée, une lumière brutale et froide, des cadrages larges et serrés, qui prolongent cet enfer de l'humanité dans lequel on est plongé avec une brutalité assez déroutante.

Pour sûr, on est là entre le magnifique "Dead Man" de Jim Jarmush, le "The Revenant" de Inarritu et le "A History of Violence" de David Cronenberg. Martin Sorcese lui-même n'est pas bien loin avec cette ambiance très pesante et oppressante qui n'est pas sans nous rappeler le sublime "Killers of the Flower Moon" que j'ai tant apprécier.

Certes, le scénario aurait pu être un peu plus subtil, moins systématique, moins prévisible, mais la mise en scène est remarquable, les acteurs vraiment brillants, comme quoi point n'est besoin de stars pour faire de très bons films !

Reste la fin qui m'a quand même un peu déçu par son dénouement un peu téléphoné, prévisible, même si on échappe, ouf !, à cet insupportable "happy end" très hollywoodien qui se répand à longueur de films américains. Là, que nenni, Peter Berg va jusqu'au bout de sa descente aux enfers en sacrifiant son héros et après avoir fait succomber dans une violence débridée les trois quart de la distribution du film !

Ne reste plus alors que l'héroïne et les deux enfants qui l'accompagnent comme seul espoir de voir se lever enfin l'aurore d'une Amérique moins dominée par les hommes et leur tendance à faire la guerre (comme ce magnifique chef indien "Plume Rouge" qui se fait sermonner par sa mère d'adoption), une aurore qui se lève à l'ouest, là-bas, en Californie, là où les cieux sont plus cléments et les hommes, peut-être, moins violents !

La femme est ici l'avenir de l'homme, comme chez Aragon, et l'avenir est dans la jeunesse et la mixité comme le symbolise ces deux enfants qui l'accompagnent, l'un de type européen, l'autre indienne, l'un atteint de polio, l'autre muette... Cabossés certes, mais résolument portés vers une humanité moins portée par la brutalité, la violence et la cupidité...

fred-bayle
7
Écrit par

Créée

le 29 juil. 2025

Critique lue 9 fois

fred-bayle

Écrit par

Critique lue 9 fois

D'autres avis sur À l'aube de l'Amérique

À l'aube de l'Amérique
EricDebarnot
7

Primitif américain…

Peu de gens en France connaissent la « Guerre de l’Utah », confrontation armée entre le gouvernement fédéral des Etats-Unis naissants et les colons mormons qui avaient tenté de créer, sous la...

le 8 févr. 2025

16 j'aime

3

À l'aube de l'Amérique
Michael-Pea
8

Sans compromis

On est tres loin des westerns en technicolor de John Wayne ! Affreux sales et mechants selon l'expression usuelle et cela convient parfaitement à cette série brute et sauvage. On est certainement...

le 10 janv. 2025

12 j'aime

À l'aube de l'Amérique
Davyd65
7

Sauvage et violent, le far west!

Il fut un temps, ce genre de mini-série se serait étendue sur 12 voir 20 épisodes qui auraient trainé en longueur. Excellent choix de la faire tenir en six. On ne s'ennuie jamais car tout va très...

le 11 janv. 2025

8 j'aime

3

Du même critique

Un amour impossible
fred-bayle
8

Digne des grands Chabrol

Tiré du livre autobiographique de Christine Angot, ce film de Catherine Corsini est sans doute le plus beau film français que j'ai vu ces 10 dernières années. Pas moins. Derrière une histoire d'amour...

le 17 nov. 2018

11 j'aime

Querer
fred-bayle
9

De la révolte contre la domination

Quelle belle série ! Une mini série en quatre episodes vraiment remarquable qui ausculte avec beaucoup d'intelligence, de justesse et de sobriété les mécanismes sous-jacents de la domination...

le 10 juin 2025

5 j'aime

Il reste encore demain
fred-bayle
5

N'est pas Ettore Scola qui veut !

"C'è ancora domani", le "film phénomène italien aux 5 millions d'entrées", le bon vieux slogan marketing qui s'appuie sur la psychologie des masses pour attirer le public dans les salles obscures,...

le 16 mars 2024

5 j'aime