A Thousand of Goodnights était bien partie pour me plaire. Un voyage vers les autres dans les paysages taïwanais. Un voyage vers soi à travers les autres. Et surtout des paysages qui ne sont pas de simples décors mais qui interagissent, en écho, avec ce que traversent les personnages. La gare, le train et les lignes ferroviaires, bien sûr, mais aussi les arbres, les montagnes, les falaises… et le brouillard.


Le brouillard justement. Celui qui enveloppe les paysages mais aussi, progressivement, la narration. Car à partir des épisodes 10 ou 11, j'ai commencé à m'enfoncer dans le gris d'un récit dont les différents fils venaient sans cesse égarer le fil rouge que je parvenais de moins en moins à distinguer. Je vous ai perdus ? C'est fait exprès !


Dire pour autant que je n'ai pas aimé A Thousand of Goodnights serait faux. C'est beaucoup plus compliqué que cela.

J'ai même été très vite emportée par Tian Qing et Cheng Nuo et par la manière dont leur rapprochement se construit à travers leur histoire commune. Il y a beaucoup de douceur et de pudeur dans cette relation. Trop même. Cheng Nuo finit par lui déclarer ses sentiments vers le milieu de la série, pour recevoir en retour une demande de temps. Pourquoi pas. Mais après avoir consacré autant d'épisodes à construire leur rapprochement, j'attendais que ce temps mène quelque part. Même pas forcément vers une grande déclaration ou un baiser de drama parfaitement calibré, simplement vers l'impression que leur relation avait réellement franchi une étape. Je suis restée sur ma faim. Même la romance finit par se perdre dans le brouillard.


Et dans ses premiers épisodes, la série prend son temps sans que cette lenteur me dérange vraiment : elle accompagne le voyage, les rencontres et le deuil de Tian Qing. Elle nous invite à regarder plutôt qu'à simplement attendre ce qui va se passer.


Car, au fil de son voyage, A Thousand of Goodnights nous interroge aussi sur la valeur que nous donnons aux choses. À notre travail, à l'argent, à la réussite, à nos liens avec les autres, mais aussi à la terre sur laquelle nous vivons. C'est dans cette réflexion que viennent s'inscrire les sublimes images aériennes de Chi Po-lin.


Arrêtons-nous un peu sur cet homme au parcours peu commun. Il travaillait au ministère des Transports et photographiait notamment les grands travaux depuis les airs. Pendant environ vingt-cinq ans, il a accumulé des centaines de milliers de photographies aériennes de Taïwan. C'est après avoir constaté les ravages du typhon Morakot en 2009 qu'il fait un choix radical : quitter son emploi pour se consacrer au documentaire environnemental. Il meurt en 2017 dans un accident d'hélicoptère alors qu'il préparait un second documentaire.


La série, tournée après sa disparition, lui rend donc hommage en utilisant ses images. Et il est difficile de ne pas retrouver quelque chose de son regard dans Dai Jia-he, ce chef de gare qui, au moment de prendre sa retraite, décide de parcourir Taïwan avec son appareil photo pour en conserver la beauté et la mémoire.


Chi Po-lin regarde Taïwan depuis le ciel ; Dai Jia-he la parcourt depuis le sol.

Prendre le train, descendre dans une petite gare, marcher, rencontrer ceux qui y vivent. 

Les paysages ne sont pas là par hasard et accompagnent les personnages dans ce qu'ils traversent. Le train, les arbres, le restaurant japonais qui rappelle l'histoire douloureuse de Taïwan, les falaises, les rivières…


C'est peut-être finalement là que réside le paradoxe de A Thousand of Goodnights.

Car si le voyage géographique reste magnifique, mon voyage dans l'histoire est devenu beaucoup plus laborieux.

À partir de l'épisode 11, les fils narratifs se multiplient, certains prennent une place dont je ne comprenais plus vraiment l'intérêt et le récit semble perdre progressivement la direction qu'il avait si joliment dessinée au départ. La lenteur, qui jusque-là accompagnait naturellement le voyage, finit par devenir de l'ennui. Je continuais à regarder, mais en me demandant de plus en plus souvent : où veut-on m'emmener ?


Et pourtant, au milieu de ce brouillard narratif, quelque chose ne disparaît jamais : Taïwan.

C'est même lorsque la série revient simplement à son île, à ses habitants et surtout à ses paysages qu'elle retrouve à mes yeux toute sa force. Les dernières images, notamment, comptent parmi celles qui m'ont le plus intéressée. Comme si, après avoir emprunté beaucoup trop de chemins de traverse, A Thousand of Goodnights retrouvait enfin celui qu'elle n'aurait peut-être jamais dû quitter. Celui tracé par le regard de Chi Po-lin.


Finalement, les personnages se seront parfois perdus, le scénario m'aura souvent égarée et j'aurai moi-même fini par ne plus très bien distinguer le chemin dans le brouillard.

Mais Taïwan, elle, n'a jamais disparu. Un 6, de justesse.


AliceJeanne
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Créée

le 22 août 2026

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