On a tellement glosé sur le format de cette mini-série, avec ces quatre plans-séquences d’environ une heure, que l’on en oublie tout le reste. Alors, parlons de cette forme histoire d’évacuer ce morceau d’iceberg : oui, c’est un tour de force, surtout dans le premier épisode qui décrypte tout l’engrenage d’une entrée fracassante chez des particuliers au petit matin jusqu’à l’audition du mis en cause. On entre avec les flics, on les suit jusqu’au commissariat, et on navigue dans les couloirs de celui-ci de manière logique (on suit la procédure policière par ce biais). Le deuxième épisode, entièrement, ou presque, dans l’enceinte de l’école, nous fait naviguer d’une salle à une autre, mais a les prémisses du piège que les auteurs se sont tendus en choisissant ce mode si singulier, à savoir que l’on a parfois l’impression de remplissage. Le troisième est le plus abouti alors que paradoxalement il semble être celui où ce principe paraît le plus simple (on est en grande partie dans un face-à-face). Et le dernier traîne parfois trop en longueur et marque la limite du système. Mais c’est vraiment pour aller gratter un défaut, car on est dans un niveau d’exigence extrême.
Et cet étalage technique fait que l’on ne parle pas des points centraux qui sont exceptionnels dans cette mini-série. On a une analyse brillante de l’explosion de la cellule familiale sous couvert d’une affaire policière (et cet aspect n’est déjà plus valable à la fin du premier épisode, car d’enquête il n’est quasiment plus question). On frémit avec ces parents qui s’aperçoivent petit à petit (dans l’épisode un et dans le dernier) qu’ils avaient sous leurs yeux des indices laissant supposer qu’un drame allait se produire mais qu’ils les ont négligés. Car cette série parle des inconnus que sont nos gamins une fois leur porte de chambre fermée.
Le constat de la société qui nous est livré est effrayant, car le harcèlement semble y être la norme, les menaces et les insultes le mode de dialogue, le repli sur soi en étant le symptôme plus que la conséquence.
L’épisode 3, qui consiste en un dialogue entre la psy et le gamin est le plus effrayant, car il pointe du doigt la masculinité toxique qui ne semble pas être un mal aux yeux de ce dernier. Son système de réflexion est hérité de ce (ceux) qu’il côtoie. Et le père pose la question que l’on s’est tous posés au moins une fois dès lors que l’on a plusieurs gosses : pourquoi sont-ils si différents alors qu’on les a éduqués de manière semblable ?
Ceci ne pouvait tenir que si les acteurs étaient bons. Et ici ils sont exceptionnels. Du père malheureux à la mère qui fait tout pour que son couple survive, du flic si pro au boulot mais si perdu dans sa famille à la psy qui fait tout pour ne pas paraître en perdition face au gamin, tous, sont passés à la moulinette des agissements de ce gamin si fragile et en même temps si effrayant, qui est joué avec une justesse extraordinaire.