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Altered Carbon
6.6
Altered Carbon

Série Netflix (2018)

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Fiction sans science n'est que ruine de l'âne

Vous qui lisez cette critique, sachez que je n'ai pas lu les livres. Bonne lecture, et bon courage !



Netflix, sa vie, ses œuvres...



Netflix semble avoir retenu les leçons de House Of Cards, sa première série originale, qui était trop mure, trop complexe, trop bien fichue pour pouvoir abreuver le monstre Netflix de son quota mensuel d'abonnements. Pour plaire à tout le monde, il faut être hautement insipide, mais pour plaire tout court il ne faut point l'être. Dilemme.


Netflix a fait le choix de ne pas faire de choix. Les choix vous engagent, vous obligent à prendre une direction pour en délaisser d'autres,ce sont des boulets lourds à trainer qui vous coupent très certainement d'une bonne partie de votre audience potentielle. Dès lors, il est était évident pour Netflix qu'il fallait produire du contenu insipide, mais pas trop. Difficile.


Avant, les networks écumaient les scénarios et les pilotes à la recherche d'une pépite correspondant à leurs critères ; c'était une façon très archaïque de fabriquer de l'art, on avançait par expérimentation, la méthode était empirique.
Dans cette lourde tâche, Netflix a certainement été aidé par ses algorithmes d'analyse des intérêts. C'est là son gagne-pain : observer ce que les gens regardent et à quelles heures, les temps de pause, les reprises, l'enchainement des épisodes, les genres, et finir par mettre en relation toutes ces données avec les tendances des réseaux sociaux. Retenir ce qui fonctionne, jeter le reste. Et on répète le procédé.


Leur modèle économique repose là-dessus, désormais. Quelques années après avoir diffusé des séries produites par d'autres, lorsque Netflix avait accumulé suffisamment de données, ils se mettaient à produire leur propres contenus, forts de milliards de metrics sur vous, moi... surtout vous. La logique est imparable, lorsque vous palpez le beurre et l'argent du beurre, le cul de la crémière est tout de suite plus facile d'accessibilité.


Tout cela s'en ressent dans leurs séries. Elles semblent suivre une recette universelle, qui, appliquée à tous les thèmes et à tous les sujets, permet de ratisser ultra-large parmi des populations désormais aguerries aux rudiments de la série et du binge-watching. On y reconnait tout de suite certains codes :
• l'opening du drama, très abstrait, musique lourde, sombre
• l'exposition de l'épisode sous forme d'ellipse, de souvenir, de métaphore
• la petite musique de fin totalement décalée, cachant un double sens, voire un triple, c'est certain
• le cliffhanger quasi-systématique, à chaque épisode
• des épisodes formidablement identiques de par leur rythme
• une volonté farouche d'aborder des thèmes subversifs tels que la gentillesse, la bonté, ou bien encore la gentillesse


J'arrête là la liste, mon analyse est frêle car elle naît à peine. Pour faire court, je dirais que Netflix ne prend pas trop de risque en empruntant à ceux qui en ont pris (je pense notamment à HBO), et malgré tout leurs productions n'arrivent pas à la cheville des modèles.


Bref. Bienvenue dans l'ère Netflix, une ère où les intelligences artificielles écrivent les scénarios et asservissent des équipes de producteurs afin de faire déferler sur le monde un flot continue de contenus moyens... Un monde où on en viendrait presque à regretter la CW. #Fear #RiseOfTheMachines



Rebelote et dix de der. Tapis.



Prometteuse... C'est ainsi que je définirais cette série. Lisez le synopsis... Il y a beaucoup à faire : essence de l'âme, humanité multi-planétaire, caste de riches échappant à la mort, déchéance pour le reste de l'humanité, intelligences artificielles. Il y a tellement à dire. La Science-Fiction avait tellement à nous offrir à travers cette série...


Il faut bien avouer que Netflix y a mis les moyens. Les effets visuels sont là, peut-être trop, mais ils sont au rendez-vous et ils donnent à l'univers d'Altered Carbon un peu de vraisemblance. Mais tous ces efforts ne servent pas le propos, seulement la forme. Comme pour essayer de donner corps à une mythologie très lointaine, les créateurs de la série l'ont banalisée. Manque de bol, cette trivialité ne nous plonge pas dans ce quotidien du futur, et au lieu de ça on a un peu l'impression de le regarder à travers une vitrine fumeuse, fugacement. Si bien que ça en devient... banal. Chaque prouesse technique, chaque problématique scientifico-éthique, chaque problématique humano-futuriste abordée par la série n'est qu'effleurée, trop rapidement. Pouf ! Vite vue, vite partie !


C'est là que ça fait mal. Tant de moyens pour ne rester qu'en surface, ou pour ne pas plonger bien loin dans le sujet... Ça fait mal. Mais, ça ne m'étonne pas. Because Netflix. Trêve de réflexions, posez votre cerveau, y'aura du gros muscle, du gros sein, du gros flingue, et d'la baston. Because Netflix. Il est bien sûr plus important de mener à bien une enquête inintéressante que de profiter du canevas offert par l'univers de la série pour faire ce que la science-fiction sait faire de mieux : triturer un sujet dans tous les sens pour en extraire une bonne vieille satyre de notre société.


Quel gâchis.



Altered Cabrón



Quant au reste, on est pas mieux loti. Takeshi Kovacs, terroriste dont on ne sait rien, est tué et sa pile est conservée. Pourquoi ? Parce que. Puis, 250 ans plus tard, le gaillard se réveille dans un nouveau corps, tout va bien, ça ne l'émeut pas. Bon, pour relativiser, quelques indices dans la saison nous expliqueront pourquoi le mec est ultra-blasé. Je continue... Le gars se réveille 250 ans plus tard parce qu'il a été acheté par Bancroft, un riche « Math » (le 1% du futur), afin d'enquêter sur sa mort (celle du Math). Voilà le point de départ. Pourquoi pas... On peut s'imaginer qu'on aura droit à un polar futuriste sombre... Pourquoi pas.


Eh beh non. On sent bien que l'intention est là, mais l'équipe derrière la série peine terriblement à concrétiser. Façon polar, Takeshi Kovacs se lancera dans quelques diatribes narratives absconses au cours desquelles il refait le monde, philosophe, et cætera. Façon polar, Takeshi Kovacs est blasé, usé, il ne croit plus en rien... mais le scénario tentera tout de même de justifier, très maladroitement, ses amitiés rapides et improbables avec les quelques personnages secondaires qui le soutiendront dans son enquête. Façon polar, le monde est sale, ignoble, cruel, déglingué, foutu, moribond... rien de nouveau.


Cela dit, la série manque de profondeur et de sagesse pour atteindre son objectif. Au lieu d'un polar, j'ai plus eu l'impression de voir une science-fiction satyrique bas de gamme, le cul entre trois chaises : la SF, le polar, et l'action pure pour intéresser les minots. Ça, on en manquera pas, car ça dézingue à tour de bras.


En outre, l'enquête que mène Takeshi Kovacs est totalement inintéressante. Personne n'en a rien à secouer de la mort de l'homme le plus riche du monde, qui ne peut en fait pas mourir et qui a l'air d'être un parfait connard. Surtout qu'on nous dit clairement, et ce dès le départ : c'est impossible qu'il ai pu être tué. Partant de ce principe, on peut s'imaginer des millions de raisons et de façons de tuer Bancroft, mais comme le scénario ne tient pas la route et que la quasi-totalité des personnages sont antipathiques, on ne se souciera à aucun instant ni de l'avancement, ni de l'issue de l'enquête.



« Super ! On la garde ! »



Alors, si l'enjeu ne se situe pas au niveau du récit et de la trame scénaristique, peut-on s'attendre à être conquis par la force des personnages, par leur complexité, par leur vécu, par leur consistance... en somme ? Par les relations qu'ils tissent entre eux ? Perdu.


Il faut dire que le casting n'aide pas. Rares sont les bons acteurs et les bonnes actrices, ici. Purefoy, qui joue Bancroft, est bon, le mec qui joue l'IA aussi, et ça s'arrête là.Tout le reste du casting sur-joue, ou ne sait tout simplement pas jouer... Quelques personnages secondaires, rarement à l'écran, réhaussent un peu le niveau, mais ça ne suffit pas pour vous maintenir dans le jus. Il faut avouer que j'ai souvent été sorti de la fiction par le ridicule de Martha Higareda, ou par la maladresse de tous les acteurs lors de certaines scènes de combat, ou par le regard vide de Joel Kinnaman lorsqu'il tente d'exprimer autre chose que de la colère.


On peut légitimement se demander s'il y avait quelqu'un sur le plateau pour diriger tout ce p'tit monde... Les acteurs et actrices semblent livrés à eux-même la plupart du temps.



« Super ! On la garde ! » Bis repetita



Le pire, c'est de se dire que le ou les réalisateurs ont gardé des scènes de ridicule. D'accord... d'accord... Le temps et l'argent sont des paramètres cruciaux.


Mais alors comment explique-t-on le montage foireux ? Il y a des fois où une scène plutôt captivante est interrompue pour laisser place à un arc narratif secondaire, voire tertiaire, voire totalement chiant. Pourquoi ?! Ça casse le rythme, c'est inexplicable et injustifiable, et le résultat final tient plus du ridicule que d'une relance du rythme. Tout le reste du temps, c'est la course au plan... On dirait que les monteurs se sont fixé pour objectif de couper un maximum et qu'ils ont tenu un tableau des scores pour, à la fin, sacrer un vainqueur de la coupe. J'espère au moins qu'il ou elle aura gagné une binouze.


Et la musique ? Qu'est-ce que c'est que ce binz ? Dans certains moments censément lourds de sentiments et d'affliction viennent se glisser des musiques pop-poubelle-teen empruntées à un catalogue aux dents longues type Universal-Sony-Warner... Qui a eu l'audace de ces choix désastreux ? Je ne parle même pas de la musique originale composée pour la série. Bah, non, je n'en parle pas, parce qu'elle m'a tellement marqué que je me demande bien si ils existes, ces sons. Quelqu'un a remarqué quelque chose ? Moi, non.


Et la réalisation inégale ? C'est clean, ça casse pas trois pâtes à un canard, mais « ça fait l'taff. » Parfois, par contre, on a droit à des prises de vue totalement pourries, ou des mouvements de caméra dignes d'un étudiant en master de biologie. C'est tout ce que j'ai à dire sur la réalisation.


Et l'esthétisme ? Là pareil, c'est inégal. On a tantôt droit à d'la ruelle cradosse et sombre, et puis parfois cet esthétisme est pollué par des néons flashy et des couleurs acides digne d'un clip de Kylie Minogue. (Katy Perry pour les plus jeunes ; elles sont interchangeables. Pour les encore plus jeunes, j'ai rien sous le coude, désolé... Faudra vous « cultiver » sur YouTube.) Et c'est bien dommage car, je le répète, les moyens sont là !



TL;DR



Je n'sais pas si c'est le matériel de départ qui est en faute, c'est à dire le livre, car je ne l'ai pas lu, ou si c'est la créatrice de la série, ou bien le showrunner, ou bien les producteurs... Le fait est : Altered Carbon gâche son potentiel et se classe d'elle-même au rang de série "plus que moyenne".


J'ai tout de même pu aller au bout des 10 épisodes de la saison 1 [dans le cas où il y aurait une saison 2] sans trop de peine. Le début est pas déplaisant. Les deux ou trois derniers épisodes de la saison finissent de l'achever... tout s'enchaine, très vite, trop vite, d'une très mauvaise façon. Je ne veux pas vous spoiler, donc je le dirai comme suit : on ne peut tout simplement pas justifier, de quelque manière que ce soit, les agissements de certains personnages dans cette fin de saison. C'est tout simplement lamentable. Je suis outré ! QU'ON ME REMBOURSE MON BILLET, PUTAIN !


...


Ah tient, j'oubliais quelque chose... Mention spéciale faite au trailer de la série qui va, éhontément, faire de la lèche aux amateurs de Ghost In The Shell et autres Blade Runner. Rassurez-vous – ou pas – on ne retrouve rien de ces deux œuvres dans Altered Carbon.


...


Bref. 1 point pour l'idée de base. 1 point pour le pognon investi dans le visuel. 0 point pour les meufs à poil. 1 point pour les morts. Emballez c'est pesé.


MAJ : J'ai enlevé un point à Altered Carbon, depuis. Donc... 0 point pour les meufs à poil.

kevsler
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le 26 févr. 2018

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kevsler

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