Saison 1 :
Voilà, c'est pas compliqué, Rogue One était le meilleur "film cinéma" de la saga Star Wars, et Andor, qui raconte l'histoire du personnage de Rogue One quelques années avant sa mission suicide, est - et de loin - la meilleure série TV Star Wars.
Pourquoi ? Eh bien, parce que Tony Gilroy a de nouveau "déniaisé" l'univers de Lucas / Disney, et lui a conféré une profondeur morale, psychologique, et politique qui n'a jamais été même effleurée dans la saga. Andor nous montre la vie de simples prolétaires ou de militaires servant de chair à canon, ou encore de fonctionnaires bornés et zélés au service de l'Empire. Il nous raconte avec réalisme les jeux de pouvoir au sommet de l'Empire, et nous montre que les leaders de la future rébellion ne sont pas moins retors que les sbires de l'Empereur (d'ailleurs Stellan Skarsgard est une fois encore colossal dans le rôle de l'âme noire de la rébellion).
Mais Andor nous parle surtout de l'horreur de la vie sous une dictature : pour la première fois, on visualise que le véritable Mal, ce n'est pas ce brave Darth Vador, mais c'est bien tout le système d'oppression et de répression qui se met peu à peu en place à travers la galaxie. De l'horreur de l'utilisation de détenus pour produire des pièces dans une usine immaculée au sein d'un bagne aux confins de l'univers (les deux épisodes 9 et 10 sont tout simplement cauchemardesques, et extraordinaires, avec en bonus une excellente interprétation d'Andy Serkis) à l'écrasement d'une révolte dans les rues de Ferrix (dans le dernier épisode de la saison), on comprend quasi physiquement ce que signifie la tyrannie.
Alors qu'importe si les geeks ne verront ni Jedis, ni sabres lasers, et très peu de combats de vaisseaux spatiaux, ce n'est pas le sujet cette fois. Et qu'importe si Diego Luna manque franchement de charisme, après tout, il n'est qu'un homme ordinaire. Qu'importe même si on nous dit finalement que la série est trop éloignée de ce qui fait la nature profonde de Star Wars... Ces 12 épisodes sont tout simplement passionnants. Et adultes !
On n'aurait jamais pensé écrire ça d'une série TV Star Wars, et c'est une excellente nouvelle !
[Critique écrite en 2023]
Saison 2 :
Deux ans après une première saison remarquable, c'est avec un peu d'appréhension que l'on aborde la seconde et dernière saison de Andor. Et les premiers épisodes confortent notre inquiétude, avec une situation absurde de confrontation avec deux bandes de pirates pour un chasseur spatial volé. On craint le pire, tant tout cela est gratuit et nous éloigne du sujet de la série, la montée en puissance de la rébellion et les jeux politiques au sein de l'Empire qui est en train de basculer "du côté sombre", ce qui doit nous amener à introduire la situation de Rogue One, puis du légendaire premier épisode de Star Wars en 1977.
Flash forward de un an, et on passe sur la planète Ghorman, qui va constituer l'enjeu de cette dernière saison de Andor (et le principal arc narratif des quatre parties de 3 épisodes, chacune séparée d'un an de la précédente, qui la constituent) : sur cette planète, dont la capitale s'inspire du look "haussmanien" de Paris, la population a l'apparence et l'attitude caricaturale que les Américains prêtent aux Français. Et ce sont d'ailleurs des acteurs français qui interprètent les membres de la rébellion montante de Ghorman, soit un joli clin d'oeil à notre pays.
A partir de là, Andor reprend de l'ampleur, et bénéficie, comme dans sa première saison, de personnages consistants, pris dans des situations complexes et pour la plupart sans issue évidente. On apprend même à avoir de l'empathie pour des gens a priori aussi antipathiques que Syril Karn, qui prendra conscience de l'abomination de la domination impériale, ou celle qui est désormais, sa compagne, Dedra Meero... Non, pas Dedra Meero !
Les derniers épisodes de la saison sont remarquables de noirceur, de complexité et d'ambiguité, au point que, quand on réalise finalement que les scénaristes ont parfaitement effectué la "suture" avec Rogue One, on regrette de voir cette excellente série toucher à sa fin.
Andor est la preuve - tardive, mais mieux vaut tard que jamais - que Star Wars, si George Lucas avait opté pour une épopée adulte au lieu d'un divertissement la plupart du temps assez simpliste, aurait pu devenir une oeuvre majeure de la culture du XXe siècle, au lieu d'une simple machine à engranger des dollars.
[Critique écrite en 2025]