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le 30 nov. 2021
SuivreOui, c'est beau
Claque visuelle, j'admire et j'apprécie le superbe boulot de storyboarding et de direction artistique. Les personnages sont tous magnifiques, les environnements sont beaux et les plans...
Zéro spoiler
Il est des projets qui peuvent repousser sur le papier. Le prophète Netflix et son dieu Algorithme associé à l’éditeur de jeux vidéo Riot Games et son MOBA League of Legends réputé pour sa grande complexité et sa communauté toxique. Sauf que. La série phénomène Arcane n’emprunte rien d’autre qu’un univers restreint au fameux MOBA et quelques millions de dollars à la firme au N écarlate. Ouf. Et pour ériger cette chapelle en une véritable cathédrale, Fortiche production, un studio d’animation parisien ayant déjà collaboré avec Riot. Et la lumière fût.
Ce qui marque assurément dès les premières minutes de visionnage, c’est cette identité graphique unique. Le studio français est parvenu, à l’instar d’un Pixar, à transmettre une dimension organique à une animation générée par ordinateur. Stupéfiant. La sensation de voir évoluer devant nos yeux des personnages aquarelles est saisissante. Chaque décor prend des airs de toiles de maîtres tant les nuances pastelles s’harmonisent avec les éléments animés. Le choix des couleurs, les éclairages, la fluidité des mouvements, il est presque perturbant de voir un tel niveau de maîtrise chez un studio si jeune. Même si la série possède le plus gros budget de l’histoire dans sa catégorie, environ 70 millions de pépettes, et a fait travailler plusieurs studios extérieurs rassemblant à son pic la bagatelle de 500 personnes, on ne peut nier la vision apportée par Fortiche ainsi que l’expérience d’écriture de Riot. Pas moins de six années auront été nécessaire pour aboutir à ce résultat. Tel est le prix de l’excellence.
Mais Arcane n’est pas uniquement un uppercut graphique. Si Fortiche a su capitaliser sur son identité visuelle, Riot a su travailler son MOBA au corps pour en récolter les aspects les plus prometteurs pour une exploitation sérielle. Si les thématiques développées ne transpirent pas l’originalité, elles s’inscrivent dans un monde crédible et cohérent extrait d’une œuvre vidéoludique qui a toujours mis en avant son gameplay plutôt que ses aspects narratifs. On devine d’ailleurs la volonté de Riot de diversifier ses productions avec l’arrivée dernièrement sur le ring d’un nouveau challenger dans la catégorie rpg, j’ai nommé The ruined King. Fermons les parenthèses. Évoluant au cœur des cités Piltover et Zaun, il fallait des personnages charismatiques pour développer des intrigues sur fond de lutte des classes, trahisons, morale scientifique, famille et filiation. Riot et Fortiche ont puisé intelligemment dans l’incroyable vivier de LOL pour en extraire un panel de personnages émouvants. A aucun moment nous n’avons l’impression de voir déambuler une coquille vide. Chaque protagoniste a bénéficié d’un grand soin d’écriture et aucun n’est laissé derrière les cordes. C’est ce carburant, constitué de caractères se débattant pour leurs idéaux et de villes aux rouages politiques complexes, qui propulsent la narration d’Arcane au sommet. En effet, les intrigues se nourrissent, tantôt des altercations, tantôt des alliances, pour briser tout manichéisme et ainsi enrichir le lore et approfondir les différents personnages. Il se dégage une harmonie ouatée qui accorde les frissons aux pluriels. Vi la bad ass torturé entre culpabilité et rancœur, Jinx véritable Joker à tresses, Jayce le scientifique humaniste et naïf et Silco le Janus tiraillé entre ses deux « Enfants », humaine et urbaine… la galerie de personnages ne lasse jamais et chacun déborde de charisme dès qu’il apparaît à l’écran.
Même si la patte visuelle émerveille dans un premier temps, c’est bien la construction solide des différents protagonistes et leur caractérisation qui poussent Arcane vers l’excellence. Jamais la série ne nous installe dans une zone de confort, aucune scène ne dévoilant à l’avance sa conclusion. Les intrigues surprennent, les personnages émeuvent, les dialogues interrogent. La grammaire maîtrisée de la mise en scène appuie cette sensation de plaisir dilué, aidée par des animations faciales et corporelles poignantes. Il n’est pas rare de constater la force émotionnelle qu’un échange muet peu transmettre où la puissance évocatrice de certains plans au cadrage léché. Les liens entres personnages évoluent graduellement durant les neuf épisodes, opposant les idées ou liant les motivations. Tous les protagonistes sont attachants et il arrive qu’au détour d’une scénette ou à l’apogée d’un climax on se sente l’œil humide. On se souvient alors que tout ça n’est qu’illusion mais le sel a déjà coulé.
S’il y a quelques griefs qui privent Arcane d’une victoire par K.O, on peut les dénombrer parmi une musique qui meuble plus qu’elle ne transcende, quelques raccourcis scénaristiques, des développements expéditifs de personnages ou parfois trop similaires à d’autres œuvres de fiction. Difficile de ne pas voir surgir l’enfant contrarié du Joker et de Cammy (Street fighters) en voyant Jinx ni de faire le lien entre Vi et Lilith de Borderlands. Mais l’imaginaire n’est finalement qu’une question d’influence.
Avec Arcane, Netflix propose enfin une œuvre originale et rafraîchissante qui sort du carcan formaté de son catalogue. Ayant eu l’intelligence de s’associer à des créatifs talentueux, la firme au N cramoisie récolte les fruits de graines qu’elle n’a ni plantées ni cultivées mais seulement arrosées. Il y aura évidement une saison 2 et gageons que la forte personnalité de Riot saura tempérer les «velléités créatrices » de l’industrielle du streaming et ainsi garder cette élan de fraîcheur qui jalonne cette œuvre surprenante.
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Créée
le 16 déc. 2021
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le 30 nov. 2021
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